Formule 1, sortie de piste dans une course à l’argent
Ce week-end c’est le Grand Prix de Catalogne à Barcelone. Pourtant, on vit les derniers jours de ce circuit de façon permanente au calendrier de la Formule 1.
Un Grand Prix en 2027 à Qiddya en Arabie-Saoudite ? Foto: Salman Al-Mazini / Wikimedia Commons / CC0 1.0
(Théo Bornier / Valère Berçot) – A partir de l’année prochaine, en ce qui concerne le Grand Prix de Catalogne, une alternance sera effectuée avec le grand prix de Spa-Francorchamps en Belgique. Cette alternance est prévue de 2027 à 2032. Ce choix, pris par la Fédération Internationale de l’Automobile (FIA) et les instances de la Formule 1, va pourtant à l’encontre des pilotes, mais également des fans. Le Grand Prix de Belgique est l’un des plus appréciés, mais il reste néanmoins un des Grands Prix qui paient le moins d’argent à Liberty Média (groupe américain qui possède la Formule 1 et gère son développement commercial, médiatique et stratégique depuis 2017). Cet argent comprend les frais estimés pour pouvoir accueillir une manche du championnat du monde de Formule 1.
Barcelone et la Belgique en alternance, et d’autres Grand Prix européens se trouvent sur la sellette. Pas d’alternance pour le Grand Prix de Zandvoort aux Pays-Bas qui vit sa dernière année en Formule 1 après être revenu sur le calendrier en 2021.
Des Grands Prix au Moyen-Orient, on en a toujours eu et il y en aura encore pour longtemps. Le Grand Prix qui propose le moins d’argent pour être présent au calendrier de la Formule 1, est le circuit de Yas Marina à Abu Dhabi. La manche finale du championnat du monde depuis 2014, propose déjà 50 millions de dollars. Une somme que les pays européens ne peuvent payer.
Au fur et à mesure des années, le nombre de Grands Prix dans cette partie du globe augmente jusqu’à en avoir aujourd’hui quatre : Abou Dhabi, le circuit de Sakhir au Bahreïn, le circuit de Losail au Qatar et le circuit de Jeddah en Arabie Saoudite. Ces Grands Prix sont plébiscités plus pour leur apport économique et le whitewashing est très présent dans la Formule 1 aujourd’hui. Ces problèmes sont récurrents, mais atteignent un point de non-retour en 2022. Le vendredi 25 mars 2022, pendant les essais libres, un dépôt pétrolier d’Aramco (partenaire majeur de la F1) est touché par une attaque de drones et de missiles revendiquée par les rebelles houthis du Yémen. L’installation se trouvait à environ 10 km du circuit et un énorme nuage de fumée noire était visible depuis les stands. Après les essais, les 20 pilotes se réunissent pendant plus de quatre heures. À un moment de la soirée, les pilotes semblent se diriger vers un refus collectif de participer au reste du week-end. Mais officiellement, la FIA, la F1 et les autorités saoudiennes affirment avoir fourni des garanties de sécurité qui ont convaincu les pilotes de courir. Les pilotes ont ensuite publié un communiqué expliquant qu’ils avaient reçu des assurances suffisantes, même si leurs inquiétudes restaient réelles. Cependant, plusieurs médias ont rapporté que durant les discussions, les pilotes auraient été avertis des conséquences d’un boycott. Selon la BBC, l’une des craintes évoquées concernait la possible difficulté de quitter le pays en cas de refus collectif.
Cependant, les pays du Moyen-Orient ne sont pas les seuls à s’intéresser de près au marché de la Formule 1. De l’autre côté du globe, aux États-Unis, la F1 cherche à conquérir encore plus de fans car, contrairement à ce que l’on pense, ce n’est pas le sport automobile le plus suivi partout.
Depuis toujours, le sport automobile le plus suivi aux États-Unis est la NASCAR, et ça, la direction de la Formule 1 veut que ça change. Déjà implanté au Texas depuis 2012, la discipline a depuis agrandi son calendrier et nous avons assisté à l’arrivée de non pas 1, mais bien 2 nouveaux Grands Prix aux États-Unis : le Grand Prix de Miami en 2022 et le Grand Prix de Las Vegas en 2023. Grâce leurs implantations, ces Grands Prix contribuent à attirer toujours plus d’adeptes de sports mécaniques dans un marché à prendre.
Cependant, la popularité n’est pas la seule raison de la campagne aux États-Unis de la Formule 1. Qui dit plus de Grands Prix, dit plus de spectateurs, et qui dit plus de spectateurs, dit plus de ventes de billets, de goodies, d’abonnements – en somme plus d’argent. Sans évoquer les opportunités de contrats commerciaux ou d’investissement auprès d’entreprises américaines. On peut d’ailleurs évoquer l’arrivée d’une deuxième écurie américaine, Cadillac, dans les rangs de la F1, très grand constructeur américain qui était déjà engagé dans plusieurs disciplines comme la NASCAR, l’IndyCar ou encore le WEC (World Endurance Championship).
En plus des nouveaux Grand Prix à domicile, la F1 peut compter sur plusieurs productions cinématographiques pour rajouter toujours plus de popularité à la discipline, par exemple la série-documentaire Netflix « Formula 1 : Drive to Survive » qui suit de près les écuries tout au long de la saison, mais aussi le film « F1 : The Movie » qui raconte l’histoire d’une écurie américaine fictive nommée APXGP, dont les personnages principaux sont joués par Brad Pitt et Damson Idris.
Beaucoup de fans s’inquiètent qu’au fur et à mesure que le temps passe, la Formule 1 devienne un sport purement tourné vers l‘argent et les occasions commerciales comme on a pu le lui reprocher en 2020 ou lors de divers événements où la sécurité des pilotes passait au second plan. Pour reprendre les mots de Lewis Hamilton lors d’une conférence de presse d’avant Grand Prix d’Autriche 2020, pour certains « l’argent est roi ». Cependant, de nombreuses nouvelles opportunités ont émergé sur la table des négociations pour les calendriers à venir. On peut noter l’arrivée potentielle d’un troisième Grand Prix en Arabie Saoudite, à Qiddiya, à l’horizon 2027 ou encore la confirmation du retour du Grand Prix de Turquie pour la même année. Des dates à confirmer en raison des actuels affrontements au Moyen-Orient. On notera aussi la candidature du Rwanda pour le calendrier 2029 de Formule 1, pour l’instant sans suite.
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