De la fabrique de l’opinion à l’ère de la post-vérité
Pour façonner l’opinion publique, rien n’est plus efficace que les vieilles recettes complotistes, flattant l’ego des abrutis et clouant au pilori ceux qui ne partagent pas la doxa subjective.
La science n’est pas plus une vérité alternative, qu’une alternative à la vérité. Foto: Takver / Wikimedia Commons / CC-BY-SA 2.0
(Jean-Marc Claus) – « Le Nom de la Rose », célèbre film réalisé par Jean-Jacques Annaud, tiré du non moins célèbre roman d’Umberto Eco, démontre à quel point le rejet de la science par la croyance, peut entraîner des réactions en chaîne, faisant forcément des victimes humaines et détruisant le patrimoine de la connaissance. C’est ce qui se passe aujourd’hui, à l’ère de la post-vérité, où les opinions ont plus de valeur que les faits.
Alors que le RN-ex-FN crie à la chasse aux sorcières, quand sa passionnaria et un quarteron d’affidés, sont condamnés pour d’incontestables détournements de fonds, l’opinion publique est savamment manipulée, pour que ce jugement soit considéré comme une atteinte à la démocratie. Une remarquable manœuvre d’une infinie perversité, mais qu’attendre d’autre des héritiers du négationnisme ?
« Quand on est emmerdé par une affaire, il faut susciter une affaire dans l’affaire, et si nécessaire une autre affaire dans l’affaire de l’affaire, jusqu’à ce que personne n’y comprenne rien », disait le défunt Charles Pasqua, qui à l’aune de ce qui se passe actuellement, pourrait être considéré comme un petit joueur, car il ne s’agit pas tant de susciter une affaire dans l’affaire, que de tenter de retourner l’affaire. Les coupables deviennent alors des victimes, et la justice passe pour une injustice.
Nous ne sommes plus dans le « jusqu’à ce que personne n’y comprenne rien », mais dans le « jusqu’à ce que chacun soit persuadé de ce qu’on veut lui faire croire », et pour ce faire, rien n’est plus efficace que les vieilles recettes complotistes, flattant l’ego des abrutis et clouant au pilori ceux qui ne partagent pas la doxa subjective. Les Querdenker et les Qanon, ne sont pas des illuminés gentiment simplets, mais des obscurantistes terriblement pervers.
En 1941, Paul Valéry écrivait que l’Opinion est issue de l’accouplement du mensonge avec la crédulité. Il n’est plus aujourd’hui à démontrer que l’opinion publique peut aisément se modeler. Les promoteurs de la post-vérité et des alternatives facts, en font une valeur absolue et la sacralisent, afin de légitimer leurs exactions. Ceci expliquant leurs incessantes attaques envers tout ce qui procède de la démarche scientifique, dans quelque domaine que ce soit.
D’où aux USA, un vice-président national-conservateur affirmant : « Les professeurs sont l’ennemi. Nous devons attaquer franchement et violemment les universités de ce pays. ». De l’autre côté de l’Océan Pacifique, les gouvernants de la Russie et la Chine se frottent les mains, car ils n’en attendaient pas tant, tout ce qui peut fragiliser l’Occident étant pour eux bon à prendre. Et que croyez-vous qu’il se produira de l’autre côté de l’Océan Atlantique, quand en Europe, l’Internationale néofasciste & nazinostalgique aura conquis un nombre suffisant de gouvernements ?
« Oh mais non, ça n’arrivera pas chez nous », disent les jobards surréalistes, « Il y aura un barrage républicain », disent les militants nigauds, se fondant les uns comme les autres, plus sur la croyance que sur la raison. La France, mère des arts, des armes et des lois, de surcroît fille aînée de l’Église, échappera à ce qui fit basculer dans l’obscurantisme un grand pays comme les USA, au seul prix de réintroduire dans la société, la pensée et la méthode scientifiques. C’est dire s’il y a du boulot !
Cela commence au sein des cellules familiales et à l’école ; ça se poursuit dans les médias et le discours politique ; ça ne se termine jamais car les extrémistes étant l’ennemi, nous devons attaquer franchement et violemment leur influence sans cesse renouvelée dans ce pays. « Père, gardez-vous à droite », disait Philippe le Hardi à Jean Le Bon, mais aussi « Père, gardez-vous à gauche ! », et si le plus grand péril vient de l’extrême-droite, la capacité de nuisance de l’extrême-gauche ne doit pas pour autant être occultée. Notamment lorsqu’elle veut faire passer la barbarie du Hamas pour un combat en faveur de la liberté, et parvient à corrompre les facultés de réflexions de trop nombreux étudiants.
L’air de la post-vérité est particulièrement nauséabond, mais à cette heure, trop peu de nos concitoyens en perçoivent les nuances de brun. Peut-être qu’à force de trempage dans un bain d’infox, sont-ils frappés d’agueusie-anosmie, à l’instar de Charles Duchemin dans « L’aile ou la cuisse »…
Kommentar hinterlassen