Pâques et Pessah aux mêmes dates – what else ?
Les fêtes de Pâques et de Pessah ont lieu cette année aux mêmes dates. Est-ce ce vraiment ce qu’il y a de plus remarquable ?
« Tout comme l’homme veille sur sa propre maison, il doit aussi veiller sur la maison de son prochain. » Foto: Eisenh / Wikimedia Commons / CC-BY-SA 3.0
(Jean-Marc Claus) – Cette année, le déroulement des calendriers hébraïque (luni-solaire), grégorien, julien et julien révisé (solaires) font que la Pâque juive (Pessah), coïncide avec les fêtes de Pâques d’une large majorité de communautés chrétiennes. Un événement pas des plus fréquents, qui dans notre actuel contexte social et géopolitique, devrait inciter à la réflexion.
Pour les uns fête de la libération, pour les autres célébration de la résurrection, c’est malheureusement très souvent la consommation qui prévaut, pour ceux qui en ont les moyens. Un consumérisme conduisant inévitablement à se soumettre, parfois sciemment, à la tyrannie de l’individualisme.
Or, dans son traité extra-talmudique, Rabbi Nathan HaBavli écrivait au IIe siècle : « Tout comme l’homme veille sur sa propre maison, il doit aussi veiller sur la maison de son prochain. » (Avot de Rabbi Nathan, 16). Était-ce à l’époque une préfiguration du concept de « neighborhood watch » de notre XXIe siècle ?
Veiller n’est pas surveiller, et la maison ne représente pas qu’un bâtiment, même si elle commence par un toit, que malheureusement tout le monde n’a pas ou n’a plus. « From the river to the sea » versus « Greater Israel » : la féroce concurrence pour s’accaparer tout ce territoire, qui n’est pas le Berceau de l’Humanité, ne date pas d’hier.
Les trois monothéismes y croisent le fer depuis des siècles. Aujourd’hui en rangs serrés derrière Donald Trump, les évangéliques prennent d’abord en mode soft power, puis de plus en plus hard, la relève des Croisés du Moyen-Âge, s’associant aux israélo-nationalistes laudateurs de Benjamin Netanyahou, alors que les islamistes du Hamas ne reculent devant aucune cruauté, dont celle de soumettre leur propre peuple.
« De nos jours, les mots sont comparables à des pièces de monnaie périmées », disait au XVIIIe siècle Rabbi Haïm Joseph David Azoulay le ‘Hida. Oui, la parole est démonétisée, face aux souffrances et aux horreurs, qu’infligent les uns aux autres, ceux qui veulent vivre dans ce territoire un temps nommé Pays de Canaan, et où devrait couler le lait et le miel.
Le génial traducteur de la Bible André Chouraqui avait dit un jour, qu’il préférerait que Jérusalem se nomme Pomponico, et peut-être même proposé de rebaptiser ainsi cette ville otage de son histoire, car qui voudrait donner sa vie pour Pomponico ? Une parole forte, lourde de sens, propre à tourner au ridicule tous les va-t-en-guerre de toutes les époques.
Cohabiter et coexister, nécessite de savoir veiller sur la maison de son prochain autant que sur la sienne. Encore faut-il que le dit prochain ait une maison, et qu’il veuille bien s’inscrire dans une perspective de réciprocité. Israël et la Palestine doivent arriver à vivre, en veillant sur leur(s) maison(s) et celle(s) de leur(s) prochain(s).
Ce ne sont pas les paroles de paix que l’on doit comparer à des pièces de monnaie périmées, mais les discours martiaux tenus par ceux qui ne vont pas au combat eux-mêmes, alors qu’ils y envoient tous les autres. Pâques et Pessah, célébration de la résurrection et fête de la libération, oui à ceci près que pour ressusciter, il faut mourir à quelque chose, et que pour conquérir la liberté, il faut avoir conscience de sa propre captivité…
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