Le masculinisme, un nouveau danger à prendre au sérieux

D'idéologie marginale à phénomène de société, le masculinisme gagne du terrain en France, s'infiltrant dans les cours d'école et les réseaux sociaux, sous les yeux d'institutions encore trop silencieuses.

Le masculinisme est un phénomène qui menace la paix sociale et les relations entres femmes et hommes. Foto: Wil540 art / Wikimedia Commons / CC-BY-SA 4.0int

(Théo Bornier) – Ce n’est plus un phénomène confidentiel. Le masculinisme, courant idéologique prônant la supériorité masculine et contestant les acquis du féminisme, s’est imposé comme l’une des menaces sociales les plus préoccupantes de la décennie. Un rapport du Sénat, rendu public en juin 2026, tire la sonnette d’alarme avec une clarté inhabituelle pour une institution réputée mesurée : le masculinisme progresse vite, en profondeur, et touche désormais les plus jeunes. Les sénateurs appellent à « réveiller les consciences » face à un phénomène longtemps sous-estimé, qui s’étend bien au-delà des cercles militants pour contaminer le quotidien de millions de Français.

Le rapport sénatorial pointe notamment l’école comme terrain d’expansion privilégié de cette idéologie. Propos sexistes banalisés dans les couloirs, filles écartées des prises de parole en classe, garçons qui rejettent ouvertement l’autorité des enseignantes. Les signaux d’alerte se multiplient. Les établissements scolaires manquent encore cruellement d’outils pour identifier et contrecarrer ces comportements, faute de formation des personnels et de cadre pédagogique adapté. L’école, miroir de la société, reflète un manque d’agissement qui vient de loin et notamment des écrans.

L’affaire Clavicular, en juin 2026, a offert une illustration saisissante et grotesque de ce que produisent les réseaux masculinistes. Ce créateur de contenu, suivi par plusieurs centaines de milliers d’abonnés et connu pour ses vidéos à la gloire de la domination masculine, a tenté de mettre en pratique ses propres théories de séduction dans les rues de Paris. Le résultat fut désastreux. Ses approches maladroites et condescendantes, filmées et diffusées, ont provoqué un torrent de moqueries sur l’ensemble des plate-formes. Si l’épisode prête à sourire, il révèle une réalité plus sombre. Des milliers de jeunes hommes consomment chaque jour ce type de contenu, persuadés qu’il leur enseigne une vérité sur les rapports entre les sexes. L’influence de ces figures dépasse largement leur ridicule apparent.

Derrière les mises en scène comiques se cache une mécanique de radicalisation bien huilée. Les algorithmes des grandes plate-formes favorisent les contenus clivants et émotionnellement chargés, propulsant les influenceurs masculinistes vers des audiences toujours plus larges. La figure de l’homme fort, injustement persécuté par un féminisme présenté comme totalitaire, séduit particulièrement des adolescents en quête d’identité. Le rapport du Sénat insiste sur ce vecteur numérique. Sans régulation des contenus et sans éducation aux médias renforcée, la progression du phénomène est appelée à se poursuivre. Les plate-formes, interpellées, se retranchent derrière la liberté d’expression, les pouvoirs publics qui eux, commencent à peine à prendre la mesure du défi.

Face à la montée du masculinisme, les réponses restent timides et dispersées. Le rapport sénatorial formule des recommandations concrètes avec la formation d‘enseignants, signalement des contenus haineux, campagnes de prévention, mais leur mise en œuvre suppose une volonté politique encore à démontrer. Le phénomène, lui, n’attend pas. Il se forge dès le collège, dans des espaces numériques que ni les parents ni les institutions ne maîtrisent pleinement. Réveiller les consciences, comme y invite le Sénat, est une première étape nécessaire. Mais la conscience seule ne suffira pas, c’est toute une politique d’éducation à l’égalité et de régulation des espaces numériques qui doit être mise en œuvre, avant que la prochaine génération ne soit durablement façonnée par ces discours.

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