Ne vaudrait-il pas mieux euthanasier les boomers ?

Même si elle n’est pas « vite répondue », la question mérite d’être posée, au regard de la campagne de stigmatisation tous azimuts dont les boomers sont l’objet.

Do not enter water between boom and dam - Take your rubbish away ! What sort of rubbish, please ? Foto: Mitch Ames / Wikimedia Commons / CC-BY-SA 4.0int

(Jean-Marc Claus) – Les médias dominants et les politiques adhérant au narratif de la capitalist fiction factory, s’emploient non sans succès depuis des années, à mettre dans la tête de nos concitoyens que la retraite par répartition serait une prestation sociale. Plus récemment, l’endettement dramatique des finances publiques et la situation économique peu réjouissante, offrent à ces écornifleurs, la chance inespérée de passer au stade supérieur de l’ignominie. A savoir, faire psalmodier par l’opinion publique, le mantra affirmant que les retraités coûtent bien trop cher. Suite logique et troisième acte de cette tragédie, l’élimination de la cause de ce mal grévant « mortellement » les finances publiques, semble couler de source. Ne vaudrait-il pas mieux en sacrifier quelques uns, pour sauver tous les autres ?

Et bien non ! « Il ne sauve rien celui qui ne sauve pas tout », chantait Julien Clerc au début des nineties. Que les bolos des pinacothèques à baltringues se rentrent bien ça dans le crâne, et arrêtent enfin de se laisser enfumer par les discours néo- et ultralibéraux, s’ils veulent avoir une toute petite chance d’entrer dans le cercle des Mensch, ou au moins de retrouver un minimum d’humanité ! L’expression « Ok, boomer » qui, du sarcasme au désespoir, fait tellement rire, n’est pas une blagounette anodine. Elle induit un état d’esprit, visant entre autres, à fracturer encore plus la société, jusqu’à son atomisation complète. Le rêve pour les puissances d’argent, qui n’ayant plus à faire face à des collectifs humains potentiellement réfractaires, se feront une joie d’exploiter jusqu’à ce que mort s’en suive, les individus perdus dans une foule indifférente à leurs sorts. Un mélange d’Hunger Games et de Squid Game, en quelque sorte.

Alors revenons aux fondamentaux, en commençant par la retraite par répartition, notre héritage commun du programme du Conseil National de la Résistance. Ainsi, les retraités ne bénéficient-ils pas d’une prestation sociale, mais d’un salaire différé, qu’ils ont acquis durant toute leur période d’activité professionnelle, en faisant une sorte de « prêt » à l’État, pour que soient versées les pensions de leurs aînés d’alors. Ce « prêt » est constitué par les cotisations retraites prélevées sur les salaires bruts. Il n’a absolument rien à voir avec une retraite par capitalisation, soumise aux spéculations boursières, pas plus qu’avec une prestation sociale à laquelle on a droit, sans avoir forcément travaillé pour. Il faut le dire et le répéter, car ramener la retraite par répartition à une prestation sociale, revient à rendre les retraités dépendants du bon-vouloir et de la générosité de la Puissance Publique, alors que durant toutes leurs carrières, ils ont très largement contribué à la stabilité et à la prospérité du pays.

Dire qu’aujourd’hui, les boomers qui auraient profité de tout sans s’inquiéter de rien, reviennent décidément trop cher, c’est envoyer l’Olympique de Marseille jouer sur un terrain défoncé des Quartiers Nord, et transformer le Stade Vélodrome en centre commercial pour enseignes de la fast fashion. Comme la génération dite silencieuse dont ils son issus, et celle dite glorieuse qui a enfanté leurs parents, les boomers n’ont pas travaillé que pour leurs pommes. Mieux encore, nombre d’entre eux épaulent leurs parents, ainsi que leurs enfants et leurs petits-enfants. Et quand bien même, comme c’est effectivement le cas pour certains, ils ne se soucieraient de personne d’autre qu’eux-mêmes, leurs dépenses contribuent à l’économie de la collectivité. Juste à titre d’exemple, sans les boomers, les agences de voyages ne gagneraient vraiment de l’argent que durant les périodes de vacances.

Même si leur présence à l’ouverture des magasins, peut agacer les actifs qui n’ont pas une minute à perdre, les retraités contribuent tout comme eux à l’économie du pays. Et d’ailleurs, ce sont plus logiquement ceux que leur âge place près de la porte de sortie de la vie, qui censément n’ont pas une minute à perdre. C’est là qu’on en vient à l’hypothèse, pas si farfelue que cela, de l’euthanasie des boomers et plus largement des seniors. Oui, dans un monde régit par le Kapital, sans aller jusqu’à une sélection systématique liée à l’âge, supprimer les individus dès lors qu’ils coûtent plus qu’ils rapportent, n’a absolument rien d’incohérent. Cela peut même apparaître comme une mesure de salut public. Mais attention, des individus coûtant plus qu’ils rapportent, il n’y en a pas que dans la catégorie des seniors. Certains même, dans le haut du panier de la société, coûtent de par leurs décisions ineptes, infiniment plus cher au pays que ce qu’ils lui rapportent…

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