Salut les amis, là c’est Jacky…
Journaliste-ouvrier, Jacky Djackenew ne donne pas dans la presse people, mais relate avec succès le quotidien des Brumathoi(se)s.
Un grand merci à Océane, pour cette photo montrant Jacky et Jean-Marc Claus, prise au Repère des Gourmets, qu’elle tient avec sa maman Christelle. Foto: privée
(Jean-Marc Claus) – Jacky Wendling alias Jacky Djackenew*, c’est d’abord, comme le disait admirablement Germain Muller, une intonation. Pas un accent, mais une intonation portée par la grosse voix d’un travailleur de nuit occupant ce qui lui reste de ses journées, à rencontrer et à raconter. Salarié d’une entreprise locale, il est le journaliste du quotidien des Brumathoi(se)s.
Originaire d’Offendorf, où il est né il y a cinquante cinq ans dans la maison familiale, une rencontre l’a conduit à quitter les rives du Vater Rhein, pour via la Moder et la Zorn, s’établir à Brumath. Ainsi, Jacky est devenu brumathois, par alliance avec Nadia, mais aussi grâce à l’adoption par ses concitoyens. Des concitoyens pour lesquels il est maintenant connu comme le loup blanc, et peut-être même plus que le maire. Mais il n’en fut pas toujours ainsi. Issu d’une famille modeste, contrarié dans ses projets par ses enseignants, il s’est formé à la comptabilité, alors qu’il souhaitait s’orienter vers l’informatique, dont les débuts étaient à l’époque très prometteurs.
Ce qui ne l’a pas empêché de développer des compétences en « bidouillage », jusqu’à un très haut niveau, mais question travail, il ne se voyait pas dans un bureau toute la journée. D’où plusieurs emplois, dont un en Allemagne dans une gravière au minimum 240 heures/mois, puis à Bischwiller et enfin Brumath, notamment depuis 1991 dans une grande entreprise de logistique. Afin de conserver un rythme, qu’il travaille ou soit en repos, Jacky entretient un décalage horaire le rendant inopérant le matin, mais actif l’après-midi et surtout la nuit. Une vie de travailleur posté, n’ayant rien de commun, avec celle d’un noctambule de la jet set.
Son intérêt pour l’informatique, la photo, la vidéo, la sonorisation, l’ont conduit à devenir une personne ressource pour beaucoup. Radios libres, artistes de variétés, associations, il figure dans le carnet d’adresses de pas mal de monde. Ayant par son travail acharné contribué à la notoriété de certains, il est resté longtemps un invisible. Depuis toujours bénévole, il refuse systématiquement tout payement ou indemnisation pour ses services. La notoriété ne risque pas de lui faire tourner la tête. Il accepte tout au plus un café ou un soda, et souvent tient à en payer un second.
Modeste dans son rapport à lui-même, Jacky est immensément riche quant à son rapport à l’autre. Ainsi, après quelques coups d’essais, s’est-il début 2016 lancé avec sa fille Samantha, dans la création d’un groupe Facebook intitulé « Brumath en Alsace » comptant aujourd’hui près de 16.000 followers, et dont il n’est pas rare que des vidéos explosent les compteurs. Il avait débuté avec des petites séquences, relatant le quotidien des Brumathois, mettant en avant des initiatives individuelles ou collectives, en gros, tout ce qui ne fait pas pas forcément les grands titres de la presse quotidienne régionale, mais intéresse fortement ses concitoyens.
Initialement voix-off de ces petites vidéos, très vite, sur injonction de son épouse (« Montre-toi, il faut que les gens voient qui leur parle ! »), il est passé devant la caméra. Depuis, grâce à Nadia, il n’est plus seulement une voix, mais aussi une image. Une image de marque et une marque de fabrique : « Comme on dit en alsacien, je veux garder le cul propre », traduit-il consciencieusement pour le Welche qui l’interviewe. Interview à propos de laquelle, sans aucune fausse modestie, il se demande en quoi il la mérite !
Cet homme est la bonté même, mais il sait aussi se mettre en colère, notamment lorsqu’un de ses concitoyens porteur d’un handicap, fut lors d’un séjour dans la capitale, moqué (en ligne) par un blogueur-influenceur parisien. Son sang ne fit qu’un tour, et l’abruti battit très vite en retraite. D’ailleurs, il ne faut surtout pas prendre Jacky pour un influenceur : « Ils ne travaillent que pour leur pomme, et veulent faire un maximum de fric, quitte à faire acheter n’importe quoi à n’importe qui ! ». L’absence d’éthique et la vénalité, sont pour lui rédhibitoires.
Soutien inconditionnel de l’économie locale, il présente les commerces qui ouvrent, contribuant toujours gracieusement à les faire connaître via les réseaux sociaux. Au nombre de ses plus belles expériences, figurent ses vidéos sur « Le Repère des Gourmets » et « Le Bleuet », qu’il a aidé à rendre visibles sur la toile. Du côté des plus douloureuses, il y eut la fermeture de « Alyssa Cordonnerie », une vidéo particulièrement éprouvante tant pour l’interviewée que l’intervieweur. Très présent lors des événements festifs, il met inlassablement en avant le bénévolat et incite le public à se déplacer. Suivant localement les élections, Jacky met un point d’honneur à garantir le même traitement à chaque candidature.
Un travail énorme qui l’occupe quotidiennement de nombreuses heures, et pour lequel il renouvelle régulièrement son matériel, afin de produire des vidéos de qualité. « J’adore discuter avec les gens ; surtout ceux qui sont sincères », « Je cherche toujours à créer un lien, avec chaque personne que j’interviewe. », dit-il le visage rayonnant. Quelle est sa plus grande ambition ? Laisser derrière lui la trace d’un homme bien, qui a été utile aux autres. Le décès brutal de Bernard Stalter, qui était son mentor en termes de relations publiques et de choix éditoriaux, l’a profondément marqué, de même que d’autres drames familiaux, et il y a peu, deux hospitalisations en urgence. Ainsi est-il particulièrement sensible, au caractère éphémère de la vie humaine, mais pas au point d’avoir le bourdon. La vie c’est aussi rire, et celui dont Jacky Djackenew* ne prive personne, est tout simplement monumental. Alors, comme il le dit à la fin de ses vidéos : « Môhres gueût, sâlû bîsâmme oun ê kîlôméter schmétzleu ! »**.
*-*-*
* Pour expliquer l’origine d’un tel pseudo, et tout le vécu s’y rattachant, il faudra assurément un second article…
* Voilà ce que ça donne, quand un Welche retranscrit l’alsacien qu’il entend !
Magnifique article, merci infiniment
Oui, très joli portrait – et une belle personne !