Pas plus Allah que tous les autres
L’école n’a pas pour mission de se montrer inclusive avec les croyances, mais doit former à la culture de l’esprit critique et à la pratique de l’analyse rationnelle.
La liberté d’autrui est exécrée par les fondamentalismes religieux de tous ordres, qui défendent leur liberté d’asservir. Foto: Jeanne Menjoulet / Wikimedia Commons / CC-BY 2.0
(Jean-Marc Claus) – Au courant du mois de janvier, a ressurgi dans la presse belge, une polémique suscitée par la parution en novembre dernier, d’un livre intitulé « Allah n’a rien à faire dans ma classe ». Sa présentation à la Fnac de Woluwe-Saint-Lambert, avait été empêchée par des groupes de jeunes fanatisés. Retour de boomerang, l’activisme de ces bas-de-plafond eut pour conséquence heureuse, l’accroissement considérable de la visibilité de l’enquête très documentée des courageux journalistes Laurence D’Hondt et Jean-Pierre Martin.
Second laboratoire européen du communautarisme, talonnant le Royaume-Uni, la Belgique file un mauvais coton, mais la France est-elle vraiment en position de la blâmer ? Pour ne pas négliger de balayer devant notre porte, mais le faire d’autant mieux, rappelons qu’il a un an dans une école élémentaire du Blanc-Mesnil en Seine-Saint-Denis, un directeur a été suspendu pour cause de « proximité avec l’idéologie islamiste radicale ». Il y officiait depuis cinq ans, son prosélytisme avait été signalé par des parents d’élèves dès 2019, et il était sous surveillance depuis les Jeux Olympiques de Paris.
Soit cinq ans entre le premier signalement et la mise sous surveillance et encore une année pour décider d’une suspension. Ce qui fait au moins six ans de liberté totale, pour empoisonner les consciences d’enfants dans un lieu censé être un sanctuaire de la raison. Alors, quand en Belgique, un livre intitulé très justement « Allah n’a rien à faire dans ma classe » provoque un tollé, et mobilise contre lui des enseignants incroyablement naïfs, il est bien nigaud d’imaginer que cela n’arriverait pas dans d’autres pays européens.
L’école qui n’a pas pour mission de se montrer inclusive avec les croyances, doit former à la culture de l’esprit critique et à la pratique de l’analyse rationnelle. Les religions, quelles qu’elles soient, doivent y être abordées dans des perspectives historiques, sociologiques, démographiques et non pas théologiques. En 2022, un collectif d’enseignants de la bruxelloise Haute École Francisco Ferrer (HEFF), s’inquiétait face à l’immixtion croissante du religieux dans la vie de leur établissement, notamment suite à des décisions de justice allant à l’encontre de la pratique de la neutralité active.
Comme le définit le décret du 31/03/1994, en Belgique, la neutralité de l’enseignement n’est pas inclusive, ou malléable pour parler plus clairement. Ne pas fixer de limites et chercher à ne choquer personne, revient à permettre tout et n’importe quoi. Ce qui prépare admirablement le terrain, pour l’action prosélytique de tous ordres. L’islam religion de loi, est avec raison, souvent opposé au christianisme religion de foi, mais dans l’absolu ni l’une ni l’autre de la pratique de ces doctrines, n’a sa place dans l’école où le principe de laïcité, doit garantir que nul ne sera soumis aux croyances de l’autre.
Quand des professeurs en arrivent à être stressés, lorsqu’ils doivent aborder en classe, des sujets comme la théorie de l’évolution ou l’islamisme, il y a tout lieu de se demander si l’école est encore un sanctuaire de la raison. En France, l’assassinat d’enseignants remarquables comme Samuel Paty et Dominique Bernard, ainsi que la menace planant sur tous les autres, sont rendus possibles notamment par la pratique d’une neutralité inclusive. De même que l’existence d’établissements scolaires privés, sous contrat avec le Ministère de l’Éducation Nationale, bafouant ouvertement les principes fondamentaux de la République.
Qu’ils justifient leurs actions par l’islam ou le christianisme ou toute autre croyance, les fondamentalistes n’ont rien à faire dans le système scolaire, ainsi que l’enseignement supérieur. La taqiya, stratégie de dissimulation de leur radicalisation pratiquée par le djihadistes, n’est pas propre au monde musulman. Les militants d’un christianisme radical, évangélique pour la branche protestante et traditionaliste pour la branche catholique, savent aussi très bien infiltrer la société, notamment sous couvert de mouvements associatifs, d’actions sociales et humanitaires. Ne soyons pas naïfs…
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