« Le deuxième acte » de Quentin Dupieux ou comment faire du cinéma

Spécial Cannes (1). Esther Heboyan couvre pour Eurojournalist(e), l'intégralité du Festival International du Film à Cannes. L'excellente spécialiste du cinéma verra beaucoup de films ces prochains jours...

Le Festival de Cannes 2024 est lancé – avec « Le deuxième acte », ici une scène avec Louis Garrel et Vincent Lindon. Foto: © FDC 2024

Logo klein(Cannes, Esther Heboyan) – Ces dernières années, le Festival de Cannes privilégie, en films d’ouverture, des œuvres hybrides, qu’on pourrait qualifier de post-modernes, où la fiction et la métafiction s’entremêlent, alternent, se chevauchent – on pense à la comédie musicale Annette (2021) de Léos Carax, à la comédie gore Coupez ! (2022) de Michel Hazanavicius, deux longs métrages voulant se démarquer d’un genre en alliant l’étrange et le banal. Le réalisateur français Quentin Dupieux, qui était déjà venu à Cannes dans la catégorie « Hors Compétition » en 2022 avec sa comédie fantastique Fumer fait tousser, revient cette année avec Le deuxième acte.

La bande-annonce prépare à une rivalité entre personnes/personae/personnages, de l’actrice Léa Seydoux dans le rôle de Florence à l’acteur Louis Garrel interprétant David, en passant par les acteurs Vincent Lindon dans le rôle de Guillaume, le père de Florence, et Raphaël Quenard en tant que l’ami Willy, sans oublier le personnage secondaire, Stéphane, joué par Manuel Guillot qui se met, lui aussi, en scène. Chacun/chacune annonce, à tour de rôle, que l’histoire s’articule autour d’elle/de lui, sans qu’on puisse adhérer à aucune version. À croire qu’il n’y a pas vraiment d’histoire ou que l’histoire se réduit à un concours d’egos.

Le titre du film fait référence au genre de la dramaturgie. On s’attend à des complications et à des rebondissements. On se dit que le premier acte a eu lieu hors champ, posant les prémices de l’intrigue, si intrigue il y a, et que le deuxième acte va nouer davantage les éléments de l’action, si action il y a. Il y aura peut-être un dénouement, peut-être pas. En fait, avec un tel titre, on a l’impression de découvrir une histoire dont on a raté le début. Mais le titre se révèle être une fausse piste car « Le deuxième acte » est le nom d’un restaurant au milieu de nulle part où les quatre protagonistes vont se retrouver pour démêler une situation devenue confuse, et par la même occasion, démêler leur vie respective qui vacille entre fiction et réalité.

L’idée du restaurant est lisible dans l’affiche du film. Il fallait y être attentif. Il s’agit d’un montage au moyen d’un dessin et de quatre photos. Le dessin à l’encre noire schématise une table de restaurant dressée pour quatre, tandis que l’encre rouge est le vin versé dans les verres et coulant maladroitement d’une bouteille, à moins que ce ne soit du sang. Car les quatre convives ont leur tête posée, servie dans des assiettes. Au lieu de consommer leur repas autour de la table, les personnages sont devenus des mets consommables. Cette inversion est symptomatique du scénario signé par Quentin Dupieux qui nous emmène dans son univers absurde où le Bunuel de Le Fantôme de la liberté aurait pu se promener.

Le deuxième acte se révèle être un film sur le cinéma et notamment sur le métier d’acteur dans une industrie où sévit l’intelligence artificielle et où la parole doit se conformer à l’air du temps. Dupieux s’amuse de certaines évolutions de notre époque et réussit quelques séquences comiques. Le cinéaste s’amuse aussi à pervertir la réalité par la fiction et la fiction par la réalité. Souvent, on se demande si l’on visionne une scène de film en train d’être tournée ou si la scène fait partie de la vraie fausse vie des acteurs/personnages. Dans cette comédie, dont les dialogues sont parfois verbeux, tous les interprètes tirent leur épingle du jeu.

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