Las, Ventura…
L’arrivée d’André Ventura au second tout de l’élection présidentielle portugaise - Hélas ! Las ! Trois fois hélas..
Une figure se voulant (faussement) christique… Foto: Duke of Winterfell / Wikimedia Commons / CC-BY-SA 4.0int
(Jean-Marc Claus) – Dans les années soixante-dix du siècle dernier, le duo Stone & Charden chantait « L’avventura », qui arrivant meilleure vente en 1971, contribua très largement à la notoriété du couple. Un titre que le cinéaste italien Michaelangelo Antonioni avait employé une dizaine d’années plus tôt, pour un film où il mettait admirablement en scène Lea Massari. Le Ventura dont il est aujourd’hui question au Portugal, donne visiblement envie à plus de 1.3 million d’électeurs de dormir chaque nuit dans ses bras.
Soit près de 12,5% de la population du pays, lors d’une consultation ayant mobilisé 52,3% de l’électorat. Mais il n’en reste pas moins que l’ascension fulgurante de l’ex-commentateur sportif, devenu contempteur zélé de l’altérité, témoigne d’un phénomène qui comme en Espagne avec Vox, jette une inquiétante ombre brunâtre sur l’entièreté de la péninsule Ibérique. Ces deux pays qui sous différentes formes, ont au XXe siècle connu le fascisme, tendent au XXIe à revenir s’abreuver à cette source immonde.
Les candidats défaits au premier tour ont l’intelligence de ne pas donner de consignes de vote en vue du second, qui aura lieu le 8 février. Cependant, beaucoup rendent public leur choix en faveur du socialiste António José Martins Seguro, qui était parvenu à 31,1% des suffrages le 18 janvier. Un front républicain s’organise par le haut, mais reste à savoir si la base suivra. Se sentant pousser des ailes, le candidat d’extrême droite exigeait déjà trois débats entre les deux tours. Ce qu’a refusé à raison, le candidat socialiste. Pourquoi dire la même chose à trois moments différents, si ce n’est pour enrichir les médias (privés) qui en assureront la diffusion !
Troisième à la présidentielle de 2021, avec alors 11,9% des suffrages exprimés, chiffre quasiment doublé aujourd’hui, Andre Ventura menait déjà campagne aux législatives de 2019 avec le slogan salazariste « Deus – Família – Pátria » (enrichi du mot « Trabalho » – Travail). Une devise s’accordant parfaitement avec son projet un temps défendu, de faire retirer leurs ovaires aux femmes ayant recours à l’avortement. Mutilation toute nazillonne, qu’à certaines époques, d’autres pays pourtant démocratiques, n’ont pas hésité pour diverses raisons, à infliger à des femmes.
De multiples fois condamné pour propos et actes discriminatoires, l’admirateur inconditionnel de Donald Trump et Jair Bolsonaro, n’a pas baigné dans la religiosité depuis sa plus tendre enfance. Embrassant la religion catholique à l’âge de quatorze ans, il est maintenant un « fervent chrétien ». Selon le journaliste Vítor Matos « Il aanalysé le marché et il est devenu le produit que beaucoup de gens voulaient acheter ». Ainsi, « Salvar Portugal ! », son autre slogan, est-il à prendre au sérieux, car pivot de sa rhétorique populiste.
Soutien du Benfica de Lisbonne, il avait même envisagé de briguer sa présidence en 2016, pour ensuite y renoncer. Mais ce ne fut pas une opération sans bénéfices pour André Ventura, loin s’en faut, car aujourd’hui, son attachement au célèbre club de football, lui apporte des voix. Ce que dans un article publié par Le Grand Continent, souligne l’historien spécialiste du Portugal Yves Léonard en disant : « C’est par l’usage d’une référence sportive particulièrement puissante au Portugal qu’André Ventura devient une personnalité médiatique incontournable ». Ainsi n’est-il guère étonnant que plusieurs témoignages de supporters convergent : « J’ai voté pour Chega parce qu’André Ventura est du Benfica. ». Panem et circences…
Le temps du bipartisme est au Portugal, comme dans d’autres pays d’Europe, très largement dépassé. Pour la première fois depuis 1986, l’élection présidentielle portugaise connaîtra un second tour, mais nous serons très loin du duel opposant alors Mário Soares pour la gauche et Diogo Pinto de Freitas do Amaral pour la droite.
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