Quand un ministre dilapide 243 millions d’euros…
L’ancien ministre des transports Andreas Scheuer (CSU) avait agi un peu vite. Son projet d’un système à péage avait été rejeté par la Cour Européenne – mais les contrats étaient déjà signés…
Cet homme a brûlé 243 millions d'euros. Pour ça, il est aujourd'hui récompensé par 10323.29 euros brut par mois... Foto: Michael Lucan / Wikimedia Commons / CC-BY-SA 3.0de
(KL) – 2019 était une mauvaise année pour le ministre des transports fédéral Andreas Scheuer (CSU). Son plan d’introduire un système à vignette pour le droit d’utiliser les autoroutes allemandes, en faisant payer que les automobilistes étrangers, avait été rejeté par la Cour Européenne pour la simple raison que ce système était discriminatoire. Petit problèmes, les contrats avec le consortium « Autoticket » étaient déjà signés et ce dernier réclamait alors un dédommagement. Après de longues négociations, le gouvernement allemand a pu baisser ce dédommagement de 560 millions d’euros à 243 millions d’euros qui seront versés à l’exploitant d’un système qui n’a jamais vu le jour. Conséquences pour le ministre qui avait signé les contrats de manière un peu hâtive – rien.
L’ancien ministre, aujourd’hui simple député au Bundestag où il gagne 10.323,29 euros brut par mois (plus de nombreux avantages dont bénéficient les députés), n’a jamais été molesté pour avoir signé ces contrats qui maintenant, coûtent 243 millions d’euros au contribuable allemand. A un moment où les caisses sont vides, cette somme fait doublement mal.
Il y a quand même un problème. Les politiques peuvent faire n’importe quoi et ils ne doivent jamais assumer une vraie responsabilité pour leurs actes. Dans le monde « réel », Andreas Scheuer aurait été viré et son employeur aurait réfléchi comment faire payer cet homme dont l’insouciance (dans le meilleur des cas…) coûte une somme pharaonique. Mais non, l’homme siège toujours au Bundestag et se vante « du bien qu’il aura fait à la République Fédérale ».
Pourtant, ses services l’avaient mis en garde avant la signature des contrats, indiquant que le projet allait certainement constituer une infraction aux règles communautaires. Personne ne sait pourquoi Scheuer avait, contre l’avis des experts, signé ces contrats et de nombreux observateurs se posaient la question s’il n’y avait pas d’autres intérêts dans cette signature précipitée.
Etonnant que la CSU, la « petite sœur » bavaroise de la CDU, ait toujours gardé Andreas Scheuer dans ses rangs et que personne n’ait demandé qu’un homme ayant causé de tels dégâts à l’Allemagne soit viré de son mandat.
Le manque de responsabilité du monde politique est inquiétant. Pourquoi les responsables politiques ne doivent pas répondre de leurs actes ? Dans d’autres pays, comme en Scandinavie, les ministres doivent remettre leur mandat pour la moindre infraction – en Allemagne, on peut dilapider 243 millions d’euros et continuer à percevoir un salaire à cinq chiffres. Dans un tel contexte, on comprend aisément pourquoi les gens perdent la confiance en ce monde politique irresponsable, corrompu et certainement pas actif dans l’intérêt de la population. Après, il ne faut pas s’étonner que l’Allemagne, tout comme la France, vire de plus en plus vers l’extrême-droite. Inutile de se creuser la tête pourquoi l’AfD a le vent en poupe – cette évolution est directement liée à la défaillance de ceux qui sont actuellement au pouvoir. 243 millions d’euros… Andreas Scheuer devrait immédiatement quitter la politique. Seul point positif : en vue de la dimension de ce scandale, le parquet général a lancé une enquête. On verra bien si cette enquête aboutira à quelque chose…
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