Quel rôle jouent les médias dans les élections ?
Lors de la première conférence du cycle « IRIUS 2025 » de l'Institut des Relations Internationales de l'Université de Strasbourg, les étudiants ont participé à une discussion intéressante.
Une très bonne conférence avec Cédric Pellen (dr., CUEJ) et Kai Littmann (g., Eurojournalist(e)) à l'Université de Strasbourg. Foto: Carla Oulid-Aïssa-Hauser / CC-BY 2.0
(Réd) – La question posée par les étudiants de l’Institut des Relations Internationales de l’Université de Strasbourg était d’une actualité brûlante – « Les médias au cœur des élections – entre liberté et responsabilité ». Pour en débattre, les organisateurs avaient invité le Directeur du CUEJ (Centre universitaire de l’enseignement journalistique) Cédric Pellen et le rédacteur en chef d’Eurojournalist(e) Kai Littmann.
La conférence a été ouverte par une courte explication des changements dans le monde des médias ces dernières années. En effet, quasiment tous les grands médias appartiennent aujourd’hui à des milliardaires, banques, assurances, fonds d’investissement et enregistrent des pertes financières. Le maintien de ces médias déficitaires indique clairement que ces médias sont aujourd’hui des moyens de communication et non plus des instruments d’information, une différence de taille.
Kai Littmann a illustré cet état de choses par le biais de deux exemples – celui du Washington Post, autrefois un quotidien sérieux qui avait, entre autres, dévoilé le scandale du « Watergate » qui lui, avait causé la chute du président Richard Nixon. Ce quotidien a été acheté par le milliardaire Jeff Bezos qui avait changé la ligne éditorial en transformant le Washington Post en une sorte de plate-forme de communication de l’administration Trump, causant le départ de nombreux collaborateurs de ce quotidien.
Autre exemple, la récente élection en Allemagne. Deux jours avant le scrutin, de nombreux grands médias avaient publié un sondage de l’Institut FORSA qui lui, donnait le nouveau parti BSW à seulement 3% des intentions de vote. Considérant que le BSW n’allait pas dépasser la barre des 5%, de nombreux électeurs avaient alors préféré voter pour d’autres partis, estimant que le vote pour un parti qui, de toute façon, n’allait pas entrer au parlement, était un vote perdu. Pourtant, le BSW a échoué de seulement 13000 votes devant cette barre fatidique en totalisant 4,972% des votes. Si jamais le BSW avait dépassé cette barre des 5%, cela aurait profondément changé le résultat de cette élection – la CDU n’aurait plus pu bâtir une coalition avec un seul partenaire (qui sera probablement le SPD), mais les conservateurs auraient du envisager une « coalition à trois », ce qui aurait eu un fort impact sur la politique allemande des prochaines années. Dans la foulé, la politique allemande vis-à-vis de l’Europe aurait été différentes aussi. Ainsi, la publication de ce sondage a largement influencé l’opinion publique et donc, l’élection.
Cédric Pellen expliquait le rôle historique des médias, à travers six dates-clé de l’histoire française pour définir dans un premier temps, ce que c’est, l’opinion publique qui, à travers les siècles, n’intéressait pas vraiment les puissants. A partir du 19e siècle, les journaux jouait un rôle important dans la gestation d’une opinion publique. Si aujourd’hui, le métier du journaliste est théoriquement soumis à la « Charte de Munich », la déontologie des journalistes, les nombreux changements dans le monde des médias et la connexion entre le monde des affaires et le monde des médias, pose un problème.
Après ces interventions, un débat animé avait lieu entre les étudiants et les intervenants, permettant de préciser les différents points. Ainsi, il devient clair que la frontière entre la « communication politique et commerciale » et « l’information », devient de plus en plus floue et il conviendrait non seulement de bien former les futurs journalistes, mais également les communicants qui eux, dépassent souvent les limites entre ces deux concepts.
Un grand bravo aux organisateurs de cette conférence qui mélangeait de manière savante autant la théorie du journalisme que la pratique sur le terrain ! En vu de l’intérêt montré par les étudiants, force est de constater que les nouvelles générations s’intéressent beaucoup au monde dans lequel ils ont vocation d’évoluer bientôt et la profondeur de leur réflexion est encourageante.
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