Et pourquoi la France vend 12 Rafales à la Serbie ?

La logique de la guerre est la même que lors des deux premières guerres mondiales – les belligérants commercent entre eux, pendant que la jeunesse meurt au front.

Espérons que le "fleuron de l'aviation française" ne se retourne pas un jour contre l'Occident... Foto: Franjo Tahy . Wikimedia Commons / CC-BY-SA 4.0int

(KL) – Emmanuel Macron était fier hier soir, en direct depuis Belgrade. Pour une fois pas molesté par l’éternelle question du futur locataire de Matignon, il annonçait la vente de 12 exemplaires du « fleuron de l’aviation française », le Rafale made by Dassault, à la Serbie. Si le marché porte sur un volume de 2,7 milliards d’euros, ce qui assure sans doute des emplois en France, il ne faut peut-être pas oublier que la Serbie est aujourd’hui déchirée entre des forces qui cherchent la proximité avec l’Europe et celles qui se sentent plus proches de la Russie, comme le président serbe Aleksandar Vucic. Ce dernier, il ne faut pas l’oublier, n’a jamais condamné l’invasion russe en Ukraine, a conclu récemment un nouveau contrat de fourniture de gaz avec Moscou et compte parmi les soutiens de Poutine à l’Est de l’Europe.

La guerre en Ukraine est en plein escalade et cette escalade continuera. Très prochainement, les pays de l’Europe Centrale et de l’Europe de l’Est ne pourront faire autrement que de choisir leur camp. Il ne sera plus possible qu’un pays soit à la fois pro-européen et pro-russe, comme la Serbie l’essaye. Si ce choix sera simple pour les pays qui font partie de l’Union Européenne, il n’en est pas pareil pour la Serbie qui elle, ne fait pas partie de l’organisation continentale. Certes, la Serbie aspire aussi à l’adhésion à l’UE, mais nous en sommes loin. Ce qui veut dire que la Serbie fera son choix un jour en étant propriétaire de 12 Rafales français et si Belgrade devrait faire le choix de rallier le bloc russe, on ne pourra que regretter de leur avoir fourni des avions de combat très performants.

Si la livraison de ces avions ne sera complète qu’en 2029, cette « économie de guerre » est écœurante. Armer un potentiel « ennemi », histoire d’assurer à Dassault un contrat de 2,7 milliards d’euros, cela fait penser à l’entreprise allemande Krupp qui avait, pendant la première guerre mondiale, vendu des quantités de munitions à qui en demandait, y compris aux pays qui se trouvaient en guerre avec l’Allemagne. Summum du cynisme, Krupp encaissait une prime de 10 Goldmark pour chaque soldat allemand tué avec ces munitions et on s’accordait à dire que trois blessés comptaient pour un mort, du moins, en ce qui concernait ces primes.

Pour rassurer tout le monde, Macron expliquait que ce deal se situait dans le cadre « d’une stratégie à long terme », sans toutefois expliquer comment cette stratégie se présente avec un pays dont le président est plus proche de Poutine que de Von der Leyen. Mais qui croit encore en de telles déclarations ? Il est plus probable qu’il était important que Dassault, fidèle soutien de Macron, obtienne un tel contrat et que le président, souvent redevable aux grandes entreprises, voulait lui « faire une fleur ».

On continue à commercer avec Moscou, on vend des armes à la Serbie, on essaie d’avoir le beurre, l’argent du beurre et le sourire de la crémière. Il serait peut-être pas une mauvaise idée si Macron finissait par nommer un premier ministre pour ensuite, partir en vacances. Le plus longtemps possible.

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