Hydrogène – accélérer ou se faire dépasser

Dans la compétition mondiale pour l'hydrogène, la France dispose d'un atout majeur. Cependant, si elle persiste dans son immobilisme, elle risque de perdre son avance.

Beaucoup de structures se créent autour de l'hydrogène. Mais c'est la filière du H2nat qu'il convient de développer. Rapidement. Foto: Eurojournalist(e) / CC-BY 2.0

(KL) – Le poids des lourdeurs administratives françaises est bien connu, et l’hydrogène naturel (H2nat) ne fait pas exception. Cette ressource pourrait pourtant jouer un rôle clé dans la décarbonation de l’industrie et la lutte contre le changement climatique. Le plus grand gisement mondial connu à ce jour se trouve en Lorraine, à Folschviller. Pourtant, au lieu de mettre en place une stratégie d’exploration rapide et efficace, le projet se heurte à des obstacles bureaucratiques et institutionnels. Les différentes collectivités et instances concernées, censées organiser la transition énergétique, semblent davantage préoccupées par la préservation de leurs budgets et de leurs prérogatives que par l’urgence de l’exploitation de cette ressource.

La découverte de ce gisement par les chercheurs du CNRS et de l’Université de Lorraine, Philippe de Donato et Jacques Pironon, aurait dû susciter un élan national et une mobilisation immédiate du gouvernement. Or, dans les faits, l’inaction prévaut, Paris semblant davantage à l’écoute des lobbys du nucléaire que de l’opportunité offerte par le H2nat.

Le H2nat présente pourtant des avantages considérables par rapport au H2vert, issu de l’électrolyse. Cette dernière nécessite des infrastructures coûteuses et une consommation énergétique importante, ce qui renchérit le coût final de production. Toutefois, de nombreux acteurs ayant déjà massivement investi dans le H2vert, ils cherchent à préserver leurs intérêts plutôt qu’à envisager une alternative plus viable.

Par ailleurs, la prolifération d’intervenants administratifs ralentit encore davantage le processus. Chaque collectivité, chaque service et chaque bureau veut apporter son avis, créant un véritable labyrinthe réglementaire qui retarde toute décision concrète.

Une approche européenne serait souhaitable pour structurer une stratégie commune et accélérer la transition énergétique. Malheureusement, on assiste plutôt à une dispersion des efforts, chaque acteur cherchant à tirer profit du dossier plutôt qu’à le faire avancer. Pendant ce temps, d’autres pays prennent une longueur d’avance, tandis que la France persiste dans une vision centrée sur le nucléaire, illustrée par les coûts faramineux du projet de Flamanville.

Il est urgent de revoir la structure des instances impliquées dans le dossier et de réorienter les investissements. Plutôt que de financer des agences et services administratifs inefficaces, il serait plus pertinent de soutenir les universités et les instituts de recherche qui portent de réels projets d’avenir.

Cet été, un second forage de quantification sera réalisé à Folschviller. Il est impératif que Paris réagisse et engage enfin une stratégie ambitieuse. Il en va de la place de la France dans la transition énergétique mondiale. Renoncer à cette opportunité au profit d’intérêts privés serait une faute historique aux conséquences inestimables pour l’Europe et la planète. Sommes-nous prêts à sacrifier l’avenir pour privilégier quelques acteurs économiques ?

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