Mercosur – ça promet…

Le gouvernement français a promis aux agriculteurs français de bloquer le traité sur les libres échanges avec l'Amérique du Sud « Mercosur ». L'Allemagne a promis le contraire à ses constructeurs automobiles.

L'accueil de Gabriel Attal à Berlin était franchement sympathique. Foto: © 2024 Presse- und Informationsamt der Bundesregierung

(KL) – La visite du premier ministre Gabriel Attal à Berlin s’est bien passé. Attal et le chancelier allemand Olaf Scholz ont souligné l’importance de l’amitié franco-allemande, en particulier dans une situation marquée par des crises mondiales et européennes, mais malheureusement, une fois de plus, on constatait non pas une direction commune, mais surtout des différences entre la politique française et allemande. Si l’amitié franco-allemande n’est pas un vain mot, en particulier dans la région frontalière où on vit le « franco-allemand » dans le quotidien, politiquement, la France et l’Allemagne sont très éloignées l’une de l’autre.

Un sujet qui posera problème, est le traité sur les libres échanges avec plusieurs pays de l’Amérique du Sud, le « Mercosur ». En France, président Macron et son premier ministre Attal ont promis aux agriculteurs que le « Mercosur » n’allait pas passer, tandis que Olaf Scholz a promis aux constructeurs automobiles allemands que le « Mercosur », après 20 ans de négociations, allait être mis en œuvre dans les meilleurs délais. Sans les manifestations des agriculteurs, le « Mercosur » n’aurait pas connu de résistance en France, mais maintenant c’est fait.

Que faire alors ? Si les deux plus grands pays d’Europe, la France et l’Allemagne, défendent des positions diamétralement opposées en ce qui concerne le « Mercosur », il sera difficile de trouver des compromis. Et ni Attal, ni Scholz savent comment gérer la situation. Si Gabriel Attal a dit à Berlin que « dans le cadre d’une amitié, il faut aussi accepter des points de vue divergents », tout en ajoutant « qu’il assume », force est de constater que le « Mercosur » n’est pas le seul sujet où il sera impossible ou au moins très difficile, de trouver des positions communes.

Que ce soit la question de l’énergie, où la France mise principalement sur le nucléaire et où l’Allemagne a mis l’intégralité de son parc nucléaire à l’arrêt, que ce soient des questions concernant la défense et autres, les points communs politiques entre les deux pays sont de plus en plus difficiles à trouver.

Cela n’empêche en rien « l’amitié franco-allemande », même si cette amitié est moins solide que le monde politique veut nous faire croire. Lors de la fermeture de la frontière pour cause de pandémie en 2020, on a assisté à une déferlante de vieux ressentiments qui montraient qu’il suffit d’un incident pour remettre en cause cette amitié et donc, la coopération franco-allemande.

Il faudra trouver de nouveaux terrains d’entente entre la France et l’Allemagne, en acceptant que sur certaines questions, il n’y aura pas de position commune franco-allemande.

Un autre problème qui rend la coopération franco-allemande difficile au niveau politique, c’est que les deux gouvernements souffrent d’un manque d’approbation, dans la mesure où autant la « Macronie » que la « Ampel » (la coalition au pouvoir SPD-Verts-FDP) ne représentent plus la majorité de l’électorat de leur populations respectives. Dans les sondages effectués dans les deux pays, le soutien pour les deux gouvernements en place, n’excède plus les 30%, ce qui ne facilite pas l’élaboration de positions communes, puisque les deux gouvernements ont déjà fort à faire pour trouver des majorités pour les sujets nationaux dans leur pays respectifs.

Toutefois, la visite de Gabriel Attal à Berlin était appréciée outre-Rhin et peut-être un signe d’une volonté partagée de relancer ce « moteur de l’Europe » qui tousse actuellement au point mort. Gabriel Attal aura un interlocuteur à Berlin qui est acquis à la cause franco-allemande – il y a quelques années, Olaf Scholz était plénipotentiaire allemand pour la coopération culturelle entre la France et l’Allemagne et à l’époque, il était encore ministre-président de l’état-ville de Hambourg, il avait organisé des semaines françaises dans la métropole du nord de l’Allemagne.

Si déjà il est actuellement difficile de trouver des politiques communes entre la France et l’Allemagne, il y a de l’espoir que Gabriel Attal et Olaf Scholz se mettent à la recherche de points convergents permettant d’insuffler une nouvelle dynamique dans le « franco-allemand ».

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