La climatisation, une fausse bonne idée face à la canicule

Alors que la France suffoque sous une vague de chaleur historique, certaines figures politiques appellent à un grand plan de climatisation des bâtiments publics. Une solution de confort qui soulève un débat houleux et qui pourrait aggraver à terme la crise climatique.

Les climatisateurs aident à l'intérieur, mais contribuent au problème à l'extérieur. Foto: Dinkun Chen / Wikimedia Commons / CC-BY-SA 4.0int

(Lucie Cardoso de Oliveira) – « Il est grand temps que la France déploie un grand plan d’équipement pour la climatisation. Je le lancerai dès notre arrivée au pouvoir ». C’est par ces mots, postés sur X (anciennement Twitter) le 30 juin, que Marine Le Pen a ravivé un débat brûlant. Réagissant à la fermeture de plusieurs écoles à Tours en raison de la canicule, la présidente du groupe Rassemblement National (RN) à l’Assemblée nationale dénonce l’absence de climatisation dans les écoles, hôpitaux, maisons de retraite et transports publics. Selon elle, l’État abandonne les classes populaires à la chaleur, tandis que les « élites » bénéficient du confort des bureaux climatisés. La riposte n’a pas tardé. Marine Tondelier, cheffe de file des Écologistes, a raillé aussitôt ce programme climatique. « La France subit une canicule historique. Le programme écologique de Marine Le Pen : acheter des climatiseurs », a-t-elle écrit sous le tweet de la député RN. S’ensuit un échange tendu entre camps opposés. Jean-Philippe Tanguy, député RN, a contre-attaqué en évoquant les conditions de travail dans les hôpitaux. Tondelier lui a répondu point par point, que les écologistes sont favorables à la climatisation dans les établissements sensibles, mais ils refusent d’en faire l’unique réponse.

« Parce que, contrairement à vous, nous avons un peu bossé le sujet du réchauffement climatique, nous savons que la climatisation ne suffira pas […]. Il faut impérativement avancer sur la végétalisation des villes et l’isolation thermique des logements », a-t-elle répondu avec aplomb. Dans le même registre, Éric Ciotti, président des Républicains, a rejoint l’avis de Marine Le Pen. Face à une canicule qui s’intensifie, la droite semble avoir trouvé son cheval de bataille : climatiser pour protéger. Une solution séduisante par sa simplicité, mais qui élude les effets pervers à long terme.

Une fausse bonne idéeClimatiser pour lutter contre la chaleur. Une réponse qui semble logique et alléchante lorsque le ressenti chez soi avec ventilateur est de plus de 30 degrés. Mais cette solution rafraîchissante risque à long-terme de nourrir le problème principal : le fait que chaque année, les étés sont plus chauds. La climatisation est l’un des grands paradoxes du changement climatique : plus il fait chaud, plus on l’utilise, et plus elle contribue aux émissions de gaz à effet de serre. Selon le rapport « The Future of Cooling » de l’Agence Internationale de l’Énergie, la demande mondiale d’énergie pour la climatisation devrait tripler d’ici 2050, et le nombre de climatiseurs installés dans les bâtiments passera de 1,6 à 5,6 milliards.

D’ores et déjà, la climatisation et la ventilation représentent près de 20% de l’électricité consommée dans les bâtiments à l’échelle mondiale, une part qui devrait augmenter fortement dans les pays chauds à mesure que l’accès à la climatisation se généralise. Ce cercle vicieux est pourtant bien connu de tous. Plus on cherche à se rafraîchir, plus on alimente la chaleur qu’on tente de fuir. Ce n’est pourtant pas une découverte. La climatisation n’a jamais été une solution écologique. Mais face à la montée des températures, le confort immédiat de certains semble toujours primer sur les conséquences à long terme pour l’énergie, le climat et l’avenir commun.

Des alternatives durables - Faut-il pour autant renoncer à toute forme de confort thermique ? Évidemment que non. Mais les experts appellent à une approche plus globale. Végétaliser les villes, repenser l’urbanisme, créer des îlots de fraîcheurs naturels, isoler les bâtiments ou encore utiliser des matériaux biosourcés. Ces solutions, avancées par l’Agence Internationale de l’Énergie et des partis politiques écologistes, existent déjà et peuvent limiter la montée des températures en ville sans surconsommer d’énergie.

Des villes comme Strasbourg ou Paris investissent déjà dans ces dispositifs. Dans l’Eurométropole strasbourgeoise, le plan de végétalisation et de création d’îlots de fraîcheur dans l’espace public, « Canopée » a été mis en place. Un projet écologique qui met au cœur de sa stratégie les arbres. « L’arbre s’avère être l’outil le plus efficace car il combine l’effet de l’ombrage et le mécanisme de transpiration, ce qui engendre une baisse locale de température », d’après le programme. A Paris, le plan « Oasis » a lui aussi, vu le jour pour transformer les cours d’écoles en espaces rafraîchis et végétalisés. Ces projets montrent que l’isolation, la ventilation naturelle et la végétalisation permettent de réduire significativement la température intérieure.

Le confort thermique est un droit, en particulier pour les plus vulnérables. Mais vouloir climatiser massivement la France sans repenser notre modèle énergétique et notre urbanisme, c’est comme si un pansement était mis sur une plaie encore ouverte. Face à une crise climatique qui se déchaîne de plus en plus fort, les politiques ne peuvent plus se contenter de solutions faciles, à court-terme.

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