L’Iran d’aujourd’hui est-il l’Irak d’hier ?
Depuis le début du conflit entre Israël et l’Iran, de nombreux internautes sur Internet et les réseaux sociaux ont comparé cette confrontation à l’invasion de l’Irak par les États-Unis en 2003. Mais cette comparaison est-elle vraiment fondée ?
L'une des "preuves" falsifiées par les USA pour justifier son intervention en Irak en 2003. En Iran, le danger nucléaire est réel. Foto: Rwendland ar English Wikipedia / Wikimedia Commons / PD
(Lucas Bareiss) – Depuis quelques jours, des photomontages des visages de Trump ou de Netanyahu associés à celui de George Bush circulent sur les réseaux sociaux, et le cas de la guerre en Irak est fréquemment cité sur les plateaux radio et télé pour évoquer le conflit entre l’Iran et Israël. La comparaison semble simple : Israël aujourd’hui et les États-Unis en 2003, mènent tous deux des manœuvres militaires préventives autour d’une menace nucléaire présumée, mais floue. Malgré des similitudes incontestables, rapprocher ces deux conflits reste pour le moment délicat, même si, à première vue, ils peuvent paraître similaires.
Pourquoi le rapprochement semble évident ? Principalement en raison des similitudes entre l’Irak de 2003 et l’Iran actuel. Ces deux pays voisins étaient (et sont) dirigés par des régimes extrêmement autoritaires : Saddam Hussein pour l’Irak, Ali Khamenei pour l’Iran. Tous deux tirent leur richesse du pétrole, garantissant la stabilité du pouvoir en place. L’origine des deux conflits repose avant tout sur la volonté occidentale affichée de se défendre face à une menace nucléaire : supposée en Irak, en cours de développement en Iran.
Un autre point, moins souvent souligné mais non négligeable, concerne les liens entre ces États et des organisations terroristes hostiles à leurs ennemis respectifs : Al-Qaïda pour l’Irak en 2003, qui avait revendiqué les attentats du 11 septembre deux ans auparavant, et le Hamas pour l’Iran, engagé dans une guerre de longue date contre Israël, particulièrement active depuis le 7 octobre dernier.
Un danger plus certain – Alors qu’en 2003, même la CIA doutait de la présence d’armes de destruction massive en Irak – les États-Unis allant jusqu’à fabriquer de fausses preuves, comme la fameuse fiole brandie par le secrétaire d’État Colin Powell à l’ONU -, la menace iranienne semble aujourd’hui plus concrète. L’Iran poursuit son programme nucléaire, surtout depuis le retrait américain de l’accord sur le nucléaire iranien en 2018 sous l’administration Trump I.
Cet accord encadrait l’enrichissement d’uranium par l’Iran, prévoyant des inspections régulières en échange de la levée de sanctions économiques. Depuis ce retrait, la transparence a diminué : les inspections de l’AIEA (Agence internationale de l’énergie atomique) sont plus rares, et les informations sur les progrès iraniens se font plus opaques.
Même si aucun scientifique international n’a pu prouver avec certitude que l’Iran cherche à obtenir l’arme nucléaire – le régime affirmant que l’enrichissement est destiné à un usage civil -, certains éléments sont troublants. Alors que le taux d’enrichissement civil se situe entre 3 et 5%, l’Iran disposerait d’uranium enrichi à 60%, un taux très proche des 90% nécessaires à la fabrication d’une bombe atomique. Une avancée qui inquiète depuis longtemps Israël, et qui, selon plusieurs experts, pourrait permettre à l’Iran d’accéder rapidement à l’arme nucléaire. Ce danger, jugé plus réel, est d’ailleurs confirmé par les réactions internationales.
En 2003, la majorité des diplomaties mondiales s’opposaient à l’intervention en Irak. Aujourd’hui, la communauté internationale semble plus favorable au droit préventif d’Israël à frapper l’Iran.
L’intervention américaine – Alors que les frappes israéliennes ne parvenaient pas à atteindre les centres d’enrichissement enfouis à plusieurs dizaines de mètres sous terre, et que Netanyahu appelait les États-Unis à leur fournir des bombes anti-bunker, c’est finalement l’armée américaine, sous le commandement de Donald Trump, qui a mené cette opération. La Maison Blanche a salué la réussite de ces frappes, même si leur efficacité reste à confirmer.
La véritable question porte désormais sur la suite du conflit. Téhéran a promis de nouvelles représailles contre les États-Unis et Israël. Une opération terrestre semble peu probable en vue des réalités géographiques, et dans ce contexte, une répétition du scénario irakien paraît peu crédible. Beaucoup estiment que le dialogue reste l’option la plus sensée et productive. Mais pour cela, les trois parties doivent pouvoir se rencontrer et s’accorder, ce qui paraît difficile compte tenu de leurs dirigeants respectifs.
Enfin, une autre inquiétude exprimée par la communauté internationale concerne l’impact de ce conflit sur les discussions relatives à la reconnaissance d’un État palestinien. Une conférence de l’ONU, prévue la semaine dernière, devrait finalement se tenir dans les jours à venir à New York.
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