La fabrique des abrutis – Ces idiots utiles
Lorsque le sage montre la réalité de l’Iran, l’idiot préfère regarder son propre imaginaire de la Palestine, alors que des Palestiniens eux-mêmes se révoltent contre leurs pseudos combattants de la liberté.
Penser moins, une tendance qui se généralise, y compris à gauche de l’échiquier politique et de l’engagement militant... Foto: Tony Webster / Wikimedia Commons / CC-BY 2.0
(Jean-Marc Claus) – En 1979, le Shah d’Iran Mohammad Reza Pahlavi, qui gouvernait le pays depuis 1941 suite à la destitution par les Alliés de son père suspecté d’accointances avec l’Allemagne nazie, fut lui-même contraint à l’exil par une révolution que menèrent plusieurs groupes, allant des plus progressistes aux plus religieux. Cette prise de pouvoir avait pour figure de proue, l’ayatollah Khomeini avec lequel les courants politiques de gauche s’étaient associés, pensant le moment venu, tirer leur épingle du jeu. Or, c’est pour lui et ses sbires, qu’ils tirèrent les marrons du feu, mais l’histoire ne s’arrêta pas là.
Le Tudeh, parti communiste iranien au nom aujourd’hui tabou dans le pays, n’avait pas vraiment pris au sérieux les islamistes. Quatre ans plus tard, la théocratie anéantissait son allié, que les propos révolutionnaires et tiers-mondistes du très charismatique ayatollah aux allures de paisible vieillard avaient séduit. Aujourd’hui, une large frange de la gauche occidentale, qui fustige avec raison les attelages unissant leaders d’extrême-droite et groupes religieux, n’a toujours pas tiré pour elle-même, les leçons de la révolution islamique iranienne.
Les mobilisations hebdomadaires et les actions quotidiennes aux slogans « Free Palestine » et « From the river to the sea », dans un contexte géopolitique rendu explosif au Moyen-Orient suite aux pogroms du 7 octobre 2023 menés par des islamistes, servent plus les intérêts de mouvements politico-religieux sanguinaires, qu’ils participent au sauvetage d’un peuple dont la souffrance n’est pas à mettre en doute un seul instant. Mais quand pour défendre les droits des Palestiniens, dont ceux élémentaires d’avoir accès à la nourriture et aux soins ainsi que de vivre en sécurité sous un toit, la gauche se commet avec des intégristes religieux, elle vend son âme au diable.
Contrairement au faux vieux sage de 1979, s’avérant par la suite être un abominable dictateur, le Hamas et ses alliés affichent clairement la couleur. Leurs méfaits sont abondamment documentés, et ils ne font pas mystère de leur volonté d’anéantir l’État d’Israël. Pourquoi alors, une large frange de la gauche française, se laisse-t-elle berner ainsi ? Peut-être parce que lorsque le sage montre la réalité de l’Iran, l’idiot préfère regarder son propre imaginaire de la Palestine, alors que des Palestiniens eux-mêmes se révoltent contre leurs pseudos combattants de la liberté qui font d’eux des boucliers humains.
S’inventer un narratif et vouloir, quoi qu’il arrive, y croire dur comme fer, ne relève pas de l’intelligence artificielle, mais de la bêtise naturelle. Or, il faut bien reconnaître que là, certains, à force de creuser, ont atteint un très haut niveau ! Un très haut niveau d’abrutissement, conduisant des militants logiquement progressistes, pacifistes et internationalistes, à soutenir par leurs mobilisations, des mouvements politico-religieux obscurantistes, belliqueux et nationalistes. Comme le Hamas n’a fait qu’une bouchée du Fatah pour instaurer son hégémonie sur la Bande de Gaza et bientôt la Cisjordanie, comme la Révolution Islamique a escroqué le Tudeh pour ensuite l’anéantir, ceux que soutient aujourd’hui une partie de la gauche, se retourneront contre elle une fois leurs objectifs atteints, et le peuple palestinien continuera de souffrir.
Le régime de Recep Tayyip Erdoğan démontre que l’islamisme modéré n’est qu’une fable, comme si en des temps plus anciens, avaient existé des Croisades modérées ou une Conquista modérée. Or, les islamistes à l’œuvre en Palestine, ne dissimulent même pas leur vraie nature et ils font de leur cruauté des clips publicitaires. Tout mouvement ou phénomène politico-religieux ne peut qu’être radical et manichéiste, car sa survie en dépend. Pire encore que le dévoiement du communisme faisant de l’athéisme une religion, le dévoiement d’une religion conduit au renoncement à toute spiritualité, les deux processus aboutissant, l’un comme l’autre, à une capitulation de l’intelligence par renoncement volontaire à l’esprit critique.
Que Benjamin Netanyahou et ses alliés extrémistes politico-religieux soient aussi responsables des pogroms du 7 octobre 2023, comme de ce qui se passe actuellement dans la Bande de Gaza et depuis des années en Cisjordanie, ne fait pas l’ombre d’un doute. Mais l’intérêt du peuple palestinien est-il de se retrouver sous le joug d’un mouvement islamiste, envers lequel certains pays dits musulmans ne sont pas tendres ? La gauche occidentale qui par son action militante à distance, contribue au renforcement d’un régime obscurantiste au Proche Orient, se déshonore et son raisonnement binaire est une insulte à l’intelligence.
Renonçant aux conditions préalables qu’il avait lui même édicté en avril, et annonçant en juillet qu’il va reconnaître en septembre l’État de Palestine, hormis l’expression de d’un bon plaisir façon Louis XIV, la décision du président-monarque est non seulement une capitulation devant l’internationale terroriste, mais aussi un affront au plus élémentaire discernement. Ce que l’on retrouve dans la déclaration du ministre des affaires étrangères, alliant sophisme et syllogisme pour sans sourciller affirmer que le Hamas ayant toujours refusé la solution dite à deux États, en reconnaissant la Palestine, la France lui donne tort, et donne raison au clan de la paix contre celui de la guerre. Là encore, une large frange de la gauche française applaudit des deux mains et les terroristes islamistes ne boudent pas leur plaisir d’adresser un bon point à la France, pays des Lumières (éteintes), avec toutefois la mention « Peut (encore) mieux faire ».
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