Ukraine – les regards se tournent vers Washington

La « coalition des volontaires » vient de publier un communiqué qui, utilisant le même langage que depuis bientôt 4 ans, comporte quand même quelques nouvelles approches.

En bleu, les "volontaires". En jaune, on ne sait pas. En rouge, la Russie. En blanc, de nombreux pays qui soutiennent la Russie, comme les états BRICS+. Foto: Greency99 / Wikimedia Commons / CC0 1.0

(KL) – Tout le monde (sauf Poutine…) souhaite la fin de la guerre en Ukraine, idéalement avant que tout le pays et ses infrastructures ne soient détruits. Mais autant les déclarations que les mesurettes décidées par l’UE montrent une totale impuissance face à l’agression russe et les « volontaires » ne sont forts que dans la parole. Mais les belles déclarations ne suffiront pas pour « forcer Poutine à accepter la paix ». Malgré les slogans habituels, la déclaration des « volontaires » comprend une nouveauté – la proposition de lancer des négociations sur la base de l’actuelle ligne du front. Cela change de l’habituel postulat de Zelenskyi que l’armée russe devrait quitter le territoire ukrainien « sans conditions ».

La déclaration signée par Zelenskyi, Starmer, Merz, Macron, Meloni, Tusk, Von der Leyen, Costa, Støre, Stubb et Frederiksen parle encore et toujours d’une « juste paix » et au risque de l’écrire pour la centième fois, jamais une guerre ne s’est soldée par une « juste paix » dont les conditions auraient été dictées par le pays ayant perdu la guerre. Sur cette question, les Américains et les Européens ne sont plus d’accord. Pendant que Donald Trump est convaincu que l’Ukraine a déjà perdu militairement cette guerre, les Européens continuent à s’auto-persuader que l’Ukraine pourra gagner et qu’il suffit pour cela de mettre Poutine sous pression. Voilà qui arrive quand on commence à croire en sa propre propagande – ce ne sera pas avec l’arrêt des importations de gaz russe prévu pour 2027 (!) que l’on pourra mettre la Russie sous pression.

Après la dernière visite de Zelenskyi à Washington, il convient d’évaluer la situation de manière réaliste. Donald Trump flaire des « deals » avec la Russie et s’énerve de plus en plus contre Zelenskyi. Le président ukrainien, qui était venu à Washington pour y demander la livraison de missiles Tomahawk, était reparti les mains vides et avec l’annonce que Trump allait rencontrer prochainement Poutine à Budapest. Même s’il semble actuellement qu’une réunion de préparation de cette rencontre entre les ministres des affaires étrangères Marco Rubio et Sergej Lavrov n’aura pas lieu immédiatement, il semble de plus en plus clair que Trump ne souhaite pas participer à une escalade de cette guerre.

Du coup, il y a un changement fondamental dans cette nouvelle déclaration des « volontaires ». Commencer des négociations sur la base de la ligne du front actuel, est la première proposition réaliste depuis bientôt 4 ans. Se limiter à exiger le départ de l’armée russe du territoire ukrainien, revient à fermer les yeux devant les réalités dans l’est de l’Ukraine où la Russie occupe environ 20% du territoire ukrainien, sans avoir le moindre projet de se retirer des territoires occupés. Accepter cet état des choses et essayer de trouver une solution sur une base réaliste, serait éventuellement une approche plus prometteuse que tous les slogans de propagande des dernières années.

L’Ukraine ne s’en sortira pas indemne de cette guerre, il faudra qu’elle fasse des concessions. Aussi désagréable que ce soit, il s’agit du « droit du plus fort », concept largement contesté par les Occidentaux, mais en même temps, un concept que les « volontaires » appliquent eux-même depuis des siècles dès qu’ils en ont la possibilité. Certes, ce « droit du plus fort » est à condamner, mais il s’agit malheureusement d’une réalité dans la géopolitique, que la plupart des « volontaires » ont largement appliqué et l’appliquent toujours, ne serait-ce dans leurs actuelles et anciennes colonies où le seul droit applicable est justement le « droit du plus fort ».

Reste encore la question cruciale à résoudre – la position de Vladimir Poutine. Mais Poutine ne montre aucune ambition de mettre un terme à cette guerre, il attend des propositions de la part des États-Unis, le seul interlocuteur qu’il accepte. Pour Poutine, les Européens ne jouent aucun rôle dans cette crise et en vue du comportement des Européens depuis bientôt 4 ans, c’est même compréhensible. Outre des slogans, les Européens se comportent de manière pour le moins bizarre dans cette guerre, en finançant encore et toujours cette guerre pour les deux côtés, en contournant leurs « sanctions » contre la Russie et en faisant en sorte à ce que les deux belligérants puissent continuer cette guerre ad eternam.

La solidarité avec l’Ukraine, le pays agressé, est évidemment juste et nécessaire. Mais « solidarité » ne signifie pas de faire des plans sur la comète, « solidarité » signifie d’aider les populations en Ukraine et faire en sorte à ce que la tuerie cesse le plus vite possible. Le fantasque président américain semble être le seul à avoir compris qu’il faille proposer quelque chose à Poutine si on veut que la guerre s’arrête. Mais même en faisant des propositions à Poutine, rien ne dit que le tsar du Kremlin accepte. Et si Poutine n’accepte pas, ce sera le retour à la case de départ…

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