Spécial Cannes (4) – La jeune femme à l’aiguille

Esther Heboyan a vu pour vous « La jeune femme à l’aiguille » (Pigen Met Naden) de Magnus Von Horn - malheur un jour, malheur toujours...

Pas toujours joyeuse, la vie... Foto: © Lukasz Bak / FDC 2024

Logo klein(Cannes, Esther Heboyan) – Le générique de fin dit qu’il s’agit d’une histoire vraie. On pourrait tout aussi bien dire : une suite d’histoires macabres. Ce n’est pas un film d’horreur, mais il glisse assez vite vers des épisodes horrifiques. Ce n’est pas un mélodrame, mais le film véhicule le naturalisme du malheur qui s’acharne contre de pauvres gens.

Magnus Von Horn est un jeune réalisateur suédois qui vit en Pologne depuis de nombreuses années. Le Festival de Cannes a déjà accueilli son travail : 2015, son premier long-métrage Le lendemain, tourné en langue suédoise ; 2020, son second long-métrage Sweat, tourné en langue polonaise. Et en 2024, dans la compétition officielle, La jeune femme à l’aiguille, tourné en danois et dont l’affiche ne présage rien de bon : une longue aiguille à tricoter comme instrument (probable) de mort, une jeune femme nue recroquevillée en médaillon dans le chas de l’aiguille. Von Horn dit qu’il s’agit d’un conte de fées pour adultes et qu’il a voulu savoir si, face à l’adversité qui transforme la vie en enfer, on peut faire preuve de bonté.

La séquence d’introduction est expressionniste à souhait – une superposition de visages distordus qui s’animent et créent le malaise. L’action se situe à Copenhague au lendemain de « la grande boucherie » que fut la Première guerre mondiale. Le soldat Peter (Besir Zeciri), en fait le mari de la protagoniste, revient avec le visage défiguré, et ne trouvera sa place que comme monstre de foire dans un cirque ambulant. Pour cacher sa laideur physique, il doit porter un masque. Si sa monstruosité le ramène à un niveau d’animalité rebutante, son humanité est intacte. On ne peut manquer de songer à Elephant Man (1980) de David Lynch.

Karoline (Vic Carmen Sonne) est la femme de Peter. Croyant son mari disparu, vivotant dans des conditions misérables, Karoline a une liaison avec le directeur de l’usine où elle travaille. Le bonheur du couple et l’attente d’un enfant seront vite contrecarrés, ce qui laissera Karoline au bord de l’abîme. La jeune femme finira par confier son nouveau-né à Dagmar (Trine Dyrholm), une femme plus âgée qui lui avait porté secours un jour aux bains publics et qui dirige une agence d’adoption clandestine. Seule et indigente, Karoline finit par travailler pour Dagmar, c’est-à-dire à allaiter les petits orphelins qu’on dépose dans la boutique de bonbons. Mais leur collaboration prend une tournure aliénante et destructrice.

Ce film en noir et blanc, à la tonalité très austère, repose essentiellement sur le jeu des deux actrices danoises qui méritent le Prix d’interprétation féminine. Les images de Michal Dymek produisent des tableaux urbains d’un envoûtant réalisme. Dommage que les dissonances musicales et sonores soient trop régulières et insistantes. Et la démonstration de la tragédie un peu trop systématique. On est plus ou moins surpris par le dénouement.

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