Du coup, plus personne ne rigole…
Depuis plusieurs années, un groupuscule ultranationaliste appelé « Les citoyens du Reich » sévit en Allemagne. Maintenant, on apprend que ce groupe avait voulu renverser le gouvernement.
Manifestation des "Reichsbürger" à Wittenburg (ex-RDA). A noter, les pancartes et le drapeau russe... Foto: Migebert / Wikimedia Commons / CC-BY-SA 3.0
(KL) – Pendant longtemps, les « Reichsbürger » faisaient plutôt sourire. Ce groupe, mené par le fantasque Henri XIII Prince Reuß, contestait l’existence même de la République Fédérale d’Allemagne, considérant que l’Allemagne d’aujourd’hui n’aurait jamais été créée légalement, en clamant que le « Deutsches Reich » existait encore et toujours. Lors du procès contre les cadors de ce groupe à Francfort, on apprend non seulement que les « Reichsbürger » sont beaucoup plus organisés qu’on ne le pensait, mais également que ce groupe était en train, avec l’aide d’au moins une députée de l’AfD extrême-droite, de préparer un « poutch » au parlement allemand, le « Reichstag ».
C’est l’un des inculpés, un ancien colonel de la Bundeswehr, l’armée allemande, Maximilian Eder, qui faisait une déposition surprenante en expliquant les préparations d’un renversement du gouvernement en place à Berlin. Dans le cadre de ces préparations, l’ancien militaire avait visité, en compagnie de la députée AfD Birgit Malsack-Winkemann, des tunnels situés en-dessous des bâtiments du « Reichstag », pour y effectuer des repérages en vue d’enlever des députés et ministres, pour « les interroger » dans une sorte de prison souterraine.
La déposition de Maximilian Eder était doublement surprenante, puisque l’homme avait même refusé de répondre aux questions de la police, pour maintenant avouer que son groupe préparait ce « poutch ». Concernant ce « poutch », Eder a déclaré d’une part que son groupe était prêt à prendre le pouvoir « à la force des armes », tout en précisant qu’il « n’était jamais prévu de prendre le Reichstag avec des forces militaires, car cela n’aurait pas fait de sens politique ». Va comprendre.
Ce qui surprend également, c’est le soutien de la députée AfD qui avait facilité la visite d’Eder et de deux de ses collègues anciens militaires dans les installations du parlement allemand. Pour cette « visite », ils avaient choisi un week-end calme avec peu de groupes de visiteurs du parlement, pour pouvoir effectuer leurs repérages en toute tranquillité. Le degré d’organisation de ce groupe est aussi surprenant que les moyens à leur disposition et le public se rend compte que Berlin a échappé de peu à un « poutch » bien organisé. Au grand dam de Maximilian Eder et de Henri XIII Prince Reuß, les plans ont pu être découverts et donc empêchés, ce qui met un terme aux espoirs de cet ancien colonel d’occuper « un poste important » dans un gouvernement militaire intermédiaire que les « poutchistes » voulaient mettre en œuvre.
A un moment où les autorités allemandes constatent un fort pourcentage d’adhérents aux idées néo-nationalistes parmi les forces de l’ordre et dans l’armée, ce cas pose quand même problème, car grâce aux connections avec des militaires, ce groupe avait un accès assez facile à des armes.
Les plans pour ce « poutch » étaient assez concrets, le colonel Eder avait déjà rédigé une sorte de « déclaration » du nouveau « gouvernement militaire », dans laquelle il expliquait les raisons pour cette tentative de renverser le gouvernement.
Au tribunaux et aux instances du parlement allemand d’évaluer la participation active de cette députée AfD à la préparation d’un tel « poutch », car il est quand même inconcevable qu’une députée siège dans le parlement allemand, tout en soutenant activement une tentative de « poutch » d’un groupuscule néo-nationaliste.
Certes, ces « Reichsbürger » présentent des comportements pathologiques, mais il convient de ne pas sous-estimer ce genre d’agissement. Si les cadors des « Reichsbürger » risquent maintenant de longues peines de prison, d’autres énergumènes attendent déjà pour prendre la relève. Les services ont tout intérêt à suivre ces agissements de près et d’enquêter aussi sur l’implication de députés de l’AfD. La suite du procès à Francfort (fin Avril, d’autres procédures s’ouvriront à Stuttgart et dans d’autres villes), risque d’être très intéressante…
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