L’extrême droite ensemence aux municipales
Il y a tout lieu de penser que regardant au-delà des élections municipales de cette année, les courants nationalistes ensemencent, pour récolter lors des prochaines présidentielles et législatives.
(Jean-Marc Claus) – Selon les études publiées par différents médias, le risque de bascule de communes vers l’extrême droite, à l’occasion de ces élections municipales, est bien réel. Mais il serait très faible dans les villes de plus de 100.000 habitants, à contrario de celles de 30.000 à 50.000 habitants, dont les maires sortants sont très peu implantés ou ont des démêlées judiciaires. Ce qui est tout de même surprenant, du moins en apparence, quand on sait combien de candidats d’extrême droite sont parachutés, et qu’un nombre conséquent d’entre eux, est défavorablement connu par la justice. Preuve supplémentaire du caractère irrationnel de certains votes.
En 2020, l’extrême droite avait remporté 16 communes, dont Perpignan était la seule de plus de 100.000 habitants. En 2026, des villes importantes sont dans le viseur des nationalistes, comme au sud du pays Toulon (env. 179.100 habitants) et Carcassonne (env. 46.400 habitants), au nord Lens (env. 32.400 habitants). A Hénin-Beaumont (env. 25.700 habitants), aux mains du RN-ex-FN depuis 2014, tout comme à Béziers (81.500 habitants) dirigée depuis autant d’années par un maire Divers Droite très à droite, les chances de changement de majorité sont plutôt faibles, comme à Fréjus (env. 60.500 habitants) sous la coupe du RN-ex-FN depuis 2020.
Des basculement sont possibles à Hyères (env. 55.800 habitants), Narbonne (env. 57.600 habitants) et Agde (env. 29.900 habitants). En Alsace, des listes RN-ex-FN sont présentes dans 7 communes, sans grand risque de basculement : Colmar (env. 67.000 habitants), Lingolsheim (env. 21.800 habitants), Mulhouse (env. 105.000 habitants), Sélestat (env. 19.800 habitants), Strasbourg (env. 293.800 habitants), Wissembourg (env. 7.600 habitants) et Wittelsheim (env. 10.600 habitants). A Haguenau (env. 36.000 habitants), le candidat d’extrême droite, défait au second tour des législatives de 2024, présente une liste dite d’union des droites, essentiellement de la droite de la droite.
Mais l’extrême droite ne néglige pas les petites communes, dont Bazouges-Cré-sur-Loir (env. 2.000 habitants) dans la Sarthe, où un quinquagénaire conduit une liste RN-ex-FN, tout comme une étudiante vingtenaire à Saint-Georges (env 1.200 habitants) dans le Cantal. Ceci sans compter les communes où des colistières et colistiers de sensibilité identique, figurent sur des listes sans étiquettes. En clair, bien qu’imparfaite, la ripolinisation de l’extrême droite, combinée à la stratégie de la cravate, porte ses fruits dans de nombreuses localités, quelles que soient leurs tailles.
Porter ses fruits ne signifiant pas forcément obtenir des sièges de maires, mais entrer dans le jeu démocratique, en se fabriquant une respectabilité et en entrant dans des conseils municipaux. Une étape importante qui, à l’horizon des municipales suivantes, pourra faire figure de transformation d’essais marqués lors de celles-ci. L’extrême droite, sous ses différentes chapelles, est bien implantée dans le tissu social français. Le barrage républicain et le plafond de verre, ne sont aujourd’hui plus que de vieux rossignols.
Partie du spectre politique, devenue minoritaire au début de la Ve République, mais prenant ces dernières années toujours plus d’importance, l’extrême droite est en termes de suffrages, très peu impactée par ses moult candidatures, dites trop poliment problématiques, ainsi que les multiples affaires qui ont conduit, conduisent et conduiront nombre de ses responsables devant les tribunaux. Elle a même, depuis le 14 février dernier, un martyr dont le décès dans des circonstances regrettables, a provoqué une poussée de fièvre nazinostalgique.
Au delà des chiffres et des hypothèses, l’adhésion d’une partie de de la jeunesse aux thèses de l’extrême droite, est particulièrement préoccupante. Une jeunesse majoritairement pas Charlie, et dont l’éducation a visiblement fait l’impasse sur l’enseignement complet de l’Histoire et l’explication de l’importance de la laïcité. Visiter le camp de concentration du Struthof, sans faire de liens avec les manifestations du nationalisme contemporain, procède d’un certain négationnisme, pour le moins par omission et au pire en action. Fustiger l’inacceptable antisémitisme d’extrême-gauche s’exprimant actuellement, sans dénoncer les crimes passés et présents de l’antisémitisme d’extrême-droite, relève d’une partialité coupable. Il est grand temps de réagir !

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