Friedrich Merz a eu chaud…
L'élection législative anticipée en Allemagne était plus serrée que prévu. A 13.000 votes près, la CDU de Friedrich Merz a frôlé l'ingouvernabilité du pays.
Ce "duel" n'avait pas lieu - la candidature d'Olaf Scholz était une erreur énorme. Foto: Eurojournalist(e) / CC-BY 2.0
(KL) – Il fallait attendre 4 heures du matin dans la nuit de dimanche à lundi pour connaître le résultat de l’élection anticipée en Allemagne. Si les résultats de la plupart des partis étaient déjà connus à ce moment-là, le résultat du « Bündnis Sahra Wagenknecht » (BSW) ne l’était pas et du résultat de son parti dépendait la possibilité de la CDU de former une coalition gouvernementale. Finalement, le BSW échouait devant la barre des 5% avec 4,972% et le futur chancelier Friedrich Merz savait qu’il allait pouvoir effectivement former un gouvernement. D’abord les chiffres :
Les conservateurs de la CDU obtiennent 28,6% des votes et sont le parti le plus fort. A la deuxième place, l’extrême-droite AfD avec 20,8%, suivie par les socio-démocrates du SPD avec 16,4%, le plus mauvais résultat depuis 1949. Les Verts arrivent à 11,6%, l’extrême-gauche Die Linke à 8,8%. Le BSW loupe donc la barre des 5% de peu et obtient 4,972% et les libéraux du FDP doivent quitter le Bundestag avec 4,3%. Mais le chiffre le plus impressionnant est celui du taux de participation – 82,5%, un taux presque belge, puisque le vote est obligatoire en Belgique.
Mathématiquement et politiquement, seule une coalition CDU-SPD sera envisageable, ce qui doit faire grincer des dents les socio-démocrates qui ont fait de très mauvaises expériences dans le rôle du « partenaire junior » de la CDU par le passé. Mais il s’agit là de la seule option pour empêcher l’extrême-droite d’accéder au pouvoir et par conséquent, il y a fort à parier que ce sera cette coalition CDU-SPD qui gouvernera l’Allemagne les quatre prochaines années.
Ainsi, les électeurs allemands ont mis fin à plusieurs carrières politiques. L’ère Olaf Scholz est définitivement finie et on se demande toujours pourquoi cet homme avait insisté pour être une nouvelle fois candidat, après avoir démontré son incapacité de diriger une coalition gouvernementale. Idem pour les libéraux du FDP qui essuient une défaite presque historique et qui loupent l’entrée au Bundestag. Des cadors comme le candidat Christian Lindner ou le vice-président du parti Wolfgang Kubicki, ont immédiatement annoncé leur retrait de la politique.
Les Verts ont enregistré un très mauvais résultat et continueront leur existence politique sur les bancs de l’opposition, où ils siégeront avec Die Linke, dont le sort semblait déjà scellé il y a quelques semaines à peine. A ce moment-là, le BSW survolait les sondages, mais cette tendance s’est retournée depuis trois semaine et le vote au Bundestag où la CDU de Friedrich Merz avait accepté les votes de l’extrême-droite pour faire passer une motion qui annonce un « paquet » sur l’immigration et surtout, la sortie de l’Allemagne de l’Espace Schengen. Ce vote, considéré en Allemagne comme le « pêché originel », avait coûté des votes à la CDU et avait ressuscité Die Linke.
Mais même si l’AfD ne pourra pas participer au prochain gouvernement, force est de constater que l’extrême-droite a doublé son score des dernières élections, qu’elle est solidement installée à la deuxième place du paysage politique allemand, qu’elle a confirmé ses bons résultats lors des élections régionales du mois de septembre dernier et qu’elle a le vent en poupe. Comme en France, l’extrême-droite se prépare maintenant à son ascension au pouvoir lors des prochaines échéances électorales et le seul moyen pour stopper cette évolution, serait un gouvernement qui mène une excellente politique. Ce qui semble difficile avec une coalition CDU-SPD relativement faible.
La CDU est arrivée à son objectif, mais en même temps, les conservateurs se situent assez loin des « 30%+ » qu’ils avaient défini comme score à atteindre. Avec 28,6% des votes, force est de constater que presque ¾ des Allemands ne voulaient pas du nouveau chancelier Friedrich Merz.
Cette élection aura de conséquences pour les régions frontalières avec leurs dizaines de milliers de frontaliers qui devront s’habituer, comme déjà depuis un certain temps, aux contrôles aux frontières qui risquent de prolonger le trajet domicile-lieu de travail. Sous ce gouvernement, il faudra s’attendre à une politique d’isolement allemand, une politique pro-américaine (Friedrich Merz était, avant son retour en politique, directeur général de la filiale allemande du mega-fonds américain « Blackrock » et il est grand fan de Donald Trump et de ses méthodes. Pour l’instant, il n’est pas du tout clair comment l’Allemagne se positionnera sur les grands dossiers de notre époque.
Si 13.000 électeurs supplémentaires sur 60 millions inscrits avaient voté pour le BSW, la situation serait totalement différente. Ce qui fait penser que le système électoral allemand, souvent cité comme exemple, n’est pas parfait non plus…
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