Niederschaeffolsheim. La vie. La vraie. (13)

Dimanche 2 juin, s’est déroulée la dixième Fête de la rue du Puits, un moment particulièrement convivial, qui a une histoire douloureuse, une actualité heureuse et un avenir assuré.

Une traditionnelle photo de groupe, qu’il n’est pas hors de sens de qualifier de photo de famille. Foto: Cornélia Kertzinger / Jean-Paul Mischler / JM Claus / CC-BY 2.0

(Jean-Marc Claus) – Partant du centre du village, reliant la place de la mairie à l’angle de la boulangerie pour déboucher sur la rue du Général de Gaulle, la rue du Puits est l’une des plus étroites voies de circulation à double sens de Niederschaeffolsheim. Elle tient son nom du puits communal, sis à son extrémité proximale, mais comblé il y a bien longtemps. Les éléments en grès de sa margelle, sont d’ailleurs incluses dans le Cercle de Pierre créé en 2022, juste à côté de l’Espace Sportif et Culturel.

L’eau n’a jamais manqué dans cette rue, et plusieurs anciennes maisons alsaciennes possédaient leurs propres puits. Mais ce n’est pas une soudaine remontée de la nappe phréatique qui a causé le sinistre vécu par les riverains le 21 mai 2012. Un gros orage, survenu en fin d’après-midi, a raviné les champs situés au nord de la rue du général de Gaulle, provoquant vers le centre du village, d’abord une coulée d’eau relativement claire, suivie d’une coulée de boue sinistrant notamment plusieurs maisons de la rue du Puits, de son extrémité distale au numéro 8, là où elle forme un angle quasiment droit.

« Les plants de maïs étaient descendus des champs », se souvient Jean-Paul, « et des maisons en avaient plein la cave. ». Comme il a eu la chance d’être épargné, ce retraité s’est empressé de prêter main forte à ses voisins immédiats. Les propriétaires d’une maison, où des travaux d’intérieur avaient imposé le stockage temporaire de meubles en sous-sol, n’ont pu que constater leur irrémédiable perte. Plusieurs riverains alors à leur travail, n’ont eu la possibilité d’opérer des mesures conservatoires qu’une fois rentrés. Patrick qui avait terminé sa journée, prenait une douche lorsque le sinistre a eu lieu. « Je me suis vite rhabillé, et sorti de la salle de bain, j’ai aidé les autres car notre maison n’était pas touchée », se remémore-t-il avec le dynamisme qu’on lui connaît.

Ce qui, rue du Puits, caractérisa cet épisode dramatique dont d’autres secteurs du village furent également affectés, n’est pas tant les manifestations de solidarité qui s’opérèrent aussi ailleurs, que la volonté d’ensemble se relever et dépasser ce moment douloureux. D’où la première fête organisée au courant de l’été de la même année, car comme le dit si bien Cornélia, « On ne voulait pas en rester là. Il fallait faire quelque chose qui nous réconforte. ». Une volonté de faire corps, sans ostracisme d’aucune sorte, car participent à la Fête de la Rue du Puits, les riverains souhaitant s’y associer, qu’ils aient, à l’instar de Nicole, connu l’inondation de 2012, ou comme Mélodie et Yann, soient venus s’y installer cinq ans après le sinistre.

Pour Nicole, habitante historique de la rue et ancienne porteuse de journaux connue à l’époque dans tout le village, un moment comme celui vécu lors de cette fête annuelle, est son « meilleur médicament ». Veuve depuis de nombreuses années, mais pas isolée car vivant à l’immédiate proximité de sa famille, elle apprécie particulièrement ce rendez-vous, qu’elle ne manquerait pour rien au monde et auquel elle a apporté sa contribution : « ê grumberesalat un ê kösche ».

Parce que ça se passe comme ça rue du Puis, au domicile d’Anne-Céline et Francis, qui pour la circonstance accueillent leurs voisins dans leur garage. On apporte une salade et un gâteau, les frais pour le barbecue et les tartes flambées ainsi que les boissons, sont partagés au prorata du nombre de participants, et tout le monde s’y retrouve. Barbecue et tarte flambée, car il y a un midi et un soir, la fête se terminant très tard pour certains, leur laissant des stigmates d’une nuit courte encore visibles le lendemain, mais tous ceux qui travaillent sont à leurs postes le lundi matin, car il en va de leur honneur !

2012-2024, dixième fête (annuelle) de la rue : le compte n’y est pas ! C’est vrai, mais faut-il le rappeler, la pandémie de Covid-19 a mis à mal de nombreuses manifestations festives telles que celle-ci. Certaines d’ailleurs, ne s’en sont pas relevées, or à la rue du Puits, les habitants cultivent l’esprit d’un certain village d’irréductibles Gaulois, rendu célèbre par un scénariste d’ascendance polonaise-ukrainienne et un dessinateur fils d’immigrés italiens. Il est vrai qu’en 2023, la question de rééditer ou non cette fête s’est posée, mais elle ne resta pas longtemps en suspens, car les riverains avaient vraiment envie de renouer avec cette tradition.

Ce qui motiva fortement l’équipe initiale formée par Anne-Céline, Cornélia, Sophie, Francis et Patrick, à relancer ce moment de convivialité intergénérationnelle, comme en témoigne la photo de groupe illustrant cet article et coutumière de chaque édition. Certains déjà très âgés lors du sinistre, ne sont plus aujourd’hui de ce monde, mais la population de la rue du Puits se renouvelant au gré des ventes d’habitations, toutes les classes d’âges y sont représentées.

C’est justement ce qui fait la richesse de cette rue, où le vivre ensemble n’est pas un concept cultivé et intellectualisé par des bourgeois-bohèmes demeurant dans des quartiers chics strasbourgeois, et se disant écologistes car passant leurs week-ends dans leurs résidences secondaires vosgiennes. Ici, c’est d’être ensemble pour vivre et faire face aux aléas de la vie, dont il est question. Alors forcément, savoir se retrousser les manches n’est pas une option, tant pour organiser une fête que pour vider une cave inondée !

Kommentar hinterlassen

E-Mail Adresse wird nicht veröffentlicht.

*



Copyright © Eurojournaliste