Quand des chercheurs ne doutent (plus) de rien…
Le boycott par 20% de ses intervenants, du colloque du Musée d’art et d’histoire du Judaïsme, signe un recul dramatique de l’intelligence dans les universités.
La statue d’Alfred Dreyfus, sise dans la cour d’honneur de l’Hôtel de Saint-Aignant, sera privée de la présence de cinq universitaires à œillères. Foto: Mahj Mbzt / Wikimedia Commons / CC-BY 3.0
(Jean-Marc Claus) – Il y a trente deux ans à Washington, le 13 septembre 1993 devant de nombreuses personnalités, Yitzhak Rabin et Yasser Arafat se serraient la main, sous le regard bienveillant de Bill Clinton. C’était lors de la signature de la Déclaration de principe pour une autonomie palestinienne, découlant des Accords d’Oslo. Nous en sommes très loin aujourd’hui. Tellement loin que le confit proche-oriental s’est encore mieux exporté en Occident, que lors de la prise d’otages et du pogrom des Jeux Olympiques de Munich des 5 et 6 septembre 1973.
Nous en sommes très loin à plusieurs égards, et pas seulement en ceci que les responsables actuels ayant remplacé les protagonistes de la poignée de main du 13 septembre 1993, n’ont plus rien de commun avec eux, mais aussi en cela que d’une manière générale, l’intelligence fait aujourd’hui de spectaculaires bonds en arrière. Preuve parmi tant d’autres et pas des moindres, le boycott par cinq chercheurs français, du colloque organisé par le Musée d’art et d’histoire du Judaïsme (mahJ), auquel ils devaient participer du 15 au 16 septembre.
Ces cinq désistements, représentant vingt pour cent des intervenants à ce congrès, démontrent admirablement que l’intelligence peut être pour certains, inversement proportionnelle au niveau de leurs diplômes. La recherche, en l’occurrence historique et par nature la plus objective possible, se voit prise en otage par des choix partisans signant une absence totale de hauteur de vue. Si participer à un colloque sur les histoires juives de Paris du Moyen Âge à Époque Moderne, revient à indirectement soutenir l’actuel gouvernement israélien, il alors faut invisibiliser les véhicules Volkswagen, car fabriqués par une entreprise au passé nazi.
« On peut douter de tout, mais pas de sa Volkswagen », disait le slogan de la marque, mais lorsque des chercheurs ne doutent (plus) de rien, on en arrive à des situations comme celle du colloque du mahJ, où des intellectuels de haut niveau réalisent un exploit digne de la physique quantique. C’est-à-dire à la manière du Chat de Schrödinger, simultanément foncer droit dans le mur et enfoncer des portes ouvertes ! Un « boycott sans précédent » qui, comme le précise la déclaration du mahJ, « compromet les progrès de la connaissance », « dessert absurdement le monde universitaire israélien, dont certains représentants figurent parmi les plus opposés à la poursuite de la guerre à Gaza », « confond les chercheurs et les responsables politiques » et « dénote une totale incompréhension de la situation académique en Israël. ».
A en voir les multiples drapeaux palestiniens brandis dans les manifestations du mouvement « Bloquons tout », démarré en France le 10 septembre et censé ne concerner que la politique intérieure du pays, force est de constater le caractère systémique de l’intoxication. L’organisation terroriste à l’origine des pogroms du 7 octobre 2023, peut se féliciter d’avoir remporté la bataille de la communication. La propagande des services de comm’ de Benyamin Netanyahou se place très loin derrière, et l’actuel locataire du Palais de l’Élysée doit rager de ne pas parvenir à aussi bien enfumer ses concitoyens. Que des individus lambda, mal informés, ne doutent de rien, peut à certains égards être partiellement compréhensible, mais que des universitaires s’imposent le port d’œillères, s’avère particulièrement inquiétant. Rappelons, quitte à risquer une seconde fois le point Godwin, qu’en des temps pas si éloignés, de brillants intellectuels ont prêté allégeance à un dictateur antisémite, qui a mis le monde à feu et à sang…
Kommentar hinterlassen