Suis-je un terroriste ?
Suite à un décret du fantasque Donald Trump, les antifascistes sont désormais considérés comme des terroristes. Bientôt aussi aux Pays-Bas.
Tous des terroristes ou des antifascistes qui ont compris le danger du fascisme? Foto: André Cros / Wikimedia Commons / CC-BY-SA 4.0int
(KL) – Là, j’ai un problème. Antifasciste depuis mon plus jeune âge, je pensais toujours me trouver du « bon » côté de l’Histoire, car dans ma perception, il n’y a rien de pire que le fascisme. Mais visiblement, je me suis trompé. Car suite à un décret de Donald Trump, les antifascistes sont maintenant considérés aux USA comme des « terroristes », puisque « l’Antifa » est désormais classée comme « organisation terroriste », même s’il ne s’agit aucunement d’une « organisation », mais d’un mouvement ou d’une idéologie. Que ce genre d’aberration puisse se passer dans les USA de Donald Trump, à la limite, ce n’est même plus surprenant. Plus surprenant est déjà le fait que le parlement des Pays-Bas ait déjà voté une motion qui elle, dit exactement la même chose que le décret trumpien – les antifascistes y seront également considérés comme des « terroristes ».
Le fascisme est le système politique ayant commis les pires crimes dans l’histoire de l’humanité. S’opposer à la renaissance du fascisme, renaissance à laquelle nous assistons actuellement dans de nombreux pays, ne peut donc ni constituer un crime, ni un acte de « terrorisme ». Mais criminaliser l’antifascisme, cela revient à adouber le fascisme et à l’introduire comme un système politique « correct ». Et ceux qui, comme moi, ont une conscience marquée par l’Histoire et qui combattent les tendances néo-fascistes, peuvent donc être poursuivis et risquent des peines. C’est le monde à l’envers.
Le néofascisme à la Trump, Wilders, Le Pen, Weidel, Orban etc. ne se cache plus, il s’étale de manière totalement décomplexée. Chasse aux étrangers, antisémitisme, attaques sur la liberté de la presse, attitudes belliqueuses, pressions sur la justice, mise au placard des institutions démocratiques, poursuites et élimination des opposants – tous les ingrédients du fascisme sont à nouveau réunis et ce, à une vitesse incroyable. N’avons-nous vraiment rien appris de l’Histoire ? Avons-nous vraiment oublié les plus de 100 millions de victimes de la dernière Guerre Mondiale avec toutes ses souffrances ?
Comment peut-on criminaliser ceux qui s’opposent aux plus grands criminels de notre époque ? La réponse en est simple : en changeant les lois. Comme en Italie où le ministre de la justice Carlo Nordio a fait passer une « réforme de la justice » qui assure maintenant l’impunité pour les politiques, magistrats et chefs des grandes entreprises de l’état qui font partie de « il sistema », comprendre, qui travaillent pour et avec les différents groupes de la Mafia en Italie. En supprimant les chefs d’accusation « abus de pouvoir » et « trafic d’influence » et en interdisant aux autorités d’utiliser des moyens d’investigation comme les écoutes téléphonique contre ces personnes, on légalise des actes hautement criminels – et les criminels savent maintenant qu’ils ne peuvent pas être molestés par la justice. C’est ainsi que l’on installe un système fasciste, en légalisant des actes criminels qui servent à ceux qui deviennent les piliers d’un tel système.
Mais peut-on cesser d’être antifasciste pour la seule raison que c’est désormais interdit ? Bien sûr que non et pour les antifascistes, le monde se rétrécit. On ne peut plus aller aux États-Unis, car en tant qu’antifasciste, on risque d’être immédiatement renvoyé en arrivant ou pire, d’être arrêté et envoyé dans une prison en El Salvador. Dommage, pour voir les amis américains, faudra donc attendre qu’ils viennent en Europe.
Cette évolution ne fait que souligner l’importance de l’antifascisme, au moment où un « fascisme 2.0 » avec tous les moyens modernes est en train de s’installer. Bien entendu, un antifasciste convaincu ne changera jamais d’attitude, pour la seule raison que cette conviction sera désormais interdite et considérée comme du « terrorisme ». On sait très bien ce qu’est le terrorisme et l’antifascisme n’en fait pas partie. Certes, il y a des groupes antifascistes assez militantes, mais le combat contre le fascisme ne peut pas être mené avec la demande timide aux fascistes de ne plus être fasciste. Arrivé à un certain âge, on ne participe plus aux « combats » militants antifascistes, mais une attitude militante n’est pas condamnable à un moment où des groupes et groupuscules néofascistes essayent de reprendre la rue. Heureusement qu’il y ait encore de jeunes antifascistes qui s’opposent à cette prise de la rue.
Aujourd’hui, il convient d’être extrêmement prudent – car le fascisme 2025 est plus performant que celui de 1933 et en plus, il ne se limite pas à un seul pays, mais il fleurit partout. En plus, il dispose de moyens dont les nazis ne disposaient heureusement pas, car s’ils avaient eu accès aux moyens numériques, l’Europe entière parlerait aujourd’hui l’allemand.
Pour clore cet article, rappelons la citation de la résistante, journaliste et ancienne secrétaire d’état à la culture Françoise Giroud : « Ainsi commence le fascisme. Il ne dit jamais son nom, il rampe, il flotte, quand il montre le bout de son nez, on dit : C’est lui ? Vous croyez ? Il ne faut rien exagérer ! Et puis un jour on le prend dans la gueule et il est trop tard pour l’expulser. » Pourtant, on avait espéré qu’il ne fallait jamais plus sortir cette citation…
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