Les exclus du soin – Loin des yeux, loin du soin ? (2/4)
Près de trois cent professionnels du champ sanitaire et social se sont retrouvés sur le site de Brumath de l’Epsan, pour deux jours d’échanges et de réflexion. - Retour sur la deuxième demi-journée - 6 novembre 2025.
L’Équipe Mobile Santé Précarité de la Communauté européenne d’Alsace (CeA) rend visible son travail auprès des « invisibles ». Foto: JM Claus / CC-BY 2.0
(Jean-Marc Claus) – Après la pause déjeuner, la seconde demi-journée débuta avec l’Équipe Mobile Santé Précarité (EMSP) de la Collectivité européenne d’Alsace (CeA), qui rendit compte des difficultés d’accès aux soins en ruralité et en zone péri-urbaine. Nathalie Thomas, cadre de santé de cette structure crée en 2018 (c’est-à-dire avant la naissance de la CeA), et cinq professionnels qui y travaillent, exposèrent leur organisation en secteurs, chacun agissant dans un périmètre géographique défini, et détaillèrent leur action auprès de ceux que l’on appelle les « invisibles ». A savoir ceux, socialement carencés, qui ne demandent rien et dont l’état de santé est très dégradé. « L’aller-vers », formule mainte fois reprise durant ce colloque, nécessite ici une grande adaptabilité et une bonne dose de créativité.
Créer du lien, être à l’écoute, faire émerger une demande, sont autant de préalables à la réinscription dans un processus de réappropriation de soi-même, dont le public cible de cette équipe a besoin pour recourir aux soins et y adhérer. L’accompagnement se fait autant pour les prises de rendez-vous, que pour les consultations elles-mêmes, ainsi que le débrief devant y succéder. Chaque soignant de l’équipe, doit dans son secteur, développer et entretenir son réseau partenarial, afin que les « invisibles » deviennent visibles pour les autres professionnels de la santé et les structures auxquelles ils sont en droit de recourir. L’un des buts étant l’autonomisation des personnes, ce suivi n’a pas vocation à devenir pérenne et encore moins à engendrer une forme de dépendance.
De l’Alsace, l’auditoire fut transporté à Tournai, avec l’intervention de Bernard Van Wynsberghe, infirmier en pratique avancée (IPA) et coordinateur de la Maison de Soins Psychiatriques « La Traversée ». Exposé complété par les apports du Docteur Elysée Bizige, psychiatre de cette structure. Il faut savoir qu’en Belgique, des lits de psychiatrie hospitalière furent gelés, pour avant leur fermeture définitive, donner lieu à des créations de Maisons de Soins Psychiatriques. Véritables lieux de vie et de passage, ces structures permettent aux patients stabilisés, une (ré)insertion sociale et une (ré)adaptation pouvant aller jusqu’à l’autonomie. La majeure partie des frais de séjour, est prise en charge par les assurances sociales, mais une quote-part reste à la charge de chaque résident.
L’architecture de cette structure a été pensée pour ceux qui y vivent, mais aussi pour ceux qui y travaillent. Quatre unités de vingt chambres individuelles et quatre doubles, accueillent des résidents pour lesquels un nombre conséquent de professionnels, assure les soins et l’encadrement nécessaires. Mais chaque membre de l’équipe doit avoir en tête que derrière une porte de chambre, il y a un domicile. « On travaille chez le résident, pour le résident, avec le résident et sur son projet de vie », précisa Bernard Van Wynsberghe dans son exposé. Ainsi, certains vont-ils jusqu’à reprendre des études ou même un travail. Famille de substitution pour beaucoup, l’équipe entretient avec eux ce « lien du cœur », allant au delà du séjour dans la structure, comme l’a très bien dit Amandine Loncke, infirmière chef d’une des quatre unités.
La galaxie associative ayant aussi sa part dans les colloques de l’EPSAN, c’est l’association locale Animal’Hom créé en 2014 par le Docteur Sandrine Choffardet, qui fut représentée par sa directrice Marie Padopoulos et Sylvie Michel initialement bénéficiaire devenue bénévole. Accompagner la personne souffrant de troubles psychiatriques, afin qu’elle reprenne confiance en elle, redevienne elle-même et reprenne sa place dans la société, se réalise par la participation à diverses activités ainsi qu’un vécu collectif sur lequel tout repose. Démarrant avec la médiation par l’animal, au sein du site brumathois de l’établissement, l’association s’y est vite sentie à l’étroit pour le développement d’autres projets. D’où l’installation dans un corps de ferme à Krautwiller, soit quatre kilomètres plus loin.
Aujourd’hui, Animal’Hom c’est toujours l’Espace de Médiation par l’Animal (EMA), objet initial de l’association auquel se sont ajoutés, le Dispositif d’Accompagnement au Rétablissement et à l’Insertion dans la Cité (DARIC) en 2016, ainsi qu’en 2017 l’équipe Bricolage Installation Rénovation Développement personnel (BIRD), assurant des interventions techniques au domicile de personnes en situation de handicap psychique. D’initialement bénéficiaires des prestation d’Animal’Hom, certains en marche vers l’autonomisation deviennent salariés à temps partiel de l’équipe BIRD, ou alors bénévoles très actif comme Sylvie Michel. Témoignant de son parcours, elle a mis l’accent sur le rôle important joué par l’association, afin qu’une fois ses troubles stabilisés, elle puisse reprendre sa place dans la société. Ainsi poursuit-elle actuellement un cursus universitaire, parallèlement à son implication très forte dans différentes actions d’Animal’Hom, dont le stand au marché hebdomadaire de Brumath.
En somme trois interventions qui, à l’issue de cette seconde demi-journée de colloque, ne laissèrent pas partir l’auditoire sans espoirs !
Foto: JM Claus / CC-BY 2.0
La suite paraîtra après-demain…
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