Liste(s) de mariage(s) en vue au Portugal !

Le Premier Ministre du Portugal, qui gouvernait jusqu’ici avec les socialistes, se tourne maintenant vers l’extrême-droite, premier parti d’opposition depuis les législatives anticipées de mai dernier.

En février 2025, au Sommet de Madrid réunissant les extrêmes-droites européennes, André Ventura s’imaginait-il d’ici l’été, demandé en mariage par Luís Montenegro ? Foto: Vox España / Wikimedia Commons / CC0 1.0

(Jean-Marc Claus) – Le week-end dernier, Paulo Raimondo, secrétaire général du Partido Comunista Português (PCP), a moqué le Partido Socialista (PS), le disant jaloux de l’alliance passée maintenant entre le Premier Ministre de centre-droite (Partido Social Democrata = PSD) et la formation d’extrême-droite Chega, ainsi que la droite (Centro Democrático SocialPartido Popular = CDS-PP) et les libéraux (Iniciativa Liberal = IL). Il est vrai que pour les socialistes portugais, avec lesquels Luís Montenegro avait consenti de gouverner depuis avril 2024, le vent a définitivement tourné.

Ou disons plutôt que l’extrême-droite ayant au Portugal, comme dans d’autres pays européens, le vent en poupe, la tentation de faire avec est plus forte que la volonté de lutter contre. Depuis les élections anticipées de mai dernier, qui ont confirmé la place de Luís Montenegro à la tête du gouvernement, Chega est devenu le premier parti d’opposition avec 60 députés, soit 2 de plus que le PS. Aux législatives de 2024, l’Aliança Democrática (PSD + CDS-PP) conduite par Luís Montenegro, avait obtenu 80 sièges, contre 78 pour le PS et 50 pour Chega.

La progression de l’extrême-droite portugaise est donc de 20% d’une année à l’autre, dans des consultations électorales mobilisant l’an dernier 59,9% des électeurs et cette année 58,25%. Des taux de participation supérieurs à ceux des législatives françaises de 2022, mais inférieurs à celles de 2024. Lors de son premier mandat, Luís Montenegro, déjà à la tête de l’Aliança Democrática, avait dit qu’il ne s’allierait en aucun cas avec Chega, et le voilà maintenant qui divorce du PS pour courtiser l’extrême-droite. Dans ce pays, chaque été en proie aux feux de forêts, le pare-feu contre l’extrême-droite est désormais abattu.

D’où la colère du communiste Paulo Raimondo, appelant le PS à combattre la politique actuelle qu’il qualifie d’antipopulaire, afin, avec les travailleurs mobilisés, ne pas permettre à ce gouvernement qu’il dit nostalgique de la Troïka (saudades da troika), de mettre en œuvre des mesures austéritaires. Il est vrai que la nomination en grande pompe à la tête de la Banque du Portugal d’Álvaro Santos Pereira, ex-ministre du premier gouvernement Passos Coelho et actuel économiste en chef de l’OCDE, est mal vécue par la gauche.

Plus encore que l’accession à un poste clef, de celui que Paulo Raimondo qualifie de lacaio do BCE (laquais de la BCE), c’est la réforme du droit du travail, approuvée par le Conseil des Ministres de jeudi dernier, qui doit mobiliser la société civile et rappeler au PS ses fondamentaux. Une réforme précarisant les travailleurs et la jeunesse, qui ne sera pas, sauf surprise de dernière minute, entravée par l’extrême-droite. On est même en droit de se demander si, avec 60 députés contre 80, André Ventura, le leader de Chega, ne négocierait pas en coulisses avec le Premier Ministre, car sa formation politique va peser dans d’autres élections à venir très prochainement.

En octobre se dérouleront les municipales et en janvier les présidentielles, or en 2020, lors des élections régionales aux Açores, l’extrême-droite a joué le rôle de faiseuse de roi. Fondé en 2019, ce parti nationaliste avait juste obtenu deux sièges la même année à l’Assemblée de la République. Aujourd’hui, il en a trente fois plus et ses élus ne comptent pas faire juste de la figuration dans le paysage politique.

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