Le bourgeois des gueux

L’écrivain Alexandre Jardin prétend représenter ceux dont sa classe sociale ignore tout. Que diable vient-il faire dans cette galère ?

Lorsqu’on est né à Neuilly-sur-Seine, certaines réalités demeurent bien difficiles à appréhender... Foto: Welcome Collection / Wikimedia Commons / CC-BY 4.0int

(Jean-Marc Claus) – S’être approché du firmament de la littérature en son époque et déchoir à ce point, l’itinéraire d’Alexandre Jardin n’a rien d’unique, mais il questionne tout de même. Plus clairement encore, comment peut-on devenir, ou alors enfin se révéler, aussi niais ? Se mêlant de la politique depuis 2007, l’écrivain devrait logiquement, dix-huit années plus tard, avoir atteint un certain niveau d’expertise. Force est de constater qu’il s’avère bien meilleur romancier que leader, et donc gagnerait à ne pas sortir du domaine dans lequel il excelle.

Pourtant en 1999, la création avec Pascal Guénée de l’association « Lire et Faire lire », était une riche et noble idée. Pourquoi être alors parti dans des schnapsidee aussi saugrenues les unes que les autres ? Il est vrai que son appel « Aux actes citoyens » fut en 2014, signé par quatre associations de maires, dont celle des maires ruraux (AMRF) qui aujourd’hui, prend de la distance avec lui. Une distance causée par son « récit toxique d’une polarisation simpliste entre villes et campagnes », selon les élus qui n’ont pas du tout apprécié son mouvement, hashtag et brûlot « Les #Gueux ». Un mouvement qu’il prétend apolitique, alors qu’en militant pour la suppression des Zones à Faibles Émissions (ZFE) et l’instauration du Référendum d’Initiative Citoyenne (RIC), il ne fait rien d’autre que de la politique !

Celui qui en 2016, a participé à un meeting d’Emmanuel Macron, mais sans le soutenir selon ses dires, devrait alors, à l’instar du président-monarque, se targuer d’être doté d’une pensée complexe. Tellement complexe que ses apparitions télévisuelles sur les chaînes d’information, laissent l’observateur pour le moins perplexe. Lorsqu’une interview réalisée par le Journal Du Dimanche (JDD), hebdomadaire à la ligne éditoriale initialement plutôt modérée, mais passée à l’extrême-droite en 2023, est diffusée en juin dernier lors d’une grand-messe nationaliste, Alexandre Jardin a le front de prétendre a posteriori, qu’il ne mesurait pas lors de l’enregistrement, combien celui-ci pourrait être instrumentalisé !

Naïveté ou insincérité ? Le petit-fils de celui que son père surnomme Le Nain Jaune, dans son roman éponyme, a de jaune le gilet de ce mouvement populiste et gazeux, qui faute de leadership, n’a manifestement pas aussi bien réussi que La France Insoumise (LFI). Son manque chronique de charisme, l’empêchant de beugler quelque chose du genre « La République, c’est moi ! », pour être relayé instantanément par tous les médias et rester dans l’Histoire grâce à une formule stupide, Alexandre Jardin s’empêtre alors dans un discours fumeux ramenant son auditoire à l’état de bovidés regardant passer les trains. « Mais que diable allait-il faire dans cette galère ? », disait parlant de son fils Léandre, Géronte à Scapin qui le manipulait.

Que diable l’écrivain Alexandre Jardin, vient-il faire sur l’échiquier politique, si ce n’est jouer au nain (portant gilet) jaune dans la cour des grands, et au prétendu insu de son plein gré servir la soupe à l’extrême-droite, sous couvert de « combat transpartisan ». Les récentes annonces de François Bayrou, lors de son soi-disant « Moment de vérité », ont de quoi susciter un mouvement de révolte populaire sur lequel il pourrait pour quelque arriviste, s’avérer payant de surfer. Mais tout de même, quand on un parcours littéraire tel que celui d’Alexandre Jardin, est-ce bien raisonnable de s’instituer porte-parole de ceux que son appartenance à la bourgeoisie lui empêcherait logiquement de représenter ?

Et puis « Les #Gueux », quel mépris ! N’aurait-il pas mieux valu s’appuyer sur l’Histoire et notamment le cinq-centième anniversaire de la Guerre des Paysans célébré actuellement, pour lancer le hashtag #Rustauds ? Des paysans aspirant à plus de justice sociale, ça va bien au-delà de mobilisations contre les ZFE, les éoliennes et autres luttes ponctuelles ne prenant pas en compte le contexte global d’un capitalisme mortifère, dont l’extrême-droite, aujourd’hui prête à accéder au pouvoir, est le dernier et plus fidèle chien de garde. Il est vrai que lorsqu’on est né à Neuilly-sur-Seine, pour ensuite évoluer dans un milieu très protégé, certaines réalités demeurent bien difficiles à appréhender…

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