L’arnaque

Après avoir miroité à ses concurrents politiques un « barrage républicain », Emmanuel Macron soumet la France au bon vouloir du Rassemblement-ex-Front National.

Pardi, un beau cadeau ! Le petit Manu offre le pouvoir en France à un réprésentant du RN-ex-FN qui lui, dit "merci !"... Foto: Nationaal Archief / Spaarnestad Photo / Henk Hilterman / Wikimedia Commons / PD

(KL) – Les 30 juin et 7 juillet, les Français avaient voté la fin de la « Macronie », après avoir exprimé ce souhait déjà lors de l’élection européenne le 9 juin, lorsque les candidats de la « Macronie » arrivaient bien loin derrière la concurrence. Depuis, le président qui a poussé la France dans un chaos politique sans nom, a parlé de « stabilité », de « responsabilité », de « cohabitation », seulement pour créer une situation dans laquelle le Rassemblement-ex-Front National sera désormais l’arbitre qui décidera combien de temps le nouveau premier ministre Michel Barnier pourra rester en poste. Les conditions du RN-ex-FN sont connus, elles ont été acceptées par Emmanuel Macron et le « barrage républicain » n’avait donc rien de républicain, mais servait uniquement à garder la « Macronie » encore un peu au pouvoir.

Sans le « barrage républicain » auquel les forces républicaines avaient cru, le parti macronien n’aurait guère plus de députés que le parti de Michel Barnier, Les Républicains. La façon dont ce président se moque des résultats des élections qu’il avait lui-même provoquées, ressemble davantage à la démocratie russe qu’à une démocratie européenne.

Les députés macronistes, avec ceux du MoDem, d’Horizons et d’une partie des LR, sont très loin de disposer d’une majorité et en nommant un premier ministre de la droite, il ne faudra plus compter sur le soutien d’une frange des députés PS dont certains auraient probablement soutenu un premier ministre Bernard Cazeneuve. Donc, sans la bienveillance du RN-ex-FN, le premier ministre Michel Barnier « sautera » dès le premier vote à l’Assemblée Nationale et la « Macronie » doit donc désormais exaucer les vœux de ceux qu’elle prétendait combattre, il n’y a pas si longtemps que ça.

Un président qui devient par sa propre initiative une marionnette du RN-ex-FN, qui l’eut cru ? L’extrême-droite n’a même pas à assumer une quelconque responsabilité gouvernementale, mais c’est elle qui décidera désormais de la politique en France, car au-dessus de toute décision politique du gouvernement Barnier, flottera maintenant la menace de la motion de censure contre Barnier. Il était beau, ce « barrage républicain » qui servait uniquement à porter le RN-ex-FN au pouvoir.

Le « Nouveau Front Populaire », groupe le plus fort à l’Assemblée Nationale et mis au placard par un président qui estime que sa soumission au RN-ex-FN constitue de la « stabilité », peut remercier Macron, car en cas de nomination de Cazeneuve, certains députés de gauche l’auraient soutenu, ce qui ne sera pas le cas avec Michel Barnier. Donc, le RN-ex-FN est maintenant le seul et dernier espoir de Macron de garder le pouvoir dans la « Macronie », mais même là-dessus, il se trompe – le pouvoir en France est passé hier entre les mains de l’extrême-droite, grâce à son plus grand soutien, ce président sans peuple.

En cassant toute possibilité de former une « coalition républicaine », Emmanuel Macron montre qu’il n’a toujours pas compris les messages que les Français lui avaient envoyés le 9 et 30 juin et le 7 juillet. Personne n’avait demandé à ce président de se lancer dans un jeu politique bas et vil pour qu’il puisse garder les manettes de la politique française. Si les partis présents à l’Assemblée Nationale avaient sérieusement tenté de trouver des terrains d’entente républicains (même les diables de la LFI avaient accepté Louise Castets pour amadouer les craintes liées à la personne de Jean-Luc Mélenchon), Macron avait d’autres plans. Pas de changement politique, pas de changement de gouvernance, mais l’arnaque des électeurs, pour que la « Macronie » reste au commandes, coûte que coûte. Pour l’instant, le prix est élevé, Emmanuel Macron vient d’offrir le pouvoir en France au RN-ex-FN. Qui lui, dira merci et prendra le pouvoir ouvertement dès la prochaine dissolution de l’Assemblée Nationale qui pourra intervenir en juin 2025 ou, dans le pire des cas, en 2027 quand le cauchemar de la « Macronie » sera définitivement fini.

Il ne faudra pas s’étonner des réactions des Français. Comme depuis quasiment tous les week-ends depuis 2018 (sauf périodes de confinement), le débat politique se décalera dès samedi dans la rue et malheureusement, il faudra compter avec de nouveaux affrontements entre les forces de l’ordre et une population à qui on a volé les résultats d’un scrutin qu’une seule personne en France aura voulu et qui refuse aujourd’hui d’en respecter les résultats.

A force de jouer avec le destin de la France, Emmanuel Macron a non seulement perdu toute son image et crédibilité, mais il « punit » les Français de ne pas avoir voté pour lui et ses sbires, en offrant le pays au Rassemblement-ex-Front National. Les Français s’en souviendront.

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