La fabrique des abrutis – En gros et en détail…

Ceux qui aujourd’hui se réjouissent, sans aucune décence, de la mort d’un homme, viendront appeler à l’unité des forces progressistes et républicaines, quand demain, sa fille et sa clique, seront confortablement installés au pouvoir.

« Peux-tu rien souhaiter à ton ennemi de plus que la mort ? Eh bien ! Tiens-toi tranquille, il mourra sans toi. » - Sénèque (4 av JC – 65 ap JC) Foto: Frank Vincentz / Wikimedia Commons / CC-BY-SA 3.0

(Jean-Marc Claus) – Que le passé sulfureux et les aphorismes dégoûtants du feu cofondateur du Front National en 1972, devenu Rassemblement National en 2018, ne soient jamais oubliés et régulièrement rappelés, est une bonne chose. Se réjouir de son décès, de surcroît dans des manifestations publiques se voulant en l’occurrence festives, a quelque chose de particulièrement écœurant, qu’il est difficile de qualifier, tant les adjectifs disponibles dans le dictionnaire manquent de force.

Ceux qui aujourd’hui se réjouissent, sans aucune décence, de la mort d’un homme, viendront appeler à l’unité des forces progressistes et républicaines, quand demain, sa fille et sa clique seront confortablement installés au pouvoir. Ceci de manière tout à fait démocratique et parfaitement légale, comme l’arrivée et le retour au pouvoir de Donald Trump aux USA ou en son temps, de Jair Bolsonaro au Brésil, pour ne citer que ces deux exemples, et sans faire référence à l’Allemagne des Années Trente.

Les manifestations de liesse, relayées à l’envi par les médias mainstream, auront pour effet de doper les scores des candidats RN-ex-FN, aux échéances électorales à venir, avant même qu’il soit question de présidentielles. Mais au delà de ça, c’est plus globalement d’humanité et de civilisation dont il est directement question. Combattre des idées et des idéologies, ne se conjugue pas avec un irrespect total envers les personnes qui les portent.

« Peux-tu rien souhaiter à ton ennemi de plus que la mort ? Eh bien ! Tiens-toi tranquille, il mourra sans toi. Tu perds ta peine à vouloir faire ce qui arrivera. », écrivait Sénèque dans « De ira » (La colère) au premier siècle de notre ère. Vingt siècles plus tard, certains se prétendant civilisés et progressistes, n’ont absolument rien gagné en sagesse. Un constat amer, mais terriblement nécessaire.

Nécessaire, car la perte des repères civilisationnels, actuellement observable au sein de notre société, n’est pas seulement préoccupante, mais aussi potentiellement criminelle. Qu’est-ce qui, au siècle dernier, a conduit des masses à adhérer à des systèmes totalitaires, tant à l’Ouest qu’à l’Est ? L’intégration dans les consciences de la banalité du mal, pour revenir au fameux concept arendtien.

Refuser de voir en l’adversaire un autre être humain, sans évidemment pour autant le considérer comme un alter ego, ouvre la voie à tous les abus et à toutes les atrocités. Dans un autre registre, le récent mais désormais célèbre procès dit des viols de Mazan, a démontré éloquemment, comment des messieurs Tout-le-monde, peuvent devenir des monstres, ayant parallèlement des existences tranquilles.

Afin d’arriver au pouvoir et de s’y maintenir, les tenants des idéologies totalitaires conduisent des individus à renoncer à toute humanité envers leurs opposants. Ceci en exerçant une coercition constante sur leurs supporters, sbires et porte-flingues, car dans la paranoïa inhérente à ces systèmes politiques, il importe de se méfier tout autant des alliés que des adversaires.

Se réjouir bruyamment du décès du cofondateur du Front National devenu Rassemblement National, avec grand renfort de slogans des plus douteux, revient au même qu’affirmer perfidement : « Je ne dis pas que les chambres à gaz n’ont pas existé [...], mais je crois que c’est un point de détail de l’histoire de la Seconde Guerre Mondiale. ». Ne pas faire dans le détail, caractérise admirablement le renoncement à toute intelligence, propre à l’abrutissement dont certains individus se montrent malheureusement capables.

Le talentueux journaliste Claude Askolovitch, qui a beaucoup fréquenté le Château de Montretout pour y ferrailler avec son propriétaire, a, sur France Inter, admirablement trouvé les mots pourfendant son vieil adversaire, sans pour autant lui dénier toute humanité. Il était à des années-lumière des manifestations stupides relayées par les grands médias. Mais que voulez-vous, le jour où le Tout-Puissant a répandu l’intelligence sur la terre, certains et même beaucoup trop, avaient piscine…

Kommentar hinterlassen

E-Mail Adresse wird nicht veröffentlicht.

*



Copyright © Eurojournaliste