Niederschaeffolsheim. La vie. La vraie. (18)

Résidant d’avril à septembre à Niederschaeffolsheim, la pie grièche écorcheur va bientôt rentrer de son hivernage en Afrique. Ludovic Krauth et Benoît Bastian l’attendent avec impatience.

Une pie grièche femelle attendant possiblement, qu’un même vienne lui conter fleurette. Foto: Benoît Bastian / CC-BY 2.0

(Jean-Marc Claus) – Le ban communal de Niederschaeffolsheim est peuplé d’infiniment plus d’animaux que d’êtres humains. Or, comme ils ne votent pas et n’apparaissent pas dans les statistiques de l’INSEE, personne n’en parle vraiment, alors que certaines espèces sont devenues vulnérables. Ainsi en est-il de la pie grièche écorcheur (Lanius colorio – Neuntöter), figurant dans le « Livre rouge des espèces menacées en Alsace » paru en 2015.

Mais des initiatives à l’instar de la création d’un verger éco-naturel par Ludovic Krauth, aidé de son frère Christophe, contribuent activement à inverser la tendance. L’idée est de laisser la nature réinvestir une parcelle de territoire, non pour la transformer en no man’s land, mais y faire cohabiter le vivant en bonne intelligence. Ainsi, la culture des arbres fruitiers y est-elle orientée vers des variétés locales anciennes et robustes, les pesticides totalement proscrits et le fauchage alterné effectué à l’ancienne. Un geste que Ludovic Krauth a dû apprendre.

Apprendre fut et reste au cœur de sa démarche, ceci le conduisant à se rapprocher de Benoît Bastian, observateur local de la Ligue pour la Protection des Oiseaux (LPO), qui a soutenu son projet dès le début. C’est ainsi qu’assurant depuis de nombreuses années sur le ban communal, une conséquente collecte d’informations enrichissant la base de données de l’association, ce dernier a noté la présence de pies grièches écorcheurs dans ce verger atypique.

En quoi est-ce intéressant ? Il faut savoir que cet oiseau migrateur, passant l’hiver au sud et à l’ouest de l’Afrique, revient en Alsace au mois d’avril pour nidifier et donc se reproduire. Pour ce faire, il a besoin de haies fournies dont il occupe la partie basse, mais aussi de nourriture. Se comportant en rapace, la pie grièche écorcheur chasse insectes et micro-mammifères, qu’une fois tués, elle épingle sur des piquants végétaux en mode garde-manger, tels qu’épines de ronces ou de prunellier. Or, la disparition des haies, causée par les remembrements promouvant l’agriculture intensive, va à l’encontre des besoins de nombreuses espèces animales et notamment d’oiseaux. 

Une pie grièche mâle, visiblement à l’affût d’une quelconque opportunité. Foto: Benoît Bastian / CC-BY 2.0

Une pie grièche mâle, visiblement à l’affût d’une quelconque opportunité. Foto: Benoît Bastian / CC-BY 2.0

Les relevés effectués par Benoît Bastian, avaient jusqu’ici identifié quatre sites de nidification de pies grièches écorcheurs, mais toujours à bonne distance du village. Or, depuis qu’en grand défenseur des ceintures vertes entourant les zones urbanisées, Ludovic Krauth a créé son verger éco-naturel, cet oiseau s’est rapproché des êtres humains. Mais il ne faudrait pas pour autant espérer le voir élire domicile dans un quartier pavillonnaire, où pelouses et haies sont tondues et taillées au cordeau.

Un roncier, un tas de bois mort, une haie sèche, sont autant de facteurs favorisant l’installation de la pie grièche écorcheur, soit exactement l’inverse de ce que l’on trouve dans un lotissement. Mais l’initiative de Ludovic Krauth, dont la démarche s’apparente à celle de Jean-Louis Amann sur le même ban communal, a le mérite de démontrer que comme il le dit si bien : « La nature revient très vite, lorsqu’on lui laisse le champ libre. ».

Ce qu’il observe depuis 2018, dans sa parcelle de terrain agricole où tout en cultivant des arbres fruitiers, il laisse le champ libre à la nature et lui donne aussi quelques petits coups de pouce, notamment en créant des haies sèches, c’est-à-dire des empilements linéaires de bois mort favorisant la vie, car fournissant le gîte et le couvert à diverses espèces animales. Mal-aimée des jardiniers et des agriculteurs productivistes, la ronce trouve aussi sa place dans cet espace atypique, pour les mêmes raisons que les haies sèches, dans lesquelles elle apporte une touche de verdure.

L’observation d’oiseaux est la grande passion de Benoît Bastian qui, retraité de l’industrie mécanique depuis 2009, y consacre beaucoup de temps et de ce fait, enrichit régulièrement la base de données de la LPO relative au ban communal. Son fils étant un ami de Ludovic Krauth, c’est ainsi qu’ils entrèrent en contact dès la phase initiale du projet de verger éco-naturel. Le lien et la collaboration intergénérationnelle, se sont dont établis sur la base de centres d’intérêts communs, démontrant ainsi qu’à Niederschaeffolsheim, le vivre ensemble n’est pas juste une vue de l’esprit ou une schnapsidee.

Reste maintenant le défi, de faire cohabiter en bonne intelligence, le plus possible d’espèces animales avec les êtres humains. Rappelons à cet effet que l’interdiction de la taille des haies du 15 mars au 31 juillet dans le département du Bas-Rhin s’appliquant à tout le monde, nul n’est censé ignorer la loi. Mais il serait encore mieux que chacun s’y conforme en connaissance de cause, afin de faire sa part du colibri pour contribuer à la préservation des espèces animales, car les grands fleuves commencent toujours par de petits ruisselets.

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