Les thérians sont parmi nous !

Les vétérinaires portugais ne soigneront pas les thérians - bonne nouvelle pour la santé mentale de certains de nos contemporains, mais encore ?

Les origines des thérians, remonteraient-elles au temps des cavernes ? Foto: Bernietaylo / Wikimedia Commons / CC-BY-SA 4.0int

(Jean-Marc Claus) – Récemment, l’Ordre des Médecins Vétérinaires du Portugal, s’est fendu d’un communiqué disant que ses membres, ne prendront pas en charge les thérians. A savoir, ces êtres humains, s’identifiant à des animaux, et c’est une très bonne nouvelle pour tout le monde. Pour les vétérinaires d’abord, à qui il n’est pas demandé de pratiquer la médecine générale humaine, ensuite les animaux dont une concurrence humaine dans les salles d’attente, retarderait gravement la prise en charge médicale, et enfin les thérians eux-mêmes, car la génétique n’ayant pas d’états d’âme, ils sont et restent des êtres humains.

Mais au-delà de ces considérations catégorielles, c’est aussi un très bon signe de santé intellectuelle, pour la société. La société portugaise en l’occurrence, et espérons que ce positionnement se généralise à l‘ensemble de l’Union Européenne. Pour dissiper toute éventuelle ambiguïté, les thérians ne sont pas des équivalents des loups-garous, puisque les loups-garous n’existent pas. Enfin, jusqu’à preuve du contraire, mais par contre et pour demeurer dans la rationalité, la lycanthropie existe bel et bien.

Pour les thérians c’est, sans mauvais esprit, un poil plus compliqué. Car ils s’identifient psychologiquement ou spirituellement à des animaux. Sans penser être biologiquement un animal, le thérian revendique une forme d’identité intérieure animale. Il fait partie d’une communauté constituée essentiellement de jeunes et d’adolescents, très actifs dans le monde virtuel du web. A ne pas confondre avec les personnes atteintes de lycanthropie, forme de zooanthropie dans laquelle l’individu a en l’occurrence, la conviction délirante d’être un loup-garou.

Si la zooanthropie relève bien du champ de la psychiatrie, pour le thérianisme c’est un peu plus flou. Mal-être psychologique profond ou snobisme profondément décadent, à moins que les deux soient associés, en proportions variées et personnalisées. Qu’on les prenne au sérieux ou non, il n’en demeure pas moins que ces êtres anim-ommes, nous renvoient à un questionnement essentiel particulièrement troublant.

Comment et pourquoi, malgré tous les progrès réalisés au fil du temps par l’Humanité, en sommes-nous arrivés au XXIe siècle, à ce que la condition humaine soit pour certains moins désirable que l’existence animale ? Sans verser dans les mièvreries de l’autoflagellation névrotique, nous gagnerions tous à nous livrer à un examen de conscience. Ces jeunes, même fort heureusement minoritaires, participent à l’avenir (incertain) de notre société, et font partie des forces (potentiellement) vives du pays.

Riez, moquez, calomniez, il en subsistera malgré vous, toujours quelque chose ! Le mal-être d’une frange de notre jeunesse, quand il ne procède pas d’une forfanterie ridicule, doit être pris très au sérieux, car par solidarité de classe d’âge et mimétisme, il fait inévitablement tâche d’huile. Or, quelles ressources ont actuellement les jeunes qui ne vont pas bien, excepté le virtuel ? Quand ils n’y vont pas eux-mêmes, le gouvernement les y conduit via pléthore de numéros verts et sites web.

Par contre, pour la psychiatrie publique, qui assure aussi une importante mission de prévention, il n’y a pas d’argent magique ! Pas d’argent magique, mais une pensée magique, selon laquelle il suffirait de renommer un problème, pour qu’il se résolve spontanément, ou alors que la normalisation d’un trouble, le fait ipso facto disparaître. Les moyens donnés à la psychiatrie, qui n’a pas pour seule fonction de soigner les personnes psychotiques, sont l’un des baromètres de la société. Actuellement, celui-ci étant au plus bas, il annonce des cyclones inimaginables…

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