Les ennemis de l’Europe s’organisent

En amont de l'élection européenne le 9 juin 2024, les ultranationalistes et ennemis de l'Europe se sont rencontrés à Florence en Italie pour s'organiser. Et ils doublent les pro-européens sur la voie de gauche...

Surprenant - les anti-européens comme Matteo Salvini se lancent dans une campagne européenne... Foto: Kasa Fue / Wikimedia Commons / CC-BY-SA 4.0int

(KL) – Matteo Salvini avait invité et ils sont (presque) tous venus, les représentants des partis d’extrême-droite dans les différents pays européens, pour préparer leur campagne en vue de l’élection européenne le 9 juin 2024. Pendant que les partis traditionnels continuent à désigner leurs candidats, tout en poursuivant leur nombrilisme national habituel, ce sont les anti-européens qui se comportent de manière européenne. Mais il convient de se méfier, car cette extrême-droite européenne constitue un véritable danger.

Outre leur hôte Matteo Salvini, il y avait au château fort „Fortezz a da Basso“ près de Florence, Tino Chrupalla (AfD, Allemagne), Harald Vilimsky (FPÖ, Autriche), Georg Simion (AUR, Roumanie), Martin Helme (EKR, Estonie), Roman Fritz (Confédération de la Couronne Polonaise, Pologne), Gerolf Annemans (Vlaams Belang, Belgique), Jordan Bardella (RN, France) dont la patronne Marine Le Pen avait, tout comme le Néerlandais Geert Wilders, envoyé un message-vidéo et de nombreux autres représentants de partis et groupes d’extrême-droite.

L’Europe que prônent ces extrémistes ultra-nationaliste est blanche, chrétienne (le monarchiste polonais Roman Fritz ouvrait son discours par un « Laudetur Jesus Christus »), l’Europe des extrémistes se passera volontiers de toute solidarité (entre autres, avec l’Ukraine et Israël), et le Roumain George Simion se lamentait « qu’on nous interdit d’utiliser des termes comme maman, papa et Noël ». Si les observateurs de ce sommet européen des anti-européens se posent la question qui peut bien interdire aux Roumains d’utiliser ces termes-là, il n’y a nullement lieu de sourire face aux énormités racontées à Florence – car l’extrême-droite européenne s’apprête à concourir pour la majorité au prochain Parlement Européen.

En vue des résultats des récentes élections un peu partout en Europe, mais aussi en vue des scandales de corruption et de l’incompétence au sein des institutions européennes, l’objectif des ultra-nationalistes est tout sauf irréaliste. Car les extrémistes sont souvent ceux qui se déplacent aux urnes et les électeurs des partis traditionnels sont tellement frustrés par les partis pour lesquels ils avaient l’habitude de voter, qu’un séisme politique n’est pas à exclure le 9 juin prochain.

Toutefois, il est surprenant que les anti-européens réussissent là où les pro-européens échouent – dans une approche européenne à la prochaine élection européenne. Mais les belles paroles, comme celles de l’Allemand Tino Chrupalla (« notre Europe est une maison avec de nombreux appartements où chacun peut vivre à sa façon, avec un grand jardin pour les enfants et un mur pour que ceux dont nous ne voulons pas, restent dehors »), ne signifient pas que l’extrême-droite ait la moindre idée comment gérer les grands dossiers de notre époque. Pourtant, tout en étant radicalement opposés à l’Europe, les partis d’extrême-droite se lancent dans une campagne radicalement européenne.

Majoritairement, ces partis demandent l’arrêt du soutien à l’Ukraine et à Israël, ils désignent l’Europe comme un « enfer », et veulent régler les problèmes de notre époque en priant. Mais outre une forte volonté de prendre le pouvoir en Europe, l’extrême-droite ne propose pas grande chose. Mais l’époque où le creux du discours de l’extrême-droite empêchait encore les gens de voter pour eux, est révolue. Election après élection, les extrémistes enregistrent des succès et surfent sur la vague du ras-le-bol avec les partis conservateurs, socialistes ou social-démocrates et écologistes, qui eux, il faut l’avouer, sont incapables de se réinventer et de s’adapter aux réalités sur monde du 21e siècle.

Le mot de la fin revenait à Jordan Bardella. « Partout en Europe, les citoyens lèvent à nouveau la tête, comme nous l’avons vu aux Pays-Bas. Les citoyens ont retrouvé leur voix ». Le pire, c’est qu’il y a de fortes chances à ce qu’il ne se trompe pas. Et si les partis traditionnels se réveillaient enfin, en proposant un vrai projet européen, basé sur les « valeurs européennes » et pas seulement sur les intérêts du grand capital, avec une réforme des institutions ? Une alternative au vide agressif de l’extrême-droite ? Il ne reste pas beaucoup de temps, dans six mois, cette élection européenne déterminera l’avenir de l’Europe. Si quelqu’un se sent la vocation de stopper cette marée brune, c’est maintenant qu’il faut agir. Quand il sera trop tard, il sera trop tard.

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