Les contrôles aux frontières allemandes continuent

Le 15 mars, les contrôles aux frontières allemandes auraient du se terminer. Mais l'Allemagne prolonge cette mesure jusqu'au mois de septembre. Au moins.

L'Allemagne prolonge ses contrôles aux frontières, au moins jusqu'en septembre 2026. Foto: Leonhard Lenz / Wikimedia Commons / CC0 1.0

(KL) – Depuis le mois de septembre 2024, sur ordre du ministre de l’intérieur fédéral Alexander Dobtrindt (CSU), l’Allemagne effectue des contrôles aux frontières allemandes avec le Danemark, la France, la Belgique, le Luxembourg et les Pays-Bas. Déjà en octobre 2023, sa prédécesseur Nancy Faeser avait instauré de tels contrôles avec la Pologne, la République Tchèque et la Suisse. Et depuis 2015, l’Allemagne contrôle aussi sa frontière avec l’Autriche. Si ces contrôles constituent une infraction grave à l’esprit du Traité de Schengen qui lui, prévoit la libre circulation de personnes et de biens à l’intérieur de l’Espace Schengen, l’Allemagne vient d’annoncer qu’elle prolonge ces contrôles, dans un premier temps jusqu’au mois de septembre 2026. Après, on verra.

Pour les nombreux frontaliers qui traversent quotidiennement la frontière pour aller travailler du côté allemand, cette mesure est une nuisance majeure. Parfois, la circulation aux frontières et fluide, parfois il faut attendre et pour être ponctuel au travail, c’est la loterie.

Une Europe ouverte et libre, ce rêve fait partie du passé. L’Espace Schengen n’existe plus que sur le papier et pour s’en rendre compte, il suffit de traverser la frontière avec l’Allemagne, que ce soit en voiture, en tram ou en train. La raison de ces contrôles est la tentative de « réorganiser notre politique migratoire en Allemagne », comme l’indique le ministre. Un porte-parole du ministère a ajouté « l’objectif du gouvernement fédéral est naturellement de créer une situation où ces contrôles ne seraient plus nécessaires, mais actuellement, nous en avons besoin pour pouvoir refouler des demandeurs d’asile aux frontières ».

Pour les personnes vivant dans des régions frontalières, donc aussi pour toute la population du Rhin Supérieur, ces contrôles constituent un véritable obstacle aux réalités qui sont les nôtres dans la région où on avait l’habitude de circuler librement entre la France et l’Allemagne, que ce soit pour des raisons professionnelles, pour aller faire ses courses, pour assister à des manifestations culturelles ou sportives. Mais aujourd’hui, l’idée d’une Europe ouverte et libre se meurt aux frontières allemandes, pour y exfiltrer des demandeurs d’asile qui arrivent d’autres pays européens.

Évidemment, ces contrôles montrent que la politique d’asile européenne a échouée et pour les extrémistes et néo-nationalistes, ces contrôles constituent la preuve qu’il fallait fermer nos pays. Mais un moment donné, il faut se rendre à l’évidence. Ces contrôles n’arrangent que le narratif de l’extrême-droite l’AfD qui a le vent en poupe dans tous les sondages. La CDU/CSU, parti du chancelier Friedrich Merz, ne se voit pas renforcé par ces mesures.

Et que pense le chancelier de ces contrôles et de cette invalidation du concept « Schengen » ? Au mois de décembre dernier, Merz avait déclaré qu’il « considérait les contrôles aux frontières comme quelque chose d’une durée et d’une efficacité limitées ». Mais il faut croire qu’il n’a pas discuté de ce sujet avec son ministre de l’intérieur qui continue à prolonger ces contrôles. Et dans notre région du Rhin Supérieur, on continue à vivre une Europe fermée où on prive les citoyens d’un des éléments des plus positifs de l’Europe – la libre circulation des personnes et des biens. On parle de l’Europe, mais sur le terrain, on l’abolit. Dommage.

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