Hydrogène – ils avaient misé sur la mauvaise couleur
Actuellement et un peu partout en Europe, les responsables arrêtent les projets d'hydrogène « vert » et « gris » - et continuent à fermer les yeux devant « l'hydrogène blanc ».
Les applications pour l'hydrogène existent déjà - maintenant, il faudra choisir la bonne "couleur d'hydrogène". Foto: Alexander-93 / Wikimedia Commons / CC-BY-SA 4.0int
(KL) – Quand on parle d’hydrogène, il convient de distinguer le vrai du faux. Ces derniers jours, dans la presse allemande, on pouvait lire des articles qui annonçaient la « fin de la voiture à hydrogène ». Pourtant, cette déclaration est fausse. Dans les mêmes articles, on pouvait lire que « l’hydrogène vert » et « l’hydrogène gris » étaient trop chers dans la production et que la production « d’hydrogène gris », donc, sur la base de charbon et de gaz naturel, produisait trop de CO2. Cette déclaration est juste. Mais dans toutes ces communications, on ne mentionne même pas « l’hydrogène naturel » ou « hydrogène blanc » qui lui, est présent en quantité dans le sous-sol français, mais l’exploitation de ce trésor semble déranger les lobbys du nucléaire et d’autres sources énergétiques avec lesquelles on peut gagner beaucoup d’argent. Et puisque l’Union européenne semble vouloir importer des quantités incroyables d’énergies fossiles des États-Unis, on préfère enterrer la filière de l’hydrogène pour justifier ce « deal » fou avec Donald Trump.
Pourquoi l’hydrogène vert est une voie erronée ? L’hydrogène vert est produit à partir d’énergies renouvelables par un processus appelé « électrolyse ». Dans des installations grandes et onéreuses (dont même la fabrication coûte beaucoup d’énergie et d’argent), on sépare les deux composantes de l’eau, l’hydrogène et l’oxygène. Et puisque la base de ce processus sont des énergies renouvelables, quelqu’un avait un jour l’idée d’appeler ce produit « hydrogène vert ». L’hydrogène ainsi produit est très cher, sensiblement plus cher que par exemple le gaz naturel, et à terme, une transition énergétique vers l’hydrogène vert ne fait économiquement pas de sens.
Et quid de « l’hydrogène gris » ? L’hydrogène gris est produit sur la base de gaz naturel et de charbon, libérant lors de sa production de grandes quantités de CO2 – il s’agit donc du contraire d’une source énergétique qui pourrait contribuer à la décarbonation de l’industrie et ainsi, à la lutte contre le changement climatique.
Mais une « couleur » d’hydrogène n’apparaît nulle part dans le discours officiel, ni dans le monde politique et pas non plus chez les producteurs et marchands d’énergie qui visiblement, préfèrent miser sur des énergies hautement subventionnées et peu prometteuses, en faisant fi de l’hydrogène naturel ou « hydrogène blanc ». Pourtant, « l’hydrogène blanc » ne nécessite pas de transformation par l’électrolyse, « l’hydrogène blanc » ne libère pas de CO2 et « l’hydrogène blanc » serait beaucoup moins cher que les autres variantes d’hydrogène.
La France dispose de plusieurs gisements d’hydrogène blanc, le plus grand à Folschwiller en Lorraine où des scientifiques du CNRS et de l’Université de Lorraine ont découvert l’un des plus grands gisements d’hydrogène naturel du monde. Mais au lieu de tout mettre en œuvre pour extraire et utiliser cette énergie propre et peu chère, on freine des quatre fers, probablement parce que les lobbys d’autres sources d’énergie sont trop présents et trop puissants pour que la France puisse prendre la direction des opérations au niveau européen.
Trois problèmes principaux empêchent actuellement le développement de la filière de l’hydrogène blanc. Premier problème : beaucoup d’organisations en Europe (et ailleurs) ont déjà investi dans l’hydrogène vert. On a fait construire des électrolyseurs qui ont coûté très cher, on a investi dans des infrastructures de transport et de stockage, et maintenant on se rend compte que la production et l’utilisation d’hydrogène vert ne peuvent pas s’amortir. Deuxième problème : le gouvernement veut encore construire 14 centrales nucléaires du type EPR, comme celle de Flamanville en Normandie qui aura coûté 27,3 milliards d’euros (sans pour autant fonctionner correctement). On fait le calcul – 14 nouvelles centrales constituent un marché qui peut atteindre un quart de billion d’euros. Lorsque de telles sommes sont en jeu, les projets deviennent un entre-soi entre ceux qui se partagent le marché de l’énergie en France, comprendre : le gouvernement et une poignée d’acteurs du secteur. Les intérêts financiers sont tels que l’objectif, à savoir la décarbonation de l’industrie et la lutte contre le changement climatique, en deviennent secondaires.
D’abord, il faut puiser dans tous les fonds de subvention pour des énergies dont on sait déjà qu’elle ne représentent pas l’avenir, mais l’avidité du gain financier est plus fort que l’envie de sauver la planète. Troisième problème – l’hydrogène blanc pouvant être produit beaucoup moins cher que toutes les autres énergies, cela représente un danger financier pour les exploitants qui gagneraient beaucoup plus d’argent avec des énergies qui elle, certes, détruisent notre planète, mais qui permettent de remplir les poches des actionnaires.
Le plus clair des projets « hydrogène » qui étaient prévus au niveau européen, seront reportés, on parle de 80% de ces projets qui ne seront pas réalisés avant les années 2030, si jamais ils voient le jour. Ce coup de frein pour l’hydrogène réduira, selon l’institut de recherche « Westwood Global Energy », la production d’énergie sur base d’hydrogène de 40 GW à 12 GW par an jusqu’à la fin de la décennie, ce qui veut dire que l’Union européenne loupera son « objectif hydrogène » en 2030.
Mais est-ce que l’Europe veut vraiment opérer une transition énergétique et essayer de sauver notre planète avant qu’il ne soit trop tard ? Probablement pas, car au lieu d’investir des milliards dans des énergies propres qui existent, Madame von der Leyen préfère acheter des quantités énormes d’énergies fossiles aux USA, contrecarrant ainsi toutes les tentatives de lutter contre le réchauffement climatique.
Le fait que les responsables dans la politique et dans l’industrie énergétique continuent à fermer les yeux devant l’hydrogène blanc, une source d’énergie présente en quantité en France et exploitable au moindre prix, contribuera au réchauffement climatique, au lieu de le combattre. Non seulement, on prive les Français d’un trésor incroyable (l’hydrogène dans le sous-sol français appartient aux Français), mais en plus, on se passe de l’élément clé dans la lutte contre le changement climatique qui lui, est en train de détruire peu à peu notre habitat.
Ce qui conduit nous autres citoyens à une question cruciale : est-ce que nous voulons accepter que notre planète soit détruite pour que quelques douzaines ou centaines d’actionnaires puissent se remplir les poches ou est-ce qu’il ne faut pas insister pour que la seule source d’énergie propre et peu chère, l’hydrogène blanc, soit utilisée pour sauver le climat ? Il faudra faire un choix entre le gain financier d’une mini-frange de la population (qui possède déjà le plus clair du patrimoine mondial) et la survie de l’humanité. Normalement, ce choix devrait couler de source. Mais actuellement, le choix des décideurs se porte sur le gain financier des happy few. A partir du 10 septembre, il sera certainement aussi question de l’hydrogène et de l’attitude des responsables…
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