Pourquoi l’Allemagne ne reconnaît pas un état palestinien

Tandis qu'un grand nombre d'état reconnaît maintenant l'état palestinien, l'Allemagne n'y pense même pas. Et elle a de bonnes raisons de ne pas le faire.

Enfin, la Ville de Strasbourg reconnaît officiellement l'état italien. Il était temps... Foto: Eurojournalist(e) / CC-BY 2.0

(KL) – Le Hamas est content, les pays qui viennent de reconnaître l’état palestinien viennent de lui apporter « le fruit de son combat », comprendre, la récompense de l’attaque barbare du 7 octobre 2023. Mais le Hamas, qui souligne que désormais 151 pays des 193 états-membres de l’ONU aient reconnu l’état palestinien oublie que 142 de ces pays, en première ligne l’Arabie-Saoudite, réclament également que le Hamas soit désarmé et ne doit plus jouer de rôle politique dans la future gestion d’un tel état. Donc, la reconnaissance de l’état palestinien signifie en même temps, la fin de ce groupe terroriste. Mais cela n’explique pas encore pourquoi l’Allemagne refuse de reconnaître à son tour un état palestinien.

La première raison, c’est évident, est le poids de l’histoire. C’est l’Allemagne nazie qui a opéré la Shoah, le pire crime commis dans l’histoire de l’humanité et l’exode du peuple juif ne peut pas être dissocié de ce chapitre noir de l’Allemagne. Si les Allemands apprennent dès le plus jeune âge qu’on a le droit de critiquer les gouvernements israéliens, ils apprennent également qu’on n’a pas le droit de toucher un cheveu à l’état d’Israël. Soutenir Israël, ce n’est pas une décision politique pour les Allemands, mais une évidence historique.

Ensuite, depuis l’enlèvement d’un avion de la Lufthansa à Mogadiscio en Somalie en 1977, une règle claire s’applique à la politique allemande : on ne négocie en aucun cas avec des terroristes. Si de nombreux pays sont tombés dans le piège de la communication des terroristes qui ont opéré, avec l’aide d’une partie de la gauche occidentale, un inversement des rôles en faisant des terroristes des « combattants pour la liberté », l’Allemagne refuse un quelconque échange avec une organisation terroriste qui déclare dans ses statuts son but ultime – l’éradication de l’état d’Israël et l’assassinat de tout Juif qu’ils trouvent. Une organisation terroriste aux objectifs génocidaires ne sera jamais acceptée par un gouvernement allemand comme un interlocuteur ou même un partenaire.

Troisièmement, les Allemands n’ont pas encore oublié les otages israéliens qui, depuis presque deux ans, subissent enlèvement, torture, viol et meurtre. Pour le gouvernement allemand, il est impensable de récompenser un acte terroriste comme le 7 octobre 2023 par une reconnaissance politique des terroristes. Ceci n’exclut pas les critiques du gouvernement Nethanjahu, autant en ce qui concerne la situation humanitaire à Gaza qu’en ce qui concerne la Cisjordanie où les colons pratiquent une sorte de terrorisme d’état. Mais entre critiquer le gouvernement israélien et ouvrir la porte à une organisation terroriste, il y a des kilomètres pour le gouvernement allemand qui dit clairement que la reconnaissance d’un état palestinien ne peut intervenir qu’à la fin d’un vrai processus de paix, comportant des garanties de sécurité pour l’état d’Israël, et non pas au début.

En Allemagne, on se soucie également de la suite des actions dans la région. Cette reconnaissance de l’état palestinien risque d’avoir comme conséquence l’annexion de la Cisjordanie et aussi de Gaza, ce qui n’approche personne d’une solution à deux états que la majorité des pays du monde souhaite. Tant qu’il n’existe aucun plan comment organiser une telle solution à deux états (qui actuellement, avec un gouvernement d’ultra-extrême-droite en Israël semble impossible à mettre en œuvre), tant que les garanties de sécurité pour Israël ne sont pas définies, aucun gouvernement allemand ne pourrait ne serait-ce que penser à reconnaître un état palestinien.

Reconnaître l’état palestinien le jour de Roch Hachana, en illuminant l’Hôtel de Ville de Strasbourg des couleurs qui représentent l’objectif génocidaire de ceux qui les brandissent, serait impensable en Allemagne, car cela revient à adouber le terrorisme international et n’approche personne de la fin de cette guerre et du terrorisme. Aujourd’hui, la reconnaissance précipitée de l’état palestinien par de nombreux pays revient à pardonner les horreurs du 7 octobre 2023 qui perdurent encore aujourd’hui, puisque le Hamas détient toujours des otages. Faut-il se réjouir que le président de la République n’ait pas choisi le 7 octobre 2025 pour cette reconnaissance d’un état palestinien ?

Le 22 septembre 2025 n’est pas un jour de joie, n’est pas un pas vers la paix, mais « justifie » l’antisémitisme galopant dans de si nombreux pays. Shana Tova.

Kommentar hinterlassen

E-Mail Adresse wird nicht veröffentlicht.

*



Copyright © Eurojournaliste