Trop peu, trop tard

L'Europe avait trois ans pour définir une stratégie concernant la guerre en Ukraine. Mais au lieu de travailler sur une stratégie, l'Europe n'a fait que remplir les exigences de Zelensky.

Il y a de fortes chances à ce que Lavrov prépare aujourd'hui une rencontre entre son patron Vladimir Poutine et Donald Trump. Foto: Kremlin.ru / Wikimedia Commons / CC-BY 4.0int

(KL) – L’Europe se réveille beaucoup trop tard en ce qui concerne l’Ukraine. Pendant trois ans, les Européens ont refusé de développer une stratégie concernant la guerre en Ukraine, en se limitant à répéter les slogans de Zelenskyi et aujourd’hui, l’Union européenne en paie le prix – la participation européenne aux négociations qui se préparent, est refusée par la Russie et autant l’Ukraine que les États-Unis changent d’avis sur cette question tous les trois jours. Et il devient de plus en plus clair que la suite de la guerre en Ukraine sera négociée entre les USA et la Russie.

Aujourd’hui, le ministre des affaires étrangères russe, Sergej Lavrov, rencontrera une délégation américaine en Arabie-Saoudite. Sans l’Ukraine, sans l’Europe et le fait que cette rencontre ait lieu en Arabie-Saoudite, montre clairement que l’Europe ne pèse plus du tout dans ces négociations. Le fait que Zelenskyi se soit invité en Arabie-Saoudite demain, pour y rencontrer cette délégation américaine, n’y change rien. Mais sa visite demain indique aussi que le président ukrainien a compris que les négociations auront lieu, avec ou sans lui et qu’il a intérêt à soutenir les efforts diplomatiques des Américains.

Deux sujets figurent sur l’ordre du jour pour la rencontre américano-russe aujourd’hui – « le rétablissement des relations bilatérales » et « la guerre en Ukraine ». En amont de cette rencontre, Lavrov avait clairement dit qu’il ne voyait pas ce que l’Europe aurait à faire dans des négociations concernant l’Ukraine. « Si l’Europe souhaite continuer la guerre en Ukraine, pourquoi alors l’inviter à des négociations ? », a déclaré Lavrov. Donc, l’Europe ne fera pas partie d’une solution pour cette guerre, dans le meilleur des cas, l’Europe pourra agir comme « agent » des États-Unis pour sécuriser et financer un éventuel cessez-le-feu.

Pour que l’Europe puisse jouer le rôle que Donald Trump lui accorde, l’administration américaine a déjà envoyé un questionnaire aux gouvernements européens sur lequel il faudra indiquer les ressources militaires que les états-membres de l’OTAN pourraient mettre à la disposition des Américains pour ce qu’ils négocieront avec la Russie.

La réunion en petit comité organisée hâtivement à Paris par Emmanuel Macron, s’est soldée avec les phrases creuses habituelles. A Paris, le ministre des affaires étrangères espagnol José Manuel Albares a déclaré « qu’une guerre offensive ne doit pas être récompensée » et qu’il faut empêcher que « des négociations pour la paix en Ukraine puissent représenter une telle récompense pour l’agression russe ». Eh ben. S’il n’avait rien dit, ça aurait été pareil. Visiblement, les Européens ont du mal à comprendre ce que le « trumpisme » a déclenché sur l’échiquier international et que le monde ne s’intéresse plus vraiment aux positions européennes. Cette rencontre parisienne est définitivement trop peu et arrive trop tard – si l’Europe avait voulu peser sur ce conflit, elle avait trois ans pour le faire, mais les responsables européens ont gaspillé ces trois ans avec leur « tourisme de guerre » à Kiev. Au lieu de faire des selfies déguisés en uniforme ukrainien, les responsables européens auraient mieux fait de développer dès 2022, une stratégie et un objectif pour cette guerre.

Actuellement, il n’y a qu’un seul objectif – que la tuerie en Ukraine puisse cesser. Les pertes humaines sont énormes, les dégâts dantesques. Ceux qui dressent des obstacles pour des négociations, sont des criminels qui sacrifient des vies humaines pour leurs intérêts.

Maintenant et en attendant les prochaines étapes, les Européens auront un seul rôle – celui de l’observateur. La guerre en Ukraine ne s’arrêtera pas grâce aux efforts européens et pas non plus grâce à Zelenskyi, mais parce que les Américains et les Russes auront décidé de stopper ce carnage. Sans oublier que ce que dit la Russie, reflète en même temps la position chinoise, car la Chine continue à tirer les ficelles en arrière-fond. L’Europe, elle, est « out » pour l’instant et elle doit cette perte de poids politique à l’incompétence et l’arrogance de ses leaders. On verra bien si cet état de choses pourra encore changer.

1 Kommentar zu Trop peu, trop tard

  1. Bertrand Linder // 18. Februar 2025 um 10:48 // Antworten

    Si les Russes décident de “stopper le carnage”, ce n’est pas pour des raisons humanitaires. Poutine est simplement convaincu être en mesure de consolider ses acquis à moindre frais. En attendant la suite… Car même après un cessez-le-feu, le spectre d’un conflit en Europe ne s’éloignera pas. “La chute de l’Union soviétique constitue la plus grande catastrophe géopolitique du 20ème siècle” (sous entendu plus grave que la 1ère ou la 2ème guerre mondiale !!) C’est Poutine qui l’a dit et, au vu de la militarisation en cours de la société russe, on comprend mieux les desseins du Kremlin pour l’avenir de l’Europe.

Kommentar hinterlassen

E-Mail Adresse wird nicht veröffentlicht.

*



Copyright © Eurojournaliste