Manuel João Vieira, le Coluche portugais
Une candidature comique, mais pas que...
Só desisto se for eleito - Je n’abandonnerai que si je suis élu. Foto: Affiche électorale Manuel João Vieira
(Jean-Marc Claus) – Candidat fantasque aux élections présidentielles portugaises de janvier prochain, le comique Manuel João Vieira promet du vin au robinet de chaque foyer et une Ferrari pour chaque citoyen. Ce qui le différencie radicalement de tous les autres concurrents ! A la mi-novembre, il avait collecté 7.500 signatures sur les 9.000 nécessaires. Selon certaines sources, il en aurait actuellement le nombre suffisant. Espérons pour lui,qu’il ne sera pas maintenant victime d’un malencontreux accident, comme Coluche en 1986 !
Sans pour autant sombrer dans le complotisme, il faut tout de même dire que cette candidature loufoque a quelque chose de dérangeant. Pour les uns, il ridiculise la politique, alors que le pays connaissant l’essoufflement de l’alternance PS – PSD, voit se développer l’extrême droite de manière inquiétante. Pour les autres, il apporte un peu de fraîcheur, dans ce contexte étouffant. Son slogan de campagne « Só desisto se for eleito » (Je n’abandonnerai que si je suis élu), devrait quelque peu rassurer la classe politique. Mais tout de même, s’il était élu et que conformément à se dires actuels, il démissionnerait aussi tôt, il aurait pour lui d’avoir respecté sa parole ! Pire encore, s’il parvenait à être élu et reste en fonction, il ne trahirait pas sa parole, puisqu’il se réserverait la possibilité de démissionner, mais à son gré !
Derrière son programme loufoque et son hymne de campagne des plus douteux, il y a un comique affirmant très sérieusement que « O país precisa de mais afeto » (Le pays a besoin de plus d’affection). C’est peut-être ce qui fait sa force, car si sa popularité sur les réseaux sociaux se transforme en bulletins de vote, les autres candidats ont du souci à se faire. Surtout quand il pointe qu’aucun des autres concurrents ne parle du réchauffement climatique. Peut-être vont-ils maintenant le faire ? Ce qui démontrerait l’utilité de sa candidature, aussi loufoque soit-elle.
Qui est-il ? Un clone de Beppe Grillo ou un Volodymyr Zelenskyi en devenir ? Tout d’abord un musicien acteur et peintre, issu d’un milieu artistique. Né en 1962, il fait partie de ces boomers auxquels il est tant reproché. Enseignant à l’École d’Art et de Design Caldas da Rainha qui est rattachée à l’Institut Polytechnique de Leiria, il intervient aussi à l’Université de Trás-os-Montes et Alto Douro. Son curriculum vitae plutôt impressionnant force le respect, ou pour le moins, oblige à ne pas le prendre pour juste un rigolo. Il s’était d’ailleurs déjà présenté à la présidence en 2011 et 2016, toujours sur un mode satirique, en étant alors le candidat de la continuité qui laisserait tout en l’état.
Percevant finement le sens du vent, et peut-être aussi celui de l’Histoire, il apparaît souvent coiffé d’une casquette de marin. Une allusion à peine voilée à la candidature de l’amiral Henrique Goveia e Melo qui pourrait bien, de par son positionnement hors establishment politique, être élu président en janvier. Manuel João Vieira veut quant à lui, en finir avec la misère, et que le pays devienne plus juste, plus propre, plus riche, plus sûr, plus créatif, plus efficace, plus inclusif, plus honnête, plus égalitaire, plus beau et plus agréable à vivre. Dommage qu’il y renonce s’il est élu. A moins que…
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