Queima e Rebentamento do Judas

Un spectacle étonnant se déroulera ce samedi au Parc des Expositions de Tondela.

Tondela, une petite ville bien tranquille. Foto: Victor Oliveira / WikimediaCommons / CC-BY-SA 2.0

(Jean-Marc Claus) – Connue aussi sous le nom de « Vale de Besteiros », la municipalité de Tondela se situe dans la Région Centre du Portugal. Elle est à la fois l’une des plus industrialisées du district de Viseu, et un important site de vestiges archéologiques, tout cela dans un cadre naturel propre à attirer les touristes, notamment pour les Thermes de Sangemil à Lajeosa do Dão. Mais ce samedi 19 avril, Samedi Saint qui plus est, se déroulera à Tondela un spectacle insolite.

Créé en 1996, ce spectacle communautaire annuel, pour lequel les inscriptions se sont vendues en moins de trois jours, va réunir 60 musiciens et 290 acteurs, chapeautés par le Trigo Limpo Teatro de l’Association Culturelle et Récréative de Tondela (ACERT). Imaginée et préparée longtemps à l’avance, la représentation est montée en six jours, à la Fábrica da Queima. Les acteurJosé Rui Martins et Pompeu José sont à la manœuvre, pour une scénographie très spéciale.

Une gigantesque araignée, posée sur une toile représentant la mondialisation, va être incendiée pour symboliquement purifier le monde de tous ses maux. Et Pompeu José de confier à l’agence de presse Lusa, qu’il souhaite que spectateurs et participants, voient ainsi leurs âmes se purifier. En fait, il s’agit de l’interprétation d’un rituel ancestral, intitulé « Quema e Rebentamento do Judas » (Combustion et Explosion de Judas) et revisité chaque année.

Cette toile d’araignée, mondialisation mais aussi World Wilde Web, est à l’origine de nombreux maux dont souffre actuellement la société. En la brûlant, on s’en libère symboliquement, et la référence à Judas Iscariote n’est pas inintéressante. Il est brûlé avant qu’il se suicide ou meure accidentellement, selon que l’on se réfère à l’Évangile selon Matthieu (Mt 27.3-10) ou au Livre des Actes (Ac 1.16-0).

La trahison qui reçoit sa juste rétribution, tant au premier siècle en Palestine, qu’à notre époque au Portugal et plus largement dans le monde entier, mérite que l’on s’arrête pour méditer sur cette thématique intemporelle. Non seulement l’Iscariote a trahi, mais il l’a fait pour de l’argent. Tout comme la mondialisation et l’internet, qui en poursuivant des objectifs purement mercantiles, trahissent les idéaux qu’ils auraient pu incarner.

Faut-il alors brûler objets connectés et enseignes de multinationales ? Oui, si l’on veut tout à loisir méditer en prison, sur la liberté retrouvée ! Non, parce que comme pour n’importe quel objet ou instrument, tout dépend de l’usage que l’on en fait. Selon le midrash : « Dès que le métal a été créé, les arbres se mirent à trembler. Le fer leur dit alors : Pourquoi tremblez-vous ? Que votre bois ne m’emmanche pas et pas un seul d’entre vous ne sera mis à mal. » (Genèse Rabbah 5, 10).

Que votre bois ne m’emmanche pas, et c’est bien là qu’est tout le problème ! Pourtant, personne n’oblige qui que ce soit, à aller se fabriquer du cholestérol dans des officines alimentaires clownesques, et à se scléroser le cerveau en surfant durant des heures sur des réseaux à vocation antisociale ! Memento mori (« Souviens-toi que tu vas mourir ») et c’est justement parce que tu vas mourir, qu’à Tondela, mais aussi partout ailleurs, tu es invité(e) à (symboliquement) brûler tout ce qui trahit ta vie…

Kommentar hinterlassen

E-Mail Adresse wird nicht veröffentlicht.

*



Copyright © Eurojournaliste