Emmanuel Macron, ce grand soldat !

Puisque c’est ainsi qu’il avait qualifié Philippe Pétain en 2018, autant attribuer également ce titre au président-guerrier, bien que toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé, serait purement fortuite et totalement involontaire...

Article 2 du Code d’Honneur du Soldat - « En toutes circonstances, je me conduis avec honneur, courage et dignité. » Ce qui ne s’applique pas à tous les politiques, d’où l’état actuel du pays... Foto: Thomas Bresson / Wikimedia Commons / CC-BY 4.0int

(Jean-Marc Claus) – Tout le monde ne se souvient pas forcément du camouflet infligé en juillet 2017 au général Pierre de Villiers, alors chef d’état-major des armées, par celui qui, fraîchement élu président, se targuait d’être son chef. En homme d’honneur, aux antipodes de celui que la Constitution place au-dessus de lui, le militaire qui alertait sur la « surchauffe de l’armée » (sic) et donc réclamait des moyens, avait alors démissionné. Premier chef d’état-major de la Ve République à rendre son tablier, il avait refusé très clairement de participer à la pantalonnade macroniste dès son début.

Pantalonnade doublée d’une tartufferie particulièrement savoureuse, lorsqu’on met en perspective de 2017 à nos jours, les décisions et prises de positions du président-guerrier, le pire restant peut-être encore à venir. Se faisant alors arbitre des budgets de l’État, mais ayant mis celui du pays dans l’abîme, grâce à son ministre des finances anti-macroniste repenti qui sévit durant 7 ans, 4 mois et 4 jours, le président de la start-up nation a voulu mettre l’armée au pas, alors qu’échappant au service national en son temps, il n’a donc rien appris en matière d’ordre serré !

Le plus savoureux de l’histoire demeure qu’appartenant à la dernière classe qui aurait pu être incorporée, il ne se démena pas pour porter l’uniforme, mais dit qu’il n’a pas pu faire son service militaire car appartenant à la génération dont l’arrivée à l’âge adulte coïncida avec la professionnalisation des armées et donc la suspension de la conscription. Comme il y a miséricorde à tout péché, et plus particulièrement de jeunesse, on peut légitimement se demander si sa propension à parader, ne serait pas une façon de faire amende honorable, consciemment ou à l’insu de son plein gré.

Toujours est-il que la pandémie de Covid-19, qu’au grand dam de sa ministre de la santé d’alors, il ne prit pas initialement très au sérieux, lui donna finalement l’occasion de se comporter en lord of war . « Nous sommes en guerre » (16/03/2020), « J’ai décidé de renforcer encore les mesures pour réduire nos déplacements et nos contacts au strict nécessaire. » (16/03/2020), « Jusqu’à nouvel ordre, nos frontières avec les pays non-européens resteront fermées. » (13/04/2020), « J’ai décidé qu’il fallait retrouver à partir de vendredi le confinement qui a stoppé le virus. » (28/10/2020), j’adore regarder danser les gens, aurait chanté Philippe Katerine.

Il faut dire que ça avait tout de même bien plus de classe que le « S’ils veulent un responsable, il est devant vous, qu’ils viennent me chercher » de juillet 2018, quand il défendait l’indéfendable Benalla. Mais depuis la pandémie de Covid-19, il y a eu en février 2022 la tentative d’invasion de l’Ukraine par la Russie, qui lui a permis de squeezer la campagne des présidentielles en multipliant les conseils de défense, un terme devenu maintenant d’une affligeante banalité.

- Simone, le frigo est dangereusement vide. Il faut faire quelque chose et vite !

- T’inquiète Bob, on va réunir un conseil de défense, puis aller à la supérette du quartier avec un plan de bataille.

Il y a peu, celui qui voulait mettre l’armée au régime sec au début de son premier quinquennat, a annoncé vouloir d’ici 2027, atteindre un budget 64 milliards d’euros consacrés à la défense, rappelant toute honte bue et sans sourciller qu’en 2017 ce dernier représentait moitié de cette somme. « Pour être libre dans ce monde, il faut être craint, pour être craint, il faut être puissant », assenait-il à son auditoire. Or, gouverner c’est prévoir, et il ne fallait pas être extra-lucide pour voir revenir au pouvoir Donald Trump, avec pour corollaire le lâchage de l’Europe et sa mise à l’amende pour cotisation insuffisante à l’OTAN.

On peut toujours reprocher à l’armée et aux militaires, leur raideur allant parfois jusqu’à la psychorigidité. Mais ne pas avoir de colonne vertébrale et ne tenir debout que grâce à un exosquelette, fourni pièces et main d’œuvre par les puissances d’argent, est infiniment plus grave. Infiniment plus grave, car décrédibilisant le pays sur la scène internationale, et obligeant une fois de plus les gens modestes à régler la note des caprices des puissants.

Ne parlons même pas de compétence, car l’autoproclamée Coalition des Volontaires, concept sur de l’esprit du président tchèque le 1er mars dernier et auquel ont adhéré d’autres nations, est plus une internationale des guerriers de bacs à sable, qu’un état-major s’apprêtant à faire face à toute éventualité. L’armée est l’assurance-vie d’un pays, disait il y a trente ans un militaire d’active, resté accroché au grade de colonel, donc encore relativement proche du terrain. Celles et ceux qui depuis, ont année après année, réduit le financement de cette garantie de protection, doivent aussi rendre des comptes aujourd’hui.

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