La fabrique des abrutis – Salut la commu !

A la fois sympathique et ingénu, le « Salut la commu ! » souvent entendu sur les réseaux sociaux, aurait-il tout de même quelque chose de malsain ?

Isolés et reliés - le paradoxe total des réseaux asociaux... Foto: Chris Potter / Wikimedia Commons / CC-BY 2.0

(Jean-Marc Claus) – Des communautés de communes ou d’agglomérations, aux communautés à caractère religieux, en passant par les community managers et les commus de followers d’enflés influenceurs, le mot est omniprésent dans différents domaines. Instrumentalisé à des fins purement électorales par des politiques sans scrupules, un certain communautarisme est défendu par les uns et fustigé par les autres. Mais très peu voient, ou pire encore veulent voir, la vache au milieu du couloir de métro.

Souvent entendu sur les réseaux sociaux, « Salut la commu ! » est à la fois sympathique et ingénu. Qu’y aurait-il de mal, ou même de malsain, à se regrouper par affinités et même à former des groupes dans lesquels on est intégré par cooptation ? Rien dans l’absolu, car de tous temps humains et animaux, tendent à s’associer par affinités et partages d’intérêts. Mais en revenant au contexte de notre époque, où le virtuel gagne chaque jour du terrain sur le réel, il importe tout de même de se questionner.

Quand sur LCI dans son émission « Cartes sur Table », le journaliste David Doukhan disait le 11 décembre que les stages de récupérations de points (de permis de conduire) figurent au nombre des derniers endroits de mixité sociale, il n’avait malheureusement pas tort. La suppression du service militaire obligatoire, n’est pas comme certains voudraient le faire croire, la seule cause de la disparition progressive des lieux et des temps de brassage social. Il suffit de jeter un rapide coup d’œil sur les réseaux sociaux, pour comprendre que le problème est bien plus vaste et plus récent.

Il devient toujours plus difficile d’exprimer un point de vue, sans devenir au pire l’objet d’attaques ad hominem ou ad personam, au mieux de tentatives de rééducation façon thérapies de conversion. Les commissaires politiques et les grands inquisiteurs sont non seulement partout, mais chose encore plus grave, ils se multiplient de manière exponentielle. Phénomène très inquiétant, madame et monsieur Tout-le-monde peuvent, sans se poser la moindre question, endosser ces rôles éminemment sectaires, tout en vaquant honorablement à leurs occupations de bonnes mères et bons pères de famille.

Le modèle néo-ségrégationniste étasunien, a en un clin d’œil traversé l’Océan Atlantique, pour s’implanter durablement dans la société de la Vieille Europe. Là-bas, électeurs républicains et démocrates ne peuvent plus vivre ensemble, les infox tiennent lieu de Journal Officiel et même Georges W. Bush n’était pas aussi clivant que Donald Trump. Ici et notamment en France, les tendances extrême droitières et extrême gauchistes veulent occuper toute la scène politique. Une frange non négligeable de la population qui n’écoute plus les infos, se réfugie dans diverses communautés, la plupart du temps virtuelles et non pluralistes.

On en vient sur les réseaux sociaux, à devoir pour être tranquille, recadrer sévèrement des « amis », voire même leur limiter certains accès quand ils ne veulent pas comprendre. La culture de l’entre-soi, érigée en valeur refuge, n’est rien d’autre qu’une usine à consanguinité. Prétendre vouloir débattre, quand le seul but est de battre, n’a absolument rien de constructif. Tous les totalitarismes ont en commun que ceux qui dirigent, sont ceux qui parlent le plus fort et s’arrangent pour avoir toujours le dernier mot.

L’atomisation des individus avec son corollaire la communautarisation de la société, ne sont pas des garanties de pluralisme, mais bien au contraire, des facteurs favorisant la pensée unique. En France, le fossoyeur de la gauche, vivant dans un monde totalement parallèle, pense parvenir à imposer la doxa LFIste alors qu’il est détesté par une majorité d’électeurs. A l’autre bout de l’arc politique, forts de leurs appuis outre-Atlantique et outre-Oural, les nostalgiques de l’État Français et de sa révolution nationaliste, ont le vent en poupe grâce à leur stratégie de la cravate. Faut-il pour s’opposer à ces deux totalitarismes, que les gens sensés forment en communauté ? Et bien non, car cela reviendrait à nier que die Gedanken sind frei  car tout communautarisme, quel qu’il soit, s’oppose par nature à la liberté de penser.

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