Laïcité = dialogue interreligieux ?

La laïcité n’est pas soluble dans le dialogue interreligieux, et ce dernier ne procède pas de la laïcité.

Une République se voulant laïque, ne peut se laisser cornaquer par le lobbying de quelque groupe religieux que ce soit. Foto: Mariona Bonsfills / Wikimedia Commons / CC-BY-SA 4.0int

(Jean-Marc Claus) – Présenté comme un progrès, le dialogue interreligieux est trop souvent mêlé à la laïcité, voire même confondu avec ce principe fondamental, dont découle la loi de 1905 séparant en France, les Églises et l’État. Évoluant dans un même contexte social et historique, ces démarches visent des buts bien différents, et les confondre en ajoute à la misère d’une pauvre Humanité, tant malmenée par les religions impérialistes, que par l’athéisme militant.

Faut-il se réjouir de l’existence d’un dialogue entre tenants de diverses religions ? Bien sûr que oui, car les guerres et les persécutions motivées par des croyances religieuses, sont des ignominies. Alors que des croyants parviennent à se parler, en dépassant leurs différences d’interprétation du divin et de tout ce qui en découle, ne peut que contribuer à la pacification du monde.

N’y aurait donc, absolument aucune raison de s’en méfier ? Bien sûr que si, qu’il faut s’en méfier, car dans la plupart des cas, religion rime avec prosélytisme. Alors, si les tenants de diverses religions, s’accordent sur un socle commun, ce n’est certainement pas pour se tenir en retrait des affaires du monde, mais pour y exercer une influence somme toute naturelle, car les renards ne deviennent jamais végétariens.

Orienter des choix de société, jusqu’à même en imposer certains, est inscrit dans l’ADN de quasiment toutes les religions, d’où tout au long de l’Histoire, l’existence de diverses théocraties. Donc que différents cultes « dialoguent », ne peut rester sans incidences, mêmes parfois positives, sur la marche du monde. Il faut le savoir, mais là encore, il n’y a rien de plus naturel et de plus logique.

Par contre, mêler dialogue interreligieux et laïcité, jusqu’à parfois même les confondre, n’a rien de logique et de naturel. « La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées ci-après dans l’intérêt de l’ordre public », spécifie l’article premier de la Loi du 9 décembre 1905, dont la (re)lecture est toujours profitable. « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale », précise d’emblée la Constitution du 4 octobre 1958, toujours en vigueur.

Une République se voulant laïque ne peut se laisser cornaquer par le lobbying de quelque groupe religieux que ce soit. Il suffit de jeter un œil aux USA pour constater la progression de l’inhumanité, issue de l’élection d’un candidat porté par un vote chrétien fondamentaliste. Plus subtilement, en Italie, l’influence des catholiques non-progressistes rend l’accès à l’avortement toujours plus complexe, et l’Église pèse lourdement sur les politiques de santé publique. La Constitution Fédérale de la Confédération Helvétique, révisée de multiples fois, commence toujours par « Au nom du Dieu Tout-Puissant ! ».

Combien de crimes ont-ils été, et sont encore commis de par le monde, au nom d’un ou de plusieurs dieux, dont les puissances attribuées, donnent open-bar à l’intolérance la plus crasse ! Le principe de laïcité, qui place l’État en dehors des stratégies de pouvoir des religions, permet à tout un chacun de croire ou de ne pas croire, et fixe des limites tant à l’exercice du culte qu’à l’expression publique des croyances.

Beaucoup trop d’adeptes des religions ambitionnent de fixer des limites à la liberté de leurs concitoyens, et trop souvent ils y parviennent. Mais ils n’apprécient généralement pas que la leur soit contrainte par des États, dont ils contestent parfois même la légitimité. Ainsi, autant est-il nécessaire, pour préserver la paix civile, que le dialogue interreligieux se poursuivre. Autant reste-t-il primordial, de ne pas y mêler la République se proclamant laïque.

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