Jeunesses volées
Un documentaire de la réalisatrice Nina Barbier retrace le sort des 15.000 Alsaciennes et Mosellanes incorporées de force dans la Wehrmacht allemande. Le film sera montré demain et samedi.
Les femmes incorporées dans le « Reichsarbeitsdienst » (RAD) étaient des victimes de crimes de guerre. Foto: Spahn, B. / Bundesarchiv Bild 137-055882 / Wikimedia Commons / CC-BY-SA 3.0de
(KL) – L’incorporation de force dans la Wehrmacht, l’armée allemande pendant la IIe Guerre Mondiale, constitue encore aujourd’hui un sujet tabou, frappé d’une sorte d’omerta. Ceci est particulièrement vrai en ce qui concerne les 15.000 femmes alsaciennes et mosellanes enlevées et déplacées comme esclaves des nazis en Allemagne où elles connurent des sorts très différents. Il fallait attendre l’an 2008 avant que la France reconnaissait officiellement ces femmes comme « Incorporées de Force en Allemagne pendant la IIe Guerre Mondiale » et donc, comme victimes d’un crime de guerre. Les hommes incorporés de force, les « Malgré-nous », devaient même attendre 2012 que Nicolas Sarkozy les reconnaissait pour la première fois et au nom de la France, comme « victimes d’un crime de guerre ». Le documentaire « Jeunesse volées » de Nina Barbier qui sera montré le vendredi 28 mars à 19h à la Médiathèque de Sierentz et samedi, 29 mars à 20h à la Médiathèque de Drusenheim, traite le sujet avec une nouvelle approche.
Encore aujourd’hui, le sujet de l’époque nazie est encore compliqué, comme on l’a vu lors de la parution des deux excellents ouvrages de Michel Weckel sur les pasteurs qui avaient acclamé Hitler à l’époque et de Claude Mislin qui avait retracé la vie de Pierre Pflimlin pendant les années 1920 à 1945. Les deux auteurs de ces ouvrages avaient alors essuyé toute sorte de critiques et menaces agressives, l’Alsace ne voulait pas en entendre parler. Pourtant, le sujet des « Malgré-nous » et des « Malgré-elles » constitue environ 100.000 drames et dans de très nombreuses familles alsaciennes, le souvenir du sort des anciens et anciennes, est encore vivant. Mais on n’en parle pas ou que très peu.
Dans le cadre de la programmation du « Le Lieu documentaire », la projection du documentaire « Jeunesses volées » de Nina Barbier tente une nouvelle approche à cette thématique difficile et pourtant, plus actuelle qu’on ne le souhaite à un moment où la guerre s’installe à nouveau en Europe et aussi dans nos têtes.
Dans « Jeunesses volées », la réalisatrice donne autant la parole aux victimes, mais aussi aux Allemands et aux jeunes générations, car seule l’échange et la transmission de ce chapitre noir, permet la compréhension de la barbarie et des mécanismes qui y mènent.
A un moment où de plus en plus de gens crient « guerre ! » depuis leur canapé, il est important de se souvenir de ce qu’est réellement la guerre, quel tragédies humaines sont causées par la guerre et la brutalité.
Toute cette période constituait un double traumatisme pour les Alsaciennes et Mosellanes et pour les Alsaciens et les Mosellans. Non seulement, ils subissaient des sorts tragiques (de très nombreux « Malgré-nous » perdaient leur vies sur le front russe, en particulier à Tambov), tandis que les « Malgré-elles » subissaient violences, abus sexuels et une existence d’esclaves de travail au « Reichsarbeitsdienst ». Après la guerre, et cela constituait le deuxième traumatisme, ces victimes de crimes de guerre étaient considérées par de nombreux Français comme des « collaborateurs » et les procès de Bordeaux ne faisaient que grandir ce sentiment. Le fait que les victimes devaient attendre 2008 et 2012 avant que leur statut de victime ne soit reconnu par l’état français, était difficile à supporter pour les personnes concernées et ceci explique en partie aussi le lourd silence autour de ce sujet.
Le documentaire de Nina Barbier contribue donc à une meilleure compréhension de cette époque et de ce que les victimes ont enduré et il s’agit d’un élément important de la transmission de la mémoire collective. A recommander sans modération.
Jeunesse volées
Un documentaire de Nina Barbier
Vendredi, 28 mars à 19h, à la Médiathèque de Sierentz
Samedi, 29 mars à 20h, à la Médiathèque de Drusenheim
Entrée libre pour les deux projections.
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