Les exclus du soin – Loin des yeux, loin du soin ? (1/4)
Près de trois cent professionnels du champ sanitaire et social se sont retrouvés sur le site de Brumath de l’Epsan, pour deux jours d’échanges et de réflexion. - Retour sur la première demi-journée - 6 novembre 2025.
Que les « Loin des yeux – Loin du soin », ne soient pas en plus des « Loin du cœur ». (Étienne Wolf – Maire de Brumath) Foto: JM Claus / EJ / CC-BY 2.0
(Jean-Marc Claus) – Dans son discours d’ouverture du quinzième colloque soignant, Yasmine Sammour, directrice de l’EPSAN et de l’Hôpital de la Grafenbourg, a souligné l’importance capitale d’accompagner les parcours de soin des plus démunis, en vue du retour vers ce qu’on appelle le droit commun. Propos complété par celui d’Étienne Wolf, président du Conseil de Surveillance de l’établissement, faisant référence à des situations rencontrées de par sa présidence d’un bailleur social local, et exprimant son souhait que les « Loin des yeux – Loin du soin » ne soient pas en plus des « Loin du cœur ». Le Docteur Philippe Amarilli, président de la Commission Médicale de l’Établissement (CME), a notamment pointé la forme la plus pernicieuse d’exclusion du soin, à savoir le défaut d’accès aux programmes de prévention, qu’il qualifie « d’exclusion silencieuse ».
Kathia Frech, directrice des soins, a ensuite rappelé la nécessité de prendre soin de tous sans faire de tri, et de ne pas oublier « ceux qui n’osent rien demander ». Puis vint pour Ingrid Ullmann, cadre supérieure de santé et modératrice du colloque, le moment de lever le rideau, en présentant le premier intervenant. A savoir Antoine Lazarus, qui commençant avec un panorama de la notion d’exclusion au cours des âges, et s’appuyant sur ses recherches débutées dans les années 1980, a souligné qu’exclusion ne se conjugue pas forcément avec pauvreté. Attirant l’attention sur le hiatus réel entre droits ouverts et droits exercés, il a interpellé l’auditoire avec une candeur feinte : « Est-ce que les gens de la psychiatrie publique ont la charge d’une mission plus large que celle de traiter seulement les gens qui leur sont adressés ? ». En somme, une intervention d’un haut niveau, très documentée et assurée par un universitaire de renom, soucieux de toujours revenir à la pratique.
Le monde associatif lui succéda avec les prises de parole de Marie Priqueler et Lucie Obermeyer, directrice et doctorante à Migrations Santé Alsace. Un QCM (Questionnaire à Choix Multiples) permit de confronter une large partie de l’auditoire à sa méconnaissance du sujet. Savez-vous qu’un homme blanc, consultant dans un service d’urgence pour douleur thoracique, a 50% de chances supplémentaires d’être considéré comme en situation d’urgence vitale, qu’une femme noire présentant les mêmes symptômes ? Pratiques individuelles et institutionnelles de discrimination se conjuguant, l’impact sur certaines catégories de la population peut être énorme. Ainsi, ne serait-il pas inutile pour tout professionnel, de télécharger la deuxième édition du guide « Vers plus d’égalité en santé », afin de s’approprier son contenu !
Puis, ce fut le tour du Docteur Alain Mercuel, dont le franc-parler et le propos très imagé séduisirent l’auditoire. Vingt-cinq années de psychiatrie de rue, ça forme le caractère et il n’est pas question pour lui de pantoufler dans un cabinet cossu de quartier chic. Comme pour chacun des intervenants, il faudrait consacrer un article entier à son intervention visuellement très illustrée. Pratiquer « l’aller-vers », en se laissant interpeller par ce qui vient en retour, arrêter le harcèlement humanitaire, mais se caler sur le rythme de l’autre, chercher à connaître son « first » c’est-à-dire sa priorité, comprendre qui chauffe la patate, plutôt que de se la refiler à l’infini, autant de formules choc et iconoclastes, propres à secouer le cocotier des certitudes, pour (enfin) constater que ses fruits sont stériles. Une intervention qui ne laissa personne indifférent.
Vint en fin de matinée, le temps de monter à bord du camping-car de La Maison des Adolescents des Ardennes. Une initiative originale démarrée en 2020, et qui depuis, a fait des émules. Delphine Thiery et Caroline Parlier, respectivement psychologue et éducatrice spécialisée, ont témoigné de l’impact très largement positif d’un dispositif mobile permettant d’aller à la rencontre des 11-25 ans, là où ils se trouvent. Évidemment, en prenant préalablement rendez-vous, car il ne s’agit pas de faire de la maraude. Mais qu’un binôme « d’accueillants » se rende dans tout le département, trois jours par semaine, au plus près du milieu de vie et des lieux fréquentés par les jeunes, évite le renoncement aux soins, et crée le lien dans l’attente d’éventuelles consultations dans des Centres Médico-Psychologiques, où les délais d’attente sont très longs faute de personnel suffisant. Flexibilité, adaptabilité, ouverture d’esprit constituent autant de qualités à développer pour effectuer un travail centré sur les jeunes et parfois aussi leurs proches. Le public-cible apprécie ces interventions et les « accueillants » du camping-car de la Maison des Ados, ne sont jamais déçus du voyage !
Un colloque de grande qualité… Foto: JM Claus / EJ / CC-BY 2.0
La suite dès après-demain…
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