« Qu’est-ce que nous sommes forts ! »

Lors du conseil des ministres franco-allemand à Toulon, Emmanuel Macron et Friedrich Merz ont fait de fortes déclarations. Malheureusement loin des réalités...

Le « moteur européen » franco-allemand aurait d'urgence besoin d'un bon mécano... Foto: The White House / Wikimedia Commons / PD

(KL) – Ceux qui suivent les relations franco-allemandes depuis longtemps, avaient un « déjà-vu » lors du conseil des ministres franco-allemand à Toulon. Car Emmanuel Macron et Friedrich Merz ont déclaré la « relance de l’axe Paris-Berlin », mais ce n’est pas la première fois qu’une telle relance a été déclarée, sans que le « moteur européen » ne redémarre. Ces déclarations ressemblent à quelqu’un qui siffle dans la cave parce qu’il a peur des fantômes…

Non seulement que les différences des intérêts entre la France et l’Allemagne sont plus importantes que les points partagés, en plus, il est fort possible que les ministres français qui assistaient à cette réunion, ne soient plus ministre dans une dizaine de jours. A quoi bon d’organiser un conseil de ministres lorsque l’on sait que du côté français, les participants seront tous (sauf un) éjectés le 8 septembre ? Et ainsi, on notait déjà l’absence du Premier Ministre François Bayrou à ce Conseil des Ministres franco-allemand – même si l’Élysée s’est dépêché de déclarer que le Premier Ministre ne participe jamais à ces conseils franco-allemands. Pourtant, comme nous l’apprend le ministère des affaires étrangères, ces conseils des ministres franco-allemands « réunissent le président de la République, le Premier ministre, le Chancelier fédéral d’Allemagne et tout ou partie des ministres français et allemands. ». A croire que le Premier Ministre se trouve déjà sur sa tournée d’adieux à travers les salons d’automne qui ouvrent leurs portes les uns après les autres.

Les déclarations de Macron et de Merz étaient aussi creuses que fortes. Ainsi, le président français (qui semble déjà avoir pris en main les affaires de la politique courante…) a dit « L’évolution du monde montre à quel point il est important que nous, oui, nous, devenons un facteur de puissance dans le monde – économiquement, politiquement et aussi au niveau de la politique de la sécurité ». Le président français est certainement trop jeune pour savoir que jadis, la France et l’Allemagne avaient exactement ce poids-là dans le monde, avant que plusieurs gouvernements aient préféré ruiner les deux pays.

Même son de cloche chez le chancelier allemand : « L’Allemagne et la France jouent un rôle central dans cette Union européenne, sur ce continent européen ». Mais le chancelier allemand est certainement trop jeune pour savoir que l’Union européenne ne joue plus du tout les premiers rôles sur l’échiquier international et que l’Union, sous la direction d’acteurs comme Ursula von der Leyen et d’autres, joue aujourd’hui seulement le rôle du financier des conflits dans le monde, après s’être soumis au président américain.

Les deux pays annoncent vouloir se lancer dans un « dialogue stratégique » concernant la défense, ils veulent coopérer au niveau du développement de nouveaux système de défenses anti-missiles et ils veulent aussi parler aussi de la défense nucléaire. Des annonces qui n’engagent personne à rien, mais qui cachent joliment le vide dans les relations franco-allemandes.

Après les points « positifs », regardons les points divergents. Et ils sont nombreux. Concernant la question de l’endettement, les deux pays ne sont pas du tout sur la même ligne, la France aimerait bien laisser l’Europe assumer son surendettement, l’Allemagne est contre. Concernant le nucléaire, le chancelier allemand a fait un geste pour Emmanuel Macron, en déclarant le nucléaire « source d’énergie à faible émissions » – une décision solitaire que le chancelier se prendra dans la figure dès son retour à Berlin. Concernant le traité sur les libres échanges entre l’Amérique du Sud et l’Europe, le Mercosur, les positions françaises et allemandes sont également incompatibles – les Allemands sont pour, les Français contre. Concernant la reconnaissance d’un état palestinien, la France va procéder, l’Allemagne non. Et la liste des points qui séparent les deux composantes du « moteur européen » pourrait être prolongée.

Donc, des déclarations fortes des deux dirigeants français et allemand qui se veulent fortes, mais qui ne trompent plus personne. La France se trouve dans un crise politique et économique, l’Allemagne se trouve également sur une pente raide et rouler les mécaniques ne résoudra rien, ni en France, ni en Allemagne. Force est de constater que le « franco-allemand » est aujourd’hui inexistant, sauf là où les gens se rencontrent et travaillent ensemble – dans les bassins frontaliers. Mais ces régions frontalières ne comptent ni à Paris, ni à Berlin. Aussi triste que ce soit – le « moteur européen » est toujours au point mort.

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