Le Kremlin désavoue l’Europe
La Russie ne tient pas à impliquer les Européens dans de futures négociations concernant l'Ukraine. Les Européens seraient « mal éduqués et incompétents ».
Dmitri Peskov, l'un des haut-parleurs de Poutine. Foto: Kremlin.ru / Wikimedia Commons / CC-BY 4.0int
(KL) – La Russie, l’Ukraine et les Etats-Unis se sont donc rencontrés pour la première fois autour de la table à Abu Dhabi. Résultat – on se rencontrera à nouveau dimanche prochain. C’est au moins pas la fin des discussions, même si on sait que la Russie ne pense même pas à revenir sur ses exigences maximales. Dont on sait aussi que l’Ukraine ne les acceptera pas. Et on sait aussi que les attaques continuent et s’intensifient pendant qu’on discute. Et maintenant on sait aussi que la Russie ne veut pas voir les Européens à la table de négociations. « Ce sont des fonctionnaires mal éduqués et incompétents », dit le Kremlin et vise en tout premier lieu l’Estonienne Kaja Kallas, la « ministre des affaires extérieures » de l’Union Européenne.
Pour Dmitri Peskov, l’un des porte-paroles du Kremlin, « ces fonctionnaires mal éduqués et incompétents ne regardent pas vers l’avenir et n’arrivent pas à comprendre le nouveau système existant ». Cette incompétence, selon Peskov, « fait souffrir l’intégralité du système des relations internationales ». Force est de constater que la communication russe ressemble beaucoup à la communication étatsunienne. La faute, ce sont toujours les autres. Mais jusqu’à preuve du contraire, c’est l’invasion russe en Ukraine il y a bientôt quatre ans, qui a déclenché la plupart des crises actuelles.
Cependant, la baisse du poids politique européen est indiscutable. Et le Kremlin sait très bien où se trouvent ses amis de demain – aux États-Unis de Donald Trump, aujourd’hui devenu un pays autant dirigé par un dictateur que la Russie. Dans cette cacophonie de propagande, « deals » et violations des Droits de l’Homme, les Européens ne font que déranger.
Pour éviter que le futur ordre mondial soit dirigé par une poignée de dictateurs, criminels de guerre et anti-démocrates, les électeurs américains et européens doivent réagir. Il est inconcevable de cautionner cette évolution en invoquant « les nécessités économiques ». Accepter que le monde tombe dans de nouvelles catastrophes, pour sauver de l’emploi, est sacrifier notre monde sur l’autel du Grand Capital. Et ça, nous le savons depuis toutes les analyses scientifiques établies après les deux guerres mondiales du siècle dernier.
Nous connaissons les mécanismes qui mènent à ces catastrophes, nous connaissons les paramètres qui doivent être réunis pour déclencher les hostilités, nous connaissons aussi la suite et la fin de ces périodes et nos responsables tournent la tête pour ne pas regarder cette situation en face. Ils se mettent à genou devant les criminels de notre époque, on les finance, on répond à leurs exigences pour qu’ils ne nous punissent pas trop.
Le fait que la Russie vise particulièrement Kaja Kallas, est du au fait qu’elle est Estonienne et la situation à la frontière entre la Russie et l’Estonie, tout comme celle de la minorité russe en Estonie, est tendue. En effet, les pays baltes se sentent directement exposés à la présence et menace russe, même s’il est peu probable que la Russie s’aventure actuellement à ouvrir un deuxième front, cette fois avec l’OTAN.
Que pourront faire les Européens ? Nous n’avons pas le choix – nous devons travailler rapidement et de manière déterminée à renforcer l’unité européenne, au-delà des intérêts individuels des 27. Pour cela, il sera absolument nécessaire de remercier Ursula von der Leyen et de mettre un terme à la main-mise germanique sur les institutions européennes. Outre une réforme institutionnelle européenne, il faudra également réfléchir à établir de nouvelles coopérations, en particulier avec les pays de l’Afrique.
Nous nous trouvons à un carrefour de l’Histoire et l’Europe doit faire très attention de ne pas se retrouver entre le marteau et l’enclume. Mais à bien y regarder, nous y sommes déjà.
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