Faut-il supprimer les fêtes parentales ?

Une école squeeze les fêtes des mères et des pères, le débat prend une tournure politique, mais qui se soucie vraiment des enfants ?

Pour combien de temps encore ? Foto: Kgbo / Wikimedia Commons / CC-BY-SA 4.0int

(Jean-Marc Claus) – A Boulay en Moselle, une école annonçait mi-mai, la suppression des fêtes des mères et des pères, pour les remplacer par la « fête des gens que l’on aime ». Décision motivée par la diversité des situations familiales, et laissant à l’enfant la liberté de fabriquer un cadeau, destiné aux personnes les plus importantes à ses yeux, quelles qu’elles soient. Ce que n’entendaient pas de cette oreille certains parents, dont les plus de quatre-cent signataires d’une pétition argumentée.

L‘un des deux élus locaux d’opposition RN-ex-FN, est évidemment monté au créneau, défendant le « patrimoine affectif et culturel de la France ». Il faut dire que durant la Seconde Guerre Mondiale, le très collaborationniste Philippe Pétain a joyeusement instrumentalisé cette fête, qui dès la seconde moitié du XIXe siècle, était portée par des courants natalistes. On n’avait pas encore inventé le très macronien réarmement démographique, mais en même temps, l’idée y était !

De son côté, l’Union des Commerçants et Artisans de Boulay (UCAB) a pour la « Fête des Mamans à Boulay », invité le 30 mai les Boulageoi(se)s à une après-midi festive, conviviale et pleine de surprises, avec au programme des expériences de réalité virtuelle. Sans soupçonner pour autant ce dernier élément de relever d’une quelconque provocation, il est tout de même amusant de pointer, que les personnes ayant décidé de remplacer les fêtes des mères et des pères, par quelque chose de plus nébuleux, vivent très probablement dans une réalité quelque peu virtuelle.

Non pas qu’il faille pour autant soutenir les slogans homophobes de La Manif Pour Tous (LMPT), mais jusqu’à ce que la recherche prouve le contraire, tout enfant est issu de la rencontre entre des gamètes maternelles et paternelles. Passé ce stade, les choses se complexifient toujours, y compris dans les familles où la vie est un long fleuve tranquille. Se complexifient, car les aléas de l’existence se combinent avec de multiples phénomènes d’attachement et de détachement. Il serait alors présomptueux d’affirmer que les parents d’un enfant sont exclusivement ceux qui l’élèvent et pourvoient à ses besoins, ou à contrario, ceux qui lui lèguent une partie de leurs patrimoines génétiques respectifs.

« Vos enfants ne sont pas vos enfants », affirmait avec beaucoup de force et de finesse Khalil Gibran, et le dicton africain disant qu’il faut tout un village pour élever un enfant, entre en résonance avec le propos du poète libanais, pour lui donner une dimension supplémentaire. Tout enfant investit des figures tutélaires, hors de la famille nucléaire. Ce qui revient à dire que l’idée de « la fête des gens que l’on aime », n’est pas dénuée de sens. Mais elle risque fort de créer des tensions dans les foyers, pour ne pas dire du rififi dans les chaumières.

Tout d’abord, la famille élargie, au sein de laquelle tout le monde s’entendrait à merveille, procède plus de la réalité virtuelle que de la réalité concrètement observable. Ensuite, pour ce qui est des familles dites recomposées, phénomène sociologique inévitable, où les rôles des belles-mères et beaux-pères sont infiniment variables, qu’adviendra-t-il de l’enfant, qui en faisant un choix, procède de facto à une exclusion ? Et quand bien même, il choisirait d’honorer simultanément parents et beaux-parents, n’en ajouterait-il pas bien malgré lui, à la concurrence existant entre eux ?

Quant aux familles homoparentales, n’en déplaise aux orchidoclastes de La Manif Pour Tous et consorts, il vaut bien mieux qu’un enfant ait une paire de mères qu’un merdeux de père, ou une paire de pères qu’une merdeuse de mère. Une formule propre à indigner les paltoquets de la morale, or les maltraitances infantiles, se déroulent ultra-majoritairement… au sein de familles hétéroparentales. Le genre de vérités factuelles que n’aiment pas entendre celles et ceux qu’épouvante la gender theory !

On se demande alors, pourquoi les organisations LGBTQIA+, ainsi que les associations de familles homoparentales, ne sont pas depuis toujours vent debout contre les fêtes des mères et des pères. Leurs membres ont visiblement compris qu’en faisant prévaloir l’esprit sur la loi, les enfants sont capables de beaucoup d’intelligence du cœur, et trouvent eux-mêmes leurs propres modes d’adaptation, quel que soit le cadre officiel. Charge aux adultes de ne pas se montrer aussi stupides et butés que l’âne de Buridan…

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