La laïcité est-elle contre les religions ?

« Ne perdons pas de vue que la laïcité fait partie de l’ensemble de nos libertés. » - Nathalie Wolff

Un fascicule posant clairement le problème et y répondant sans détours. Foto: JM Claus / CC-BY 2.0

(Jean-Marc Claus) – A une époque où l’héritage des Lumières est systématiquement attaqué par des mouvements obscurantistes le plus souvent religieux, expliquer la laïcité et démontrer son apport fondamental au maintien de la paix civile, n’a absolument rien d’optionnel. C’est une nécessité absolue, et Eurojournalist(e) y contribue régulièrement.

Prenant de la hauteur, comme le veut la collection ALT des Éditions de la Martinière, l’enseignante et chercheuse Nathalie Wolff part de la rentrée scolaire 2023 avec l’interdiction du port de l’abaya et du qamis dans les écoles, collèges et lycées publics, pour revenir à 1791, année de l’édition du nouveau code pénal dans lequel ne figurait plus le délit de blasphème. Depuis, la loi ne punit plus la critique envers les religions, toutes les religions, mais elle condamne les attaques aux personnes en raison de leurs religions.

Comparant le modèle anglo-américain dit pluraliste et le modèle français qualifié d’universaliste, l’auteure explique leurs origines respectives et démontre que le second limite les revendications des particularismes conduisant inévitablement à renforcer les communautarismes. Or, selon l’article premier de la Constitution de 1958, toujours en vigueur jusqu’à preuve du contraire, « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances. ».

Un petit rappel des plus nécessaires, quand des mouvances religieuses politisées s’emploient, souvent avec un discours victimaire et misérabiliste, à faire institutionnaliser leurs coutumes et croyances, évidemment au détriment des autres. La liste des gouvernants s’appuyant sur un ou des groupes religieux, pour s’assurer leur arrivée puis leur maintien au pouvoir, est longue. Or, qu’il s’agisse d’une théocratie clairement affirmée comme en Iran, ou d’une démocratie totalement biaisée comme aux USA, le résultat est toujours le même. A savoir, une plongée dans l’obscurantisme et un recul massif des droits humains, dont ceux des femmes.

D’où l’importance de « gagner à nouveau la bataille de la laïcité dès l’école », comme l’écrit Nathalie Wolff, démontrant au passage que cette institution républicaine n’est pas plus contre les musulmans que contre les autres croyants. Elle dit très clairement : « Ceux qui veulent remettre en question les fondements de la République ont bien compris que l’école est au cœur de la protection des libertés.». Faisant une petite incursion en Suisse, l’auteure cite l’exemple de parents refusant que leurs filles âgées de 7 et 9 ans apprennent à nager dans une piscine mixte, au motif que cette obligation porte atteinte à leur liberté religieuse et les discrimine. Or, en l’occurrence, c’est l’autorisation de s’absenter d’un cours obligatoire, qui aurait été discriminante.

Les figures de rhétorique alambiquées, comme celle disant qu’en France, à l’école le port de l’abaya, qui serait un vêtement comme un autre, constitue une atteinte à la liberté religieuse, ne manquent pas. On aimerait en rire, si le fait religieux ne s’invitait pas de plus en plus dans tous les domaines de la société et notamment le sport. Mais aussi plus largement dans l’espace public, où sous couvert de débat pudeur vs impudeur, se démontre une fois de plus que « l’obsession du corps féminin dans l’interprétation des grands monothéismes en fait un objet de tentation, instrumentalisant la pudeur comme un outil de domination des hommes sur les femmes, et de séparation des sexes. ».

Dénonçant également le « kidnapping de la laïcité par l’extrême-droite », Nathalie Wolff est très claire. Or, nous savons tous que l’instrumentalisation de la laïcité par les mouvements de la droite réactionnaire a, comme les mouvements religieux extrémistes, pour but de scinder la société entre d’un côté les gentils et de l’autre, les méchants. Gentils appartenant à une communauté et méchants relevant d’une autre, donc en clair, le nationalisme est un communautarisme n’ayant rien de commun avec la laïcité.

La laïcité est-elle contre les religions ?
Par Nathalie Wolff
Format 110×170 mm – 32 pages – parution 07/2024
ISBN 9791040118909 – Prix = 3,50€

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