Un artiste à Bâle – René Noël

Thérèse Willer raconte l'actualité du dessinateur René Noël à Bâle. Avec deux expositions qui valent le détour.

Deux expositions sont actuellement dédiées au dessinateur et peintre René Noël. Foto: Galerie Birgitta Leupin Basel

(Thérèse Willer) – René Noël, né à Granvillars dans le Territoire de Belfort, s’est implanté dans le Sundgau ainsi que dans la ville voisine de Bâle depuis plus de deux décennies. Après avoir vécu à Strasbourg où il a fréquenté l’Ecole des arts décoratifs (actuelle Haute Ecole des Arts du Rhin), le dessinateur, aussi peintre à ses heures, a rapidement pris ses habitudes dans les cafés et les restaurants bâlois pour croquer les instantanés de la vie de tous les jours. Il en est devenu une figure indissociable au point de se voir confier un jour la réalisation de fresques murales dans l’un d’eux, le « Manger & Boire ».

Y officiait à l’époque le regretté Adrian Bühler, par ailleurs un amateur d’art éclairé, qui devait cette passion à sa filiation avec la grande créatrice surréaliste Meret Oppenheim. Dans la salle du rez-de-chaussée, René Noël a superposé au fil du temps et à son rythme – parfois même pendant la fameuse Fasnacht - 34 peintures qui ont fini par créer un palimpseste géant. De ce réservoir d’images, l’artiste confie qu’il lui est arrivé d’en réutiliser en les faisant réapparaître dans une nouvelle composition, en véritable archéologue de son œuvre.

Les sujets qui se sont succédé sur le mur étaient toujours pensés en hommage à une création artistique, révélant au passage l’érudition de leur auteur, comme celui qu’il rendit à son prédécesseur Urs Graf, génial dessinateur de la Renaissance bâloise. Mais la plus émouvante de ces fresques fut indéniablement celle qu’il dédia au maître des lieux, décédé en 2016 : en souvenir de son ami, il y a peint l’un des chefs-d’œuvre du Kunstmuseum de la ville, « Le Christ mort », une représentation saisissante de réalisme par Hans Holbein le Jeune, quelques siècles plus tôt. La peinture de René Noël fit alors parler d’elle, d’aucuns jugeant le sujet inadapté au lieu.

C’est cependant la dernière en date, réalisée en 2019, qui suscite aujourd’hui de vives réactions de la part des propriétaires actuels. Ils s’apprêtent même, selon la Basler Zeitung (17 juillet 2024), à l’effacer. En cause ? Le colonialisme, le sexisme et le racisme supposés de l’œuvre, elle-même inspirée de la célèbre toile du Douanier Rousseau datant de 1910, « Le Rêve », qui montre une femme nue allongée dans une végétation luxuriante, inspirée par le Jardin des Plantes de Paris, et écoutant les « sons d’une musette dont jouait un charmeur bien pensant » selon l’expression de son auteur. Si la disparition de cette fresque est effectivement actée, une œuvre de plus sera sacrifiée sur l’autel du wokisme de nos jours en vigueur…

On ne pourra donc que se réjouir de la tenue prochaine de deux expositions consacrées aux dessins de René Noël, et qui vont se succéder au cœur de la vieille ville de Bâle, de part et d’autre du Rhin. L’une se tiendra à la galerie Brigitta Leupin (dont le nom évoque le célèbre affichiste suisse Herbert Leupin), l’autre dans le café-restaurant bâlois cher à l’artiste, répondant au doux nom de « Der schmale Wurf » et pour lequel il réalise régulièrement des lanternes pour la Fasnacht.

Les sujets de ces deux expositions ? Les titres restent mystérieux, et ne révèlent en rien les contenus. Mais il est fort à parier que seront présentés, tracés d’une ligne virtuose et à l’encre, corbeaux humanisés et femmes métamorphosées dans un univers graphique où l’irréalité se mêle à la réalité. En somme, tout ce qui constitue le monde rêvé du dessinateur … 

Galerie Brigitta Leupin
Münsterberg 13 à Bâle
« René Noël »
15 Août – 29 Août
(du lundi au samedi, 14-17h, sauf les 21, 22, 23)

Restaurant « Zum schmale Wurf »
Rheingasse 10 à Bâle
« René Noël. A Nadja et Elisa »
31 août – 22 septembre
(aux heures d’ouverture du restaurant)

 

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