Quid de l’évangélisme après Trump ?

Donald Trump ruine durablement l’image des évangéliques étasuniens, et leurs coreligionnaires européens prennent très tardivement des distances salutaires.

L’Église qui ne dort jamais, vit avec Donald Trump un cauchemar éveillé. Foto: ND Strupler / Wikimedia Commons / CC-BY-SA 2.0

(Jean-Marc Claus) – Mi-avril, le pasteur Giacomo Ciccone, président de l’Alliance Évangélique Italienne (AEI), appelait à désolidariser le terme évangélique des objectifs politiques. Cet homme dont la probité n’a jusqu’ici pas été mise en doute, peut à juste titre représenter une majorité d’évangéliques européens, et peut-être même certains de leurs coreligionnaires étasuniens. Il s’est montré très sévère envers Paula White, la conseillère spirituelle de Donald Trump, et le pasteur Franklin Graham, fils de Billy Graham, le célèbre télévangéliste qui eut ses entrées à la Maison Blanche, sous toutes les administrations, de Harry Truman à Donald Trump.

Ressentant « un mélange d’indignation et un désir de clarté » (sic), Giacomo Ciccone souhaitait « ne pas laisser le nom évangélique se pervertir, mais en clarifier le sens, le vivre pleinement et le préserver de toute instrumentalisation idéologique. » (sic). Or, comme le précise le très sérieux Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales (CNRTL), toute croyance religieuse procède aussi d’une idéologie. Idéologie dans laquelle les visions manichéistes ultra-simplistes, mobilisent toujours plus adeptes et militants, que les approches multifactorielles demandant réflexion et discernement.

On ne peut qu’être d’accord avec Giacomo Ciccone, lorsqu’il affirme : « Plutôt que de rechercher des affiliations ou des slogans, nous avons besoin de communautés chrétiennes enracinées dans l’Écriture, sobres dans leurs paroles, ferventes dans la prière, crédibles dans leur service, libres des idoles du pouvoir et proches de ceux qui souffrent. ». A ceci près que les dites communautés pratiquant les vertus énoncées, existaient en Amérique Latine, jusqu’à ce que le tandem infernal Reagan – Wojtyla neutralise la Théologie de la Libération, jugée gauchiste par ces ultra-réactionnaires de premier plan.

S’opéra alors une liquidation théologo-politique, au profit des missionnaires évangéliques, et vu l’actuel recul du catholicisme dans cette région du monde, on peut raisonnablement penser que les stratèges du Vatican s’en mordent les doigts. Il ne s’agit de rien d’autre que de conflits géo-théologiques, dans lesquels chaque confession cherche à étendre sa zone d’influence. Lorsque le professeur de théologie historique Leonardo De Chirico se demande si « le terme évangélique survivra au cyclone trumpien » (sic), il conclut sans exprimer de grandes inquiétudes, mais dénonce la religion civile, où Dieu et les USA sont intimement liés, ainsi que l’association de l’Évangile avec le conservatisme politico-culturel.

Des propos chargés d’autant plus de sens, que Billy Graham, le premier de la longue liste des télévangélistes étasuniens, fut en 1968 envoyé par le candidat républicain Richard Nixon auprès du président démocrate Lyndon B. Johnson, pour lui passer perfidement la brosse à reluire. En 1969, une fois Richard Nixon arrivé au pouvoir, le pasteur Graham lui envoya une petite note, dans laquelle il écrivait qu’en cas d’échec des pourparlers de paix menés alors à Paris, il lui conseillait de bombarder les digues retenant les crues dans le Nord du Vietnam. Ce qui aurait pour effet de détruire très rapidement l’économie nord-vietnamienne, ainsi que… d’innombrables villages, et coûterait la vie à près d’un million de civils. Tuez-les tous ; Dieu reconnaîtra les siens !

Les conseils géo-stratégiques de l’auto-proclamé homme de Dieu, inondèrent la Maison Blanche, et à l’anticommunisme primaire du pasteur, s’ajouta un surprenant antisémitisme de circonstance, quand en 1972, lors d’une conversation avec Richard Nixon, il flatta l’ego de ce dernier notoirement antisémite, pour convenir que les israélites exerceraient une main-mise sur les médias étasuniens. Même s’il s’en repentit en 2011, sept ans avant la fin de son existence presque séculaire, même s’il devint partisan du désarmement, même s’il se distancia de la droite religieuse (Moral Majority), il n’en reste pas moins qu’il n’échappa guère à la tentation du pouvoir, fut-ce en sous-main.

Le Premier Amendement interdisant aux USA toute loi limitant la liberté de religion et d’expression, la liberté de la presse et le droit de s’assembler pacifiquement, est particulièrement malmené et instrumentalisé par l’actuelle Administration Trump. Cette maladie honteuse, n’est pas brutalement tombée du ciel comme les Dix Plaies d’Égypte. C’est le fruit du lent processus de désagrégation et de clivage, d’une société ne pouvant exister qu’au seul prix de se désigner des ennemis. Or dans ce petit jeu pervers, le prétexte théologique est très mobilisateur, car on trouve toujours quelqu’un à excommunier, des livres à brûler et des démons à combattre.

Il n’est pas du tout à exclure qu’après l’épisode Trump II, s’opère un mouvement de balancier de l’Histoire. La galaxie évangélique étasunienne dont certains membres brillent actuellement par leur bellicisme et leur nationalisme, pourrait bien connaître un rétrécissement de sa zone d’influence, au profit du catholicisme pacifiste et internationaliste de Léon XIV. Mouvement auquel l’œuvre du défunt pape François, ne serait pas étrangère…

Kommentar hinterlassen

E-Mail Adresse wird nicht veröffentlicht.

*



Copyright © Eurojournaliste